Tour d’Europe des éxécutifs au féminin

, par Anna Hubert

Tour d'Europe des éxécutifs au féminin
La Polonaise Beata Szydlo, présidente du Conseil des ministres de Pologne, est l’une des rares femmes à être à la tête d’un exécutif dans l’Union européenne CC Flickr / EU2016 SK

Voilà un domaine où l’Europe pourrait – avec un peu d’ambition – être citée comme modèle. Pourtant, au sein de l’Union européenne comme dans le reste du monde, très rares sont les femmes à occuper ou à avoir occupé la fonction de chef de l’Etat ou de gouvernement. Dans l’histoire du continent, seules vingt-cinq femmes peuvent se prévaloir d’avoir un jour été à la tête d’un pouvoir exécutif.

Si en Europe le nombre de femmes aux postes de responsabilité progresse, il y a encore très peu de chefFE de gouvernement. On compte actuellement sept dirigeantes européennes (six dans l’UE), un cercle restreint mais qui s’est agrandi - temporairement - cet été avec la nomination de Theresa May. C’est Angela Merkel qui a montré l’exemple en 2005 en devenant la première femme chancelière d’Allemagne. Suivront ensuite : la Lituanienne Dalia Grybauskaite, la Norvégienne Erna Solberg, la Maltaise Marie-Louise Coleiro Preca, la Croate Kolinda Grabar Kitarovic et la Polonaise Beata Szydlo. On ne comptabilise pas ici les reines Elizabeth II au Royaume-Uni et Margrethe II au Danemark qui ont, elles, hérité de ce poste par ailleurs restreint à un rôle de représentation. La Finlande et la Pologne font figures de meilleurs élèves au sein de l’Union européenne, ces pays ayant élu le plus de femmes au poste de chef d’Etat ou de gouvernement [1] . On notera par ailleurs que treize Etats membres n’ont encore jamais élu de femme à l’une de ces deux fonctions [2].

Echelle nationale, échelle communautaire : même combat

Cette longue mise à l’écart des exécutifs nationaux a notamment pour conséquence l’absence de « mères de l’Europe » aux côtés des traditionnels « pères fondateurs ». Dans les années 1950, sans accès au sommet du pouvoir des Etats membres, difficile pour les femmes de jouer un rôle de premier ordre dans la construction européenne. Les décideurs de la construction européenne ont été et demeurent les chefs d’État et de gouvernement des États membres. 1979 marquerait un tournant à cet égard, alors que Margaret Thatcher devient Premier ministre du Royaume-Uni. Une femme siège pour la première fois au Conseil européen [3]. Elle sera la seule pendant toute la décennie 1980. Toutefois, impossible de compter Mrs Thatcher parmi les bâtisseuses de l’Europe. En fait, depuis 2005, Angela Merkel n’est que la seconde femme disposant d’un pouvoir exécutif assez fort pour pouvoir jouer un rôle décisif dans la construction européenne.

Quant à la présidence de la Commission - pouvoir exécutif communautaire par excellence – la fonction n’a jamais été détenue par une femme. Ce n’est qu’en 1989 que l’institution se féminise et intègre deux femmes : la grecque Vasso Papandréou et la française Christiane Scrivener. Encore aujourd’hui, la parité est difficilement respectée au sein de l’exécutif de l’Union. Il aurait pourtant été assez facile de s’accorder pour nommer 2 femmes sur 4 à la tête des institutions renouvelables en 2014 [4] .

Avec de l’ambition toujours, la nomination de la Commission Juncker aurait pu permettre d’appliquer enfin le principe d’égalité entre les hommes et les femmes inscrit dans les traités. Loin de viser les quatorze femmes commissaires, Jean-Claude Juncker a dû batailler politiquement pour qu’il n’y ait pas moins de femmes qu’en 2009 ! Résultat : 9 femmes sur 28. La Commission Juncker ne brille pas par son audace mais évite le camouflet total en attribuant à ces femmes des portefeuilles de première importance : vice-présidence, concurrence, commerce, emploi, justice, marché intérieur, etc.

Le pouvoir aux femmes : solution aux crises ?

Certains pensent qu’en temps de crise du politique et des institutions, l’arrivée des femmes au pouvoir nous ramènerait à une vie politique avec « les pieds sur terre ». Julia Mouzon , fondatrice de Femmes & Pouvoir explique en ce sens qu’« ‘avec les femmes, qui gèrent en moyenne 80% de la vie familiale, pas de risque de déconnexion, de politique "hors sol" ». Ce discours différencialiste apparait peu justifié. La compilation des résultats de 25 enquêtes européennes et américaines sur les qualités attribuées à quelque 20 000 cadres dirigeant, réalisée en 2013, concluait en effet à l’absence de différences majeures entre les dirigeants hommes et femmes. « Leurs traits de personnalité et leur style de leadership sont les mêmes. Le sexe n’est pas une variable pertinente. » [5] Ces résultats remettent en cause les préconçus selon lesquels la bienveillance ou l’altruisme des femmes dirigeantes s’opposeraient au caractère plus « déterminé » de leurs homologues masculins.

Il est vain de croire que la féminisation est la réponse à la crise de la gouvernance. Celle-ci peut « améliorer » la vie politique en rénovant la représentation. Ce ne sont pas les femmes qui changent la politique mais leur position quand elle est celle de l’outsider : comme d’autres catégories de la population longtemps éloignées du pouvoir, elles peuvent alors en changer les codes.

Beaucoup reste à faire pour tendre vers des exécutifs européens et nationaux paritaires. Il faut travailler sur l’attitude des partis politiques, l’acceptation de la féminité dans l’imagerie traditionnelle du pouvoir (comment se coiffe-t-on, s’habille-t-on ?), les mentalités et stéréotypes – parfois portés par les femmes elles-mêmes… Si la féminisation des exécutifs ne saurait être l’horizon ultime, elle est une avancée certaine et donc un objectif dont pourrait s’emparer l’Europe pour retrouver son rôle d’inspirateur.

Notes

[1En Finlande : Tarja Halonen, présidente de 2000 à 2012, Anneli Jäätteenmäki, Première ministre en 2003 et Mari Kiviniemi, Première ministre de 2010 à 2011. En Pologne : Hanna Suchoka de 1992 à 1993, Ewa Kopacz de 2014 à 2015 et Beata Szydlo depuis 2015.

[2Il s’agit de l’Autriche, de la Belgique, de Chypre, de l’Espagne, de l’Estonie, de la Grèce, de l’Italie, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la République tchèque, de la Roumanie, de la Slovaquie et de la Suède.

[3Le conseil européen réunit les chefs d’État et de gouvernement

[4Parlement, Commission, Conseil et Haute représentante

Vos commentaires

  • Le 20 janvier à 12:45, par Le Jaseur Boreal En réponse à : Tour d’Europe des Exécutifs au féminin

    Bonjour,

    Vous oubliez les femmes dirigeantes en Lettonie.

    La Lettonie, petit pays balte de deux millions d’habitants, possède le plus fort taux en Europe de femmes en postes de direction d’entreprises et d’administrations.

    Dr Vaira Vike-Freiberga, présidente de la Lettonie de 1999 à 2007, vient d’être ré-élue Présidente du Club de Madrid pour son deuxième mandat par l’Assemblée générale très masculine du Club de Madrid, le plus grand forum d’anciens présidents et d’anciens premiers ministres consacré à la promotion de la démocratie dans le monde. Elle est la première femme à avoir été élue Présidente de la République de Lettonie et aussi la première à être Présidente du Club de Madrid.

    Vous oubliez que le parlement letton est présidé par Madame Ināra Mūrniece, élue Présidente de la Saeima le 4 novembre 2014. Avant d’être élue députée de la 11e Saeima, Mme Mūrniece avait travaillé pendant 16 ans comme journaliste spécialisée en politique intérieure et extérieure au journal Latvijas Avīze. Madame Ināra Mūrniece,élue Présidente de la Saeima

    Madame Ivita BURMISTRE, Ambassadeur Déléguée de la Lettonie à l’UNESCO

    De nombreuses femmes de Lettonie peuvent encore étre citées pour allonger la liste ...

    Au plaisir qu’elles vous enchantent avec tous les lettons, en ce moment c’est l’invasion en France : les troupes musicales lettones sont partout dans l’hexagone. ;-))

    Le jaseur Boreal www.lettonie-francija.fr

  • Le 20 janvier à 12:46, par Le Jaseur Boreal En réponse à : Tour d’Europe des Exécutifs au féminin

    Bonjour,

    Vous oubliez les femmes dirigeantes en Lettonie.

    La Lettonie, petit pays balte de deux millions d’habitants, possède le plus fort taux en Europe de femmes en postes de direction d’entreprises et d’administrations.

    Dr Vaira Vike-Freiberga, présidente de la Lettonie de 1999 à 2007, vient d’être ré-élue Présidente du Club de Madrid pour son deuxième mandat par l’Assemblée générale très masculine du Club de Madrid, le plus grand forum d’anciens présidents et d’anciens premiers ministres consacré à la promotion de la démocratie dans le monde. Elle est la première femme à avoir été élue Présidente de la République de Lettonie et aussi la première à être Présidente du Club de Madrid.

    Vous oubliez que le parlement letton est présidé par Madame Ināra Mūrniece, élue Présidente de la Saeima le 4 novembre 2014. Avant d’être élue députée de la 11e Saeima, Mme Mūrniece avait travaillé pendant 16 ans comme journaliste spécialisée en politique intérieure et extérieure au journal Latvijas Avīze. Madame Ināra Mūrniece,élue Présidente de la Saeima

    Madame Ivita BURMISTRE, Ambassadeur Déléguée de la Lettonie à l’UNESCO

    De nombreuses femmes de Lettonie peuvent encore étre citées pour allonger la liste ...

    Au plaisir qu’elles vous enchantent avec tous les lettons, en ce moment c’est l’invasion en France : les troupes musicales lettones sont partout dans l’hexagone. ;-))

    Le jaseur Boreal www.lettonie-francija.fr

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