Une herbe – un peu – plus verte dans le jardin suisse

, par Alexis Vannier

Une herbe – un peu – plus verte dans le jardin suisse
Drapeau suisse, Source : Dreamstime

Les Suisses ne votent pas que pour les référendums. Le 20 octobre dernier avaient lieu des élections législatives au Pays du chocolat. Rarement un scrutin n’aura vu un tel chaos politique. Tandis que certains politiques pariaient toujours sur la mise à l’écart d’essences exotiques, d’autres prônaient enfin plus de verdure. Finalement, les nains de jardins politiques auront bousculé les jardiniers habituels même si l’architecture globale de l’éden alpin n’en sort pas bouleversée.

Une campagne de verts et de pas mûres

Les quelques cinq millions d’électeurs helvètes étaient appelés à renouveler le Conseil National, chambre basse, et le Conseil des États, chambre haute du Parlement. Très présent dans les dernières élections à l’Ouest du continent, le thème de l’environnement a germé lors de la campagne électorale suisse, plutôt habituée au thème de l’immigration. Ce dernier est le domaine phare de l’Union démocratique du Centre, parti au pouvoir et remportant chacun des scrutins depuis 1999. C’est d’ailleurs une proposition de loi adoptée par référendum en 2014 et soutenue par l’UDC visant à réguler l’immigration qui avait valu une menace d’exclusion de la Confédération du programme Erasmus par les autorités européennes. L’immigration est donc passée au second plan des préoccupations des électeurs.

En outre, ces élections interviennent alors que les négociations avec l’Union européenne d’un accord-cadre institutionnel s’embourbent depuis déjà cinq ans et que le processus d’adhésion n’a été officiellement interrompu par le gouvernement qu’en 2016, 24 ans après la courte victoire (50,3%) du non lors du référendum d’adhésion à l’Espace Économique Européen (EEE) en 1992.

La campagne a également été marquée par des extravagances peu habituelles. Ainsi, un candidat, sous l’étiquette chrétienne-démocrate du PDC, a jugé judicieux de visiter, mais surtout de vanter les mérites du système économique nord-coréen. Les électeurs lui auront finalement permis de passer plus de temps à Pyongyang en le délestant de son siège de parlementaire. Le parti chrétien-démocrate a lui utilisé une technique de campagne bien peu orthodoxe, attaquant personnellement des candidats d’opposition en assiégeant notamment les moteurs de recherche pour mener vers des liens agressifs. Des cadres du parti se sont d’ailleurs vite désolidarisés des ces pratiques peu habituelles de ce côté-ci des Alpes.

Les Verts fleurissent, les conservateurs flétrissent

Premier enseignement de ces élections, l’abstention grignote plus de 3% d’électeurs supplémentaires et atteint tout juste 45%. Les élections fédérales n’ont pas réussi à mobiliser plus de la moitié des votants depuis 1975.

Pour la sixième fois consécutive donc, c’est le parti de droite populiste UDC qui termine en tête des élections, avec plus de 25% des votes. Néanmoins, il recule de près de 4% et perd douze sièges sur les 200 que compte le Parlement. Le Parti socialiste suisse (PSS) arrive deuxième avec 16,8% des voix et quatre élus en moins. Les Libéraux et Chrétiens-démocrates quant à eux perdent quelques plumes.

Plus forte progression dans une élection depuis plus de 20 ans, les Verts, parti écologiste de gauche, augmentent leur score de 6,1% par rapport à 2015 et gagne 17 députés, pour couvrir 28 sièges au Parlement. Particularité dans un pays où l’argent est aussi libre que le chocolat, il existe un parti écologiste libéral, où quand le capitalisme enfile une cravate verte. Les Vert « Libéraux » rassemblent ainsi 7,8% des suffrages et obtiennent 16 élus. Fait d’autant plus rare en Outre-Jura, les deux partis écolos, tout comme le PSS, sont pro-européens et soutiennent une adhésion à l’Union européenne.

L’écologie semble donc être la grande gagnante de ce scrutin, même si, rappelons-le, les partis verts rassemblent moins d’un quart des sièges du Parlement. La grande vague verte encensée par nombre de médias européens n’est finalement que quelques graines dans un jardin encore bien classique. Un second tour sera nécessaire pour répartir les quelques sièges manquant au Conseil des États le 3 novembre.

Quand on analyse les résultats géographiquement, l’on peut voir que les cantons à l’ouest du pays, francophones, ont voté majoritairement pour les partis de gauche et écolos, alors que le centre germanophone reste acquis à la conservatrice UDC. L’Ouest, plus urbanisé avec les cantons de Bâle et de Genève, avait représenté le noyau dur du camp favorable à l’adhésion à l’EEE en 1992.

La nouvelle composition du Conseil national va rendre difficile la formation du Conseil fédéral. Cette entité collégiale remplit les missions de Chef de Gouvernement et de Chef de la Confédération et est composée de sept membres, dont un président qui n’a que des fonctions de représentation. La Formule magique est une règle tacite de répartition des sièges selon la composition du Parlement. Jusqu’alors l’on trouvait deux ministres UDC, deux socialistes, 2 Libéraux-radicaux et un chrétien-démocrate. Alors que les Verts talonnent les Libéraux et ont dépassé les Chrétiens-démocrates, il serait abracadabrantesque de ne pas remettre en cause cette composition. Gageons que dans le château d’eau de l’Europe, l’automne ne verra pas tomber que des feuilles…

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