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Saint-Simon, la genèse de l’idée européenne

, par Arnaud Huc

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Si l’idée européenne existe depuis que le terme « Europe » a été inventé ce n’est qu’au XIXe puis au XXe siècle qu’est née une vraie conception de l’idée d’Europe. Certes dès le XVIe siècle Henri IV avait eu pour l’Europe un grand dessein basé sur l’équilibre des puissances. Néanmoins ce n’est qu’avec Saint-Simon et Victor Hugo que l’idée européenne s’est cristallisée. Si le deuxième a été un penseur idéaliste, le premier, Saint-Simon a fait de l’Europe unie un des objectifs de sa philosophie.

Auteurs

  • Étudiant en Science Politique à l’Université de Montpellier.

Mots-clés

Le penseur de la révolution industrielle et de l’Europe

Claude Henri de Rouvroy, dit Saint-Simon, fait partie de ces philosophes que l’histoire a oublié. Il a disparu de la philosophie politique au même titre que bon nombre de philosophes français du début du XIXe. En effet, né en 1760 à Paris, ce n’est qu’à partir de 1816 qu’il se consacre pleinement à la philosophie politique, il le fera jusqu’à sa mort en 1826. Durant cette courte période il va développer un système philosophique et politique complet basé sur l’industrie et la réorganisation de la société autour de la production. Saint-Simon appartient à la catégorie des philosophes qu’on nomme socialistes pré-marxistes et qui ont souvent été qualifiés de socialistes utopistes. Pourtant en plus d’avoir été un précurseur du socialisme moderne il a également été un penseur européen.

Avant d’aborder le fédéralisme saint-simonien, il faut comprendre la philosophie globale de ce penseur. En effet Saint-Simon a été un des premiers à penser la révolution industrielle, il prédisait que le pouvoir serait dans le futur concentré dans les mains des producteurs (patrons et ouvriers) et non plus des rentiers ou de ceux qu’il appelait « oisifs ». Plus globalement, il vouait un culte à la science et à la technique qui selon lui allait guider le monde dans les siècles à venir (n’est ce d’ailleurs pas le cas aujourd’hui ?). Enfin il prédisait qu’en Europe et en Afrique du Nord devait se réaliser de grands travaux permettant de dépasser les obstacles naturels de l’époque (rappelons qu’au début du XIXe siècle il n’existait nul tunnels dans les Alpes, que le canal de Suez n’existait pas et que les chemins de fer étaient encore balbutiants en Angleterre et inexistants en France).

L’âge industriel que Saint-Simon prévoyait, et qui devait se substituer à l’âge féodal mourant antérieur aux révolutions françaises et industrielles, nécessitait que les États européens s’unissent pour que soit réalisés les grands travaux nécessaires à la réalisation d’un continent européen intégré et pacifié. En effet c’est dans son livre De la réorganisation de la société européenne publié en 1814, qu’il va élaborer une conception originale de la fédération européenne.

Cette Europe qu’on peut qualifier de fédérale, même si il n’emploie pas ce terme dans ses ouvrages, devait selon Saint-Simon orbiter autour d’un Parlement européen ayant un pouvoir de décision et qui selon les souhaits de son concepteur devait être composé de savants, d’industriels, de négociants, d’administrateurs et de magistrats. Ce parlement devait donc être selon Saint-Simon à la fois technocratique et censitaire. A sa décharge il faut bien comprendre qu’au début du XIXe les philosophes partisans de la démocratie non censitaire (souveraineté populaire) étaient peu nombreux. D’autre part, son parlement de spécialistes devait avoir pour but de réduire la politique à un simple calcul d’efficacité, sans passions ni visées impérialistes.

Un philosophe oublié

On peut donner raison à ceux qui classent le projet européen de Saint-Simon parmi les projets utopistes et ce même s’il anticipe dans sa philosophie l’évolution de la société qui l’entoure. Pourtant, cette philosophie Saint-Simonienne a été oubliée, comment l’expliquer ?

Il faut d’abord savoir que si sa doctrine a trouvé un grand écho durant le début du XIXe elle s’est effacée face au Marxisme naissant dès la moitié du siècle. On sait pourtant à quel point Saint-Simon a influencé Marx dans son matérialisme. En effet Saint-Simon avait élaboré une philosophie de l’histoire basée sur le passage des sociétés féodales aux sociétés industrielles. Cette conception sera reprise et aménagée par le matérialisme dialectique de Marx, mais aussi dans le positivisme d’Auguste Comte.

Malgré cet oubli, voir cette amnésie du Saint-Simonisme, qui rappelons le n’est pas qu’une doctrine fédéraliste mais une complète doctrine politique, celle-ci a eu une grande postérité dans les faits. En effet la doctrine Saint-simonienne des grands travaux et la philosophie des réseaux a été reprise par un bon nombre de disciplines de Saint-Simon et ont mené à de grandes réalisations comme le développement des voies ferrées en France, le percement du canal de Suez, la création des écoles centrales. Les Saint-Simoniens ont eu un grand écho auprès de Napoléon III et ont été le moteur de l’industrialisation française durant son règne. Enfin, on assiste aujourd’hui a une redécouverte de la philosophie Saint-Simonnienne qui devient alors un socle pour la pensée fédéraliste européenne.

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