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Le fédéralisme, enfin défendu au Centre ?

, par Charles Nonne

Le dimanche 21 octobre, l’Union des démocrates et indépendants (UDI) a connu sa consécration politique en tant que premier parti centriste de France. La défense d’une Europe fédérale, intégrée politiquement, solidaire et protectrice, constitue l’un des piliers majeurs de son pacte fondateur. Née des cendres de l’UDF, inspirée des idéaux d’après-guerre du MRP, l’UDI témoigne à son tour de l’importance primordiale de l’Europe dans les valeurs centristes.

Drapeau de l’Union européenne et drapeau fédéraliste – Auteur : David Pauwels - Tous Droits réservés

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La défense de l’Europe, un élément primordial dans l’histoire du Centre

Après la dernière guerre mondiale, les familles politiques centristes se sont rebâties en axant leur projet sur une défense résolue et inconditionnelle de la construction européenne. Le principal parti centriste, le Mouvement républicain populaire (MRP), a alors prospéré en s’opposant au soviétisme du parti communiste et à la politique souverainiste du Général de Gaulle ; il fut l’une des seules forces politiques à proposer une ambition européenne, jugée utopiste par de nombreux hommes politiques. Cette ambition déboucha sur le traité de Rome.

De nombreux responsables du MRP furent parmi les bâtisseurs des Communautés européennes. Robert Schuman, ministre (MRP) des Affaires étrangères en 1950, posa les premiers jalons d’une construction européenne fructueuse en proposant la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier. Centriste déclaré, il a pu être considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Europe. Quelques années après la déclaration du 9 mai 1950, le MRP fut l’un des seuls partis à défendre la création d’une Communauté européenne de Défense (CED), en 1954. Il plaida ainsi en faveur d’une armée européenne et d’un gouvernement politique unifié et fédéral de l’Europe. Ce combat s’est symbolisé par la maxime d’Etienne Borne : « nous sommes le parti de l’Europe ».

Après le déclin du MRP dans les années 1970, l’Union pour la démocratie française (UDF) s’est alliée au RPR pour être, jusqu’en 2007, l’aile « pro-européenne » de la droite en France. Premier parti politique en termes d’élus locaux, concurrente du RPR, adversaire résolue des souverainistes, l’UDF a acquis une partie de ses victoires politiques et électorales en défendant la construction d’une Union non seulement économique, mais aussi sociale et culturelle. Elle a ainsi défendu une intégration politique plus poussée, en plaidant régulièrement pour le dépassement de l’Etat-nation et la constitution d’une Europe fédérale.

En 1992 et en 2005, alors que les deux principaux partis de gouvernement se divisaient sur la question des traités européens, l’UDF, centriste, a rassemblé de nombreux mouvements pro-européens, modérés sur le plan politique. En 2012, les groupes centristes à l’Assemblée nationale et au Sénat ont presque voté à l’unanimité le TSCG.

Un renouveau du fédéralisme dans la politique française ?

La France et les Français sont gagnés par la tentation du repli. Face aux incertitudes de la mondialisation et aux crises économiques et sociales, les citoyens européens ont traduit leurs craintes et leur mécontentement en soutenant des partis populistes et souverainistes. Pendant la première décennie du XXIe siècle, ces partis ont œuvré à faire croire que leurs programmes rétrogrades et irréalisables pourraient constituer les fondements d’un avenir meilleur : contre l’immigration, contre la mondialisation, contre l’Islam, contre l’Europe et l’euro, leurs dirigeants sont parvenus pendant quelques années à canaliser la colère et la peur des Européens, sans jamais parvenir à acquérir la moindre crédibilité. Les dernières élections néerlandaises ont montré que le réalisme et l’esprit d’ouverture ont commencé à l’emporter sur la tentation du repli nationaliste.

Face à ces partis, le Centre français a désormais une opportunité historique. L’UDI a placé l’Europe au cœur de son organisation et de son action. Dans cette perspective, le sénateur Jean Arthuis, défenseur de la fédéralisation économique de l’Europe et fervent partisan des Etats-Unis d’Europe, a été choisi pour piloter l’action et le projet européens du parti.

Le pacte de l’UDI se pose pour ambition se « refonder une Europe plus intégrée et fédérée, protectrice de ses concitoyens et mieux armée dans la compétition internationale ». Le fédéralisme est ainsi en passe de redevenir l’un des piliers centraux du centrisme.

Lors du congrès du 21 octobre, l’Europe fut omniprésente dans les discours et les déclarations des différents dirigeants centristes ; ce fédéralisme assumé fut conclu par un « nous sommes la famille européenne », lancé par Jean-Louis Borloo lors de son discours de clôture. Auparavant, plusieurs « europhiles » notoires avaient exprimé la nécessité de dépasser les clivages nationaux pour traiter de grandes thématiques à l’échelle européenne : ainsi le député européen libéral Guy Verhofstadt, le Commissaire européen Michel Barnier, l’ancienne présidente du Parlement européen Simone Veil.

Au lancement de l’UDI doit désormais succéder l’élaboration progressive et concertée d’un projet original, résolu dans sa conception et efficace dans sa réalisation. Une nouvelle voie peut être proposée à la France quant à son identité et sa vocation européennes. A l’heure où elle est présentée comme le bouc émissaire des nombreuses crises qui atteignent les peuples européens, le Centre doit à nouveau prouver que l’Europe est le meilleur et seul cadre viable par lequel la France pourra construire son avenir. L’UDI doit saisir cette chance et prouver que l’Europe fédérale est la première des valeurs du Centre.

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Vos commentaires

  • Le 24 octobre 2012 à 11:47, par Valéry En réponse à : Le fédéralisme, enfin défendu au Centre

    Le centre a toujours défendu le sujet mais ça faisait longtemps qu’un parti de droite ne l’avait pas fait. Une bonne nouvelle donc que la création de l’UDI. Quant aux « cendres » de l’UDF elles reposent plutôt au Modem.

  • Le 24 octobre 2012 à 15:55, par Olympio KP En réponse à : Le fédéralisme, enfin défendu au Centre ?

    D’accord avec Valéry. C’est plus un article pour faire la pub à l’UDI qu’autre chose, où le nom de De Gaulle apparaît mais jamais celui de Bayrou... étrange non ? Enfin tout le centre pro-fédéral n’a pas toujours eu la même vision de l’Europe. Au moment du traité de Rome, le vice-président du Parti Radical, Pierre Mendès-France, s’est opposé à l’Europe néo-libérale qui se mettait alors en place parce qu’il voulait une vraie Europe fédérale et pas celle du MRP, dont nous avons eu à subir les imperfections jusqu’au traité de Maastricht.

  • Le 24 octobre 2012 à 16:08, par Fabien Cazenave En réponse à : Le fédéralisme, enfin défendu au Centre ?

    Mendès-France est surtout celui qui n’a rien fait pour éviter le naufrage de la CED... Bref. Effectivement, on pourrait citer Bayrou qui n’est malheureusement plus très clair sur l’Europe alors que son parti continue à mener une vraie réflexion sur la question européenne. Du reste dans l’UDI, on a des pro-européens mais aussi différents partis qui ne sont pas tous pour l’Europe fédérale. Il faudra juger sur les prochains mois.

  • Le 24 octobre 2012 à 22:38, par Julien-223 En réponse à : Le fédéralisme, enfin défendu au Centre ?

    Je ressors encore une fois mon marronnier : quelles seront les alliances européennes de l’UDI ?

    Pour moi, une chose est claire, l’UDI ne sera pas un parti européen aussi longtemps... qu’il ne sera pas un parti européen. Au sens géographique du terme si vous préférez. Et rallier le PPE, ce grand fourre-tout, ne pourra pas être la solution. Le PPE agglomère déjà une ribambelle de partis, parfois 5 par Etat membre, qui sont souvent en concurrence les uns contre les autres au niveau national, dans une incohérence totalement assumée.

    Réclamer l’Europe à cor et à cri depuis les limites de l’Hexagone n’a pas plus de sens que réclamer la Belgique depuis les frontières wallonnes. Un parti qui prétend vouloir l’Europe doit d’abord l’adopter dans ses structures.

    Enfin, d’accord avec Olympio KP, et j’ajoute que voter pour le TSCG n’est pas un gage de fédéralisme. Un traité n’est pas fédéraliste à partir du moment où il est européen.

  • Le 26 octobre 2012 à 07:55, par Charles Nonne En réponse à : Le fédéralisme, enfin défendu au Centre ?

    Bonjour,

    On a longtemps considéré que le MoDem était l’héritier direct de l’UDF, y-compris sur les questions européennes. Cependant, les dernières échéances électorales (notamment européennes) ont montré un détachement significatif du parti par rapport à l’Europe, ses dirigeants y accordant une place de plus en plus réduite.

    En 2012, le MoDem de François Bayrou a entamé une ultime tentative de réunifier les centristes autour d’un seul leader et d’une seule personnalité, au détriment des idéaux constitutifs du centrisme en France. Il semble que M. Bayrou ait porté le coup de grâce à l’essence fédéraliste de sa famille politique en axant sa campagne sur le thème incertain et curieusement nostalgique du « produire en France », en abandonnant délibérément l’ouverture initiale de sa campagne à l’Europe.

    Bien entendu, le véritable positionnement de l’UDI sur les questions européennes reste à construire et à orienter. La prise en charge du projet par des personnalités résolument fédéralistes laisse présager d’une certaine ambition en la matière.

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