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L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

Comment éviter la cata (logne) ?

, par Gaëtan Trillat

Les événements se déroulant actuellement en Espagne peuvent nous paraitre étranges, à nous et notre sacro-saint système jacobin, à nous qui parfois raillons les nationalismes breton, corse ou basque, par ailleurs très minoritaires et marginaux.

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens, Rédacteur pour le Taurillon dans l’Arène

Or, en Catalogne espagnole, un tel sentiment est au contraire partagé par une frange très importante de la population, et il suffit pour s’en convaincre de se balader dans les rues de Barcelone et de voir suspendus aux balcons des centaines, des milliers d’esteladas [1].

Si le nationalisme en Catalogne ne date pas d’hier, et remonte même à plusieurs siècles, il fut terriblement réprimé durant la période franquiste et par la suite, pendant les années qui ont suivi la Transition démocratique, les nationalistes se sont fait relativement discrets, tous les partis politiques ayant accepté la Constitution de 1978 consacrant le système de communautés autonomes ainsi que la phrase suivante : La Constitution est fondée sur l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols.

Ces trois dernières années, le contexte politico-économique a fait ressurgir avec force les revendications séparatistes ; ainsi, en 2010, le Tribunal Constitutionnel espagnol invalida quatorze articles du nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, notamment en raison de l’emploi de l’expression « nation catalane ». À ces querelles politiques s’ajoutent les difficultés économiques de l’Espagne, et le sentiment largement partagé que Madrid spolie la Catalogne en prélevant bien trop d’impôts, en comparaison de l’argent qu’il y investit.

Le 11 septembre 2012, jour de la diada, fête nationale catalane, a réuni dans les rues de Barcelone près d’un million de personnes sous le slogan Catalonia, new state of Europe. Les élections qui ont suivi, en novembre, ont permis la constitution au Parlement de Catalogne d’une coalition pro-indépendance entre le parti majoritaire Convergència i Unió (de droite) et le parti social-démocrate Esquerra Republicana, qui ont promis la tenue d’un référendum d’autodétermination pour 2014.

Le 11 septembre dernier, la tension est montée d’un cran avec la démonstration de force des indépendantistes, qui ont réussi à créer une chaine humaine à travers tout le territoire catalan, de la frontière avec la France jusqu’au sud du delta de l’Èbre, (la via Catalana), tout cela sur fond de désaccords entre le gouvernement Rajoy, fortement opposé à la tenue du référendum, et le gouvernement catalan mené par Artur Mas, un homme à l’ambition débordante convaincu de tenir le destin de son peuple entre ses mains.

Quoiqu’il en soit, cette situation n’est en rien bénéfique pour l’Espagne, qui voit ce problème se rajouter à une incapacité à surmonter la crise économique. On peut chercher des coupables des deux côtés, car la manière dont le « problème catalan » est actuellement géré démontre la grande irresponsabilité de la classe politique par-delà les Pyrénées : Artur Mas est clairement en train de détourner son électorat de la réalité, et, pour masquer l’échec de ses politiques (inspirées par la même idéologie que Rajoy, soit-dit en passant), le président de la Generalitat agite l’estelada comme une solution miracle à tous les problèmes. Il est vrai qu’en des temps si difficiles, les gens ne demandent qu’à rêver et une idée aussi séduisante que celle de la « libération d’une nation opprimée » ne pouvait que rencontrer un grand succès.

Du côté de Madrid, la « catalanophobie » dont fait preuve le gouvernement Rajoy ne sert qu’à jeter de l’huile sur le feu et, comme l’a fait remarquer le leader de la coalition nationale de gauche Izquierda Unida, Cayo Lara, une telle attitude a pour conséquences de fabriquer encore plus d’indépendantistes. On peut évoquer par exemple la réforme de l’éducation voulue par Rajoy, qui réduirait la place du catalan à l’école, une mesure particulièrement mal accueillie par les catalans.

Il est temps pour la classe politico-médiatique de reprendre les choses en main et surtout d’apaiser le débat : en effet, la haine mutuelle entre espagnols et catalans semble n’avoir jamais été aussi forte. Les solutions cherchant à concilier les deux parties existent : le PSOE défend par exemple la création d’un État fédéral. Mais dans les médias, ces propositions sont trop peu relayées et on préfère jaser sur des événements bien plus vendeurs, comme lorsque l’hymne espagnol a été sifflé en juillet dernier, pendant les Mondiaux de natation de Barcelone.

Côté catalan, il est nécessaire d’avoir un vrai débat de fond sur ce qu’implique l’indépendance de la région ; les politiques auront-ils le courage de dire au peuple que la situation économique de la Catalogne n’est pas bonne, et que l’indépendance ne réglerait pas tout, loin s’en faut ? Expliqueront-ils correctement les difficultés qu’aura la Catalogne à rejoindre l’Union Européenne dans le futur, puisqu’en cas d’indépendance, selon les statuts de l’Union, elle en serait exclue de facto ? Il faut savoir que, si les enquêtes d’opinion donnent un net avantage aux indépendantistes, en revanche 70% des catalans souhaitent rester dans l’UE.

Pour l’instant, beaucoup de questions restent sans réponse alors que Madrid n’a toujours pas autorisé la tenue du référendum, initialement prévu pour 2014. Il semble toutefois peu probable que Mas, en cas de refus espagnol, s’obstine à organiser une consultation qui serait alors illégale. Affaire à suivre, donc.

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P.-S.

Cet article est réalisé dans le cadre de la préparation aux élections européennes.

Chaque semaine, découvrez un nouveau pays membre de l’Union Européenne. Cette semaine, nous nous intéressons à nos voisins espagnol.

Notes

[1L’estelada est le drapeau indépendantiste catalan

Vos commentaires

  • Le 12 novembre 2013 à 14:00, par Valéry En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Merci pour cet article de synthèse équilibré sur le sujet.

    Une petite nuance : tous les partis politiques ayant accepté la Constitution de 1978 : ERC (gauche indépendantiste catalane) a appelé a voter contre, le PNV (nationalistes basques) à l’abstention.

    En ce qui concerne la conclusion notons que l’alternative à une consultation référendaire qui serait refusée par le pouvoir central serait de faire porter sur le sujet l’enjeu de l’élection du Parlement catalan. Mais Mas, pas téméraire, n’envisage pas à ce jour une élection anticipée : d’une part parce que les sondages placent maintenant ERC à égalité avec CiU, qui a déjà perdu des sièges l’an dernier, d’autre part parce que les deux partis qui forment la CiU ont des points de vue différents et qu’une telle démarche signerait probablement la fin de la coalition qui a gouverné le pays presque sans discontinuer depuis la transition sans pour autant que le succès ne soit garanti.

  • Le 12 novembre 2013 à 14:17, par Valéry-Xavier Lentz En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Quand on cite l’article 2 de la Constitution espagnole beaucoup de monde à Madrid oublie de le faire en entier :

    Article 2

    La Constitution est fondée sur l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols. Elle reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions qui la composent et la solidarité entre elles.

    On oublie aussi de citer le préambule :

    Protéger tous les Espagnols et tous les peuples d’Espagne dans l’exercice des droits de l’homme, de leurs cultures et de leurs traditions, de leurs langues et de leurs institutions

  • Le 14 novembre 2013 à 10:27, par Linda En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Merci pour ce récap’, je fais passer :)

  • Le 17 novembre 2013 à 08:05, par vador En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    La solution est bien simple : voter et que les gents decident leur avenir.Mas et Junqueres veulent mener le gent a voter, avec ou sans l’ autorisation des espagnols. La democracie c’ est ça, et rien d’autre.

  • Le 20 novembre 2013 à 23:23, par Perico Chicano En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Tous les organismes internationaux ONU, Cour de Strasbourg, classement du journal l’« economist » reconnaissent que l’Espagne (devant la France l’Italie et l’UK) réponds à tous les critères que l’on peut exiger d’une démocratie.(liens faciles à trouver sur google) Eduardo Uriarte, ancien membre d’ETA, condamné à mort au procès de Burgos aujourd’hui député du PS du Pays Basque, déclarai en 2001 "la démocratie espagnole est comme la femme de Cesar, vertueuse, elle se voit néanmoins contrainte tous les jours d’apporter des preuves de sa vertu. La péninsule ibérique par la volonté de deux dictateurs au vingtième siècle, à joué un rôle de colonie du pays basque et de la Catalogne. Drainant les crédits par obligation politique, profitant d’un marché fermé à leurs seuls produits, et contraignant les habitants d’autres régions à s’expatrier Egalement, La « terrible » répression du nationalisme catalan est très, mais très relative comparée aux autres régions Depuis 1983, et l’arrivée au pouvoir en Catalogne de Jordi Pujol leader de convergencia i unio , la Catalogne à doucement glissé d’une position de leader en matière économique, à une position de second, et dans le domaine de la culture au provincialisme. La Catalogne naguère tournée vers l’Europe et le monde. A laissé cette place à Madrid, c’est de Madrid que nous arriva la « Movida ». Madrid ville naguère tournée vers l’« espagnolisme » se tourna vers le monde, à l’inverse Barcelone se referma dans une quête paranoïaque de son identité. La mauvaise gouvernance entraine le déclin culturel, économique et la corruption. Une étude parue en janvier 2012, menée sur trois années par la commission européenne portant sur le niveau de bonne gouvernance et de corruption dans toutes les régions d’Europe,à placé la Catalogne en 130eme position sur 172 régions en Europe, soit la lanterne rouge de la péninsule ibérique, derrière toutes les autres régions, Portugal compris. Depuis plus d’une génération, le nationalisme catalan au pouvoir par sa politique en matière d’éducation, et par sa main mise sur six chaines de TV et le groupe de presse godò, est parvenu à inculquer à un secteur chaque jour plus important de la population, que tout les problèmes que rencontrait la Catalogne, étaient du à cette méchante Espagne qui la maltraitait et la volai,Ces leaders pour la plupart impliqués dans des affaires de corruption, on choisi la fuite en avant, utilisant jusqu’au ridicule toutes les ficelles de la martingale nationaliste. Ce qui n’empêche, que malgré leur optimisme sur la viabilité d’une Catalogne indépendante et leur patriotisme, Oriol Pujol fils de Jordi est inculpé d’évasion fiscale en Suisse et son autre fils Josep préfère se domicilier à Madrid pour payer moins d’impôts sur le revenu.

  • Le 11 décembre 2013 à 18:47, par Joan En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    L’avis 5 nous présente les titres à sensation de la presse de Madrid. c’est étrange cette facilité pour les français ou les jacobins en général de comprendre les québécois, les lithuaniens, les slovènes et de ne pas comprendre qu’un peuple, le peuple catalan veut vivre en liberté. Une fois indépendant, toute l’Europe trouvera cela normal que ce pays plus peuplé que la Norvège et plusieurs pays de l’U.E. puisse jouir d’une autonomie par rapport à l’Espagne comme celle du Portugal ! L’indépendance de la Catalogne est une chance pour l’Europe et n’est que le respect du à un choix démocratique.

  • Le 26 mars à 21:23, par perico chicano En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Pour les identitaires catalanistes, promenés par la propagande de leurs gouvernants qui de fait sont en train doucement mais surement de ruiner la Catalogne (en fait c’est déjà fait la Catalogne est la région la plus corrompu et endettée d’Espagne). Usent et abusent de propos tel que « liberté » « droit des peuples » démocratie etc... Tout cela pour justifier une division des peuples en communautés ethnolinguistiques. Divisions d’un autre age.

    Implicitement, pour les identitaires catalanistes le gène catalan serait plus disposé à la démocratie que celui de leurs voisins. Le fond du nationalisme catalaniste (comme de beaucoup de nationalismes) ; un mélange de racisme et de cupidité.

  • Le 21 juillet à 19:24, par Joan Ruiz Solanes En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Puisque on se refère à la constitution espagnole, et l’on dit que tous les organismes internationaux ONU, Cour de Strasbourg, classement du journal l’« economist » reconnaissent que l’Espagne répond à tous les critères que l’on peut exiger d’une démocratie, j’aimerais rappeler le fait indiscutible que cette constitution a été votée en 1978 SOUS LE CHANTAGE DE TOUT L’APPAREIL D’ÉTAT DU FRANQUISME, avec l’armée franquiste aux casernes, la police franquiste aux comissariats, les juges franquistes aux tribunaux, les fonctionnaires franquistes aux bureaux administratifs, les journaux, TV et tous les média, au service du franquisme.

    En plus, l’Espagne maintient une monarchie IMPOSÉE PAR LE GÉNERAL FRANCO, d’une dynastie qui a été chassée pour deux fois (Isabel II en 1871, et Alphonse XIII en 1931) et envoyée a l’éxile.

    Le caractère prétendument démocratique de l’état espagnol est fictif. Il faut considérer que 30 ans après la mort de Hitler et Mussolini, Franco continnuait a gouverner l’Espagne, et que si aujourd’hui les citoyens de Castille et ses satellites votent surtout le parti politique héritier du franquisme, la Parti Populaire, c’est sans doute à cause du "néttoyage" politique éxécuté par Franco, qui a envoyé à l’éxile ou enfermé en prison tous les démocrates qu’il n’avait pas tué pendant la guerre civile ou envoyé au péloton d’éxécution à l’après-guerre.

  • Le 21 juillet à 19:42, par Joan Ruiz Solanes En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Encore une réflexion sur les mots à mon avis absurdes de Monsieur Perico Chicano : si c’est la Catalogne qui a opprimé l’Espagne, comment donc expliquer que nous, les catalans nous soyons OBLIGÉS PAR LA LOI à apprendre le castillan mais les castillans no soient pas obligés à apprendre le catalan ?

    Et encore : si la Catalogne, selon les amusantes paroles de Mr. Chicano, est tellement déprimée et mal placée pour survivre dignement, comment comprendre que la plupart de l’industrie « espagnole » reste en Catalogne malgré les efforts fiscaux et administratifs que celà implique ?

    Encore : lorsque dans un couple l’un des conjoints désire se séparer et l’autre ne veut pas accepter çelà à aucun prix, il est conseillable de penser que le deuxième exploite ou opprime le premie, et pas le contraire.

  • Le 17 septembre à 22:26, par Annie H. En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    J’aurais juste une remarque, la Catalogne est devenue une région riche et célèbre grâce à Barcelone, on est d’accord ? Et Barcelone a connu elle même ce succès grâce, notamment aux JO avec sa mise en lumière internationale, sa rénovation totale, ses nouvelles infrastructures etc etc ? Ok, et qui a aidé ? Ah bah oui c’est l’Espagne...

  • Le 30 septembre à 10:21, par xaro En réponse à : L’indépendance de la Catalogne, un danger pour l’Espagne ?

    Pour opiner sur le problème de la Catalogne avec son oppresseur l’Espagne, il faut vivre là-bas. Catalogne paie des millions pour les autres communautés, et le gouvernement retourne une petite quantité, que nous laisse sans argent pour paier presque rien. Un exemple : le TGV espagnole ça fait plus de 20 anys qui va arriver a l’Andalusie dès Madrid. Catalogne, plus a côté d’Europe a été le dernier coin pour avoir le train. Nous sommes les derniers pour améliorer notres rutes, notres R.E.R., etc. et pourtant dans la Catalogne, en contre des impôts, (superieurs au reste d’Espagne), nous faissons « pusser » les emplois, et nous sommes capables de faire que quelques entreprises importants du monde, ont mis ses usines et bureaux à Barcelone.... Nous parlons catalán et castillane sans difficulté, (il faut se rappelé de que dans l’Espagne il y a quatre langues : le castillán, le catalán, le galego et l’euskera, encore que Madrid voudrais que soit le castillane (dit pour eux « espagnol »), soit la langue de tout le monde..!) Pourquoi interdire notre langue dèsde le gouvernement central ? Pourquoi interdire aussi la demande de faire une consultation pour savoir les désires des catalans pour être indépendants o pas ? La démocratie pour Rajoy c’est quoi ? Interdire, souspendre, continuer les idées du dictateur anterieur ? Les catalans nous sommes fatigués de supporter des insultes, haine, mensonges,etc. Nous voulons voter per savoir l’opinion et les désires des citoyans de la Catalogne, c’est juste et démocratique..! ...

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