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Alerte rouge : les eurodéputés vont-ils se laisser faire ?

, par Fabien Cazenave

Selon une indiscrétion d’un journal allemand, les chefs d’Etats et de gouvernements souhaiteraient revenir en arrière sur une grande avancée démocratique de l’Union européenne de ces dernières années. En clair, ils veulent reprendre la main sur le choix de la présidence de la Commission. Les eurodéputés doivent réagir avec force. Ou alors ils ne servent à rien.

Alors que les dirigeants européens veulent revenir sur la règle de l’élection du président de la Commission européenne, les eurodéputés doivent sonner l’alarme. - debsilver (CC/Flickr)

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Lors de l’élection européenne de 2014, les fédéralistes ont obtenu un changement politique énorme. Nous avons convaincu les partis européens de présenter un candidat à la présidence de la Commission, comme le traité de Lisbonne les y autorise implicitement. Or, c’était un vrai défi politique lancé aux tenants de l’Europe des Etats, Angela Merkel en tête. Même après les élections, les dirigeants nationaux du Conseil européen ont essayé de changer le choix des citoyens. On se souvient de cette fameuse photo de Merkel, Cameron, Rutte et Reinfeld dans une barque en train de s’arranger entre eux pour se répartir les postes de président du Conseil européen, de la Commission et du Parlement européen.

Au final, il n’en fut rien. Les fédéralistes avaient raison de penser qu’une légitimité obtenue au niveau européen de manière démocratique est plus forte que les revendications de dirigeants ne tirant leur propre légitimité que du point de vue national. Les eurodéputés ont tenu bon et Jean-Claude Juncker est devenu président de la Commission car il avait été le candidat du parti arrivé en tête aux élections européennes, le PPE, et qu’il était parvenu à construire une coalition.

La tentation d’une Commission et d’un Parlement en laisse

Aujourd’hui, il y a la tentation chez les dirigeants nationaux de remettre ce schéma politique en cause. Cela se fait comme d’habitude avec eux de manière feutrée, par le biais des diplomates. Personne ne le dit officiellement, mais les journalistes sont mis au courant de ce bruit de couloir. Il faut dire que Jean-Claude Juncker embête souvent le Conseil européen et le rappelle à ses responsabilités régulièrement, sur la crise des réfugiés notamment. Même si le Conseil européen domine clairement l’équilibre institutionnel européen, désormais la musique de la Commission se fait plus entendre qu’à l’époque de Barroso. Ce dernier se comportait comme un secrétaire général plutôt que comme un acteur central de la politique européenne.

Les députés européens ont tout à perdre avec cette tentation intergouvernementaliste. D’abord, le pouvoir de se faire respecter par le Conseil européen. Ensuite l’intérêt de la campagne des européennes. Si le vote des citoyens n’a pas de conséquence politique visible, ils continueront encore plus à se désintéresser de cette élection. Même si les médias ont snobé globalement cette élection en 2014, le fait qu’on puisse dire ’la droite l’a emporté, c’est donc son candidat qui va diriger la Commission’ rendait beaucoup plus lisible le résultat du vote. La personnification de l’élection, et donc de l’Union européenne, est une demande récurrente des citoyens. Il est essentiel de maintenir cette avancée démocratique, même si les citoyens en sont peu au fait objectivement.

Eurodéputés, sonnez l’alarme !

Ceux qui peuvent empêcher la défaite du camp de l’Europe des citoyens face à celui de l’Europe des diplomates, ce sont les eurodéputés et les partis politiques européens. Même s’il est tentant de suivre son dirigeant national pour conserver une bonne place lors de la prochain élection, ne nous y trompons pas, si les parlementaires européens se couchent et abandonnent cette revendication démocratique, c’est toute leur légitimité qui sera sapée.

On peut donc espérer une déclaration commune publique des partis politiques européens à s’engager à représenter un candidat à la présidence de la Commission pour les prochaines élections. Il faut mettre de la lumière sur cette bataille. C’est notre avantage sur les diplomates qui agissent dans l’ombre.

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