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Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

, par Fabien Cazenave

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Souvent l’Europe serait « trop compliquée ». Il faut croire que cet argument ne tient pas quand on en vient aux élections américaines : primaires, démocrates contre républicains, Super Tuesday, « Swing States », caucus, etc. Les médias nous abreuvent ainsi d’informations sur une élection qui ne nous concerne que très peu, en comparaison de ce qu’ils font avec l’élection européenne.

Donald Trump, le candidat à la primaire républicaine, régale les médias internationaux de ses propos populistes et démagogiques. - Michael Vadon (CC/Flickr).

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Tous les quatre ans, c’est le même cirque : les médias en Europe se passionnent pour les élections américaines. Nous avons droit chaque semaine à de plus en plus d’articles sur les candidats, des reportages sur place, des décryptages des arcanes de la politique américaine. Déjà en 2014, au moment des élections européennes, nombreux étaient les articles relayant la sortie du livre d’Hillary Clinton, probable candidate démocrate. En soi, on ne peut qu’être heureux de ce déferlement d’informations. Plus on est informé, mieux c’est. Le problème vient du fait que cet intérêt est disproportionné par rapport à l’importance de cette élection pour les Européens.

La technicité n’est donc pas un frein

Le processus de vote aux Etats-Unis est complexe. Surtout pour les citoyens d’Europe n’ayant pas l’habitude de cette longue série d’étapes électorales. Les séries américaines amènent en Europe une partie des codes pour comprendre : West Wing, House of Cards ou VIP nous mettent dans le bain, malgré des comptages des plus difficiles à décrypter avec la cinquantaine d’Etats américains.

Les médias européens sont du reste obligés de simplifier les choses : ils se concentrent alors sur les personnalités des candidats et les grandes lignes de clivages. C’est exactement ce qu’il faudrait pour les élections européennes. Surtout que le résultat des européennes définit qui sera le président de la Commission désormais. Les enjeux locaux et nationaux au sein des élections européennes seront bien sûr toujours là. Mais des reportages sur Juncker et son passé en tant que Premier ministre luxembourgeois auraient été bienvenus alors que la campagne tournait en 2014 sur comment lutter contre les fraudes réalisées « légalement » par les multinationales pour échapper à l’impôt.

Il est rageant de se dire que les citoyens d’Europe connaissent aujourd’hui plus Donald Trump et Hillary Clinton que Jean-Claude Juncker et Martin Schulz. Une démocratie a besoin de ses médias pour faire vivre le débat. On ne peut pas demander à des citoyens de voter pour une élection où ils ne connaissent pas les protagonistes principaux.

L’Europe doit être politisée

Beaucoup de médias refusent à l’information politique européenne l’essentiel : la politisation. Comme si tous les candidats étaient pareils. C’est aussi la faute des pro-Européens se laissant enfermés dans le débat du pour ou contre l’Europe des souverainistes. La conséquence est terrible : dès que quelque chose ne va pas, on remet en cause l’existence même de l’Europe. Un peu comme si lorsqu’on n’est pas d’accord avec le gouvernement Valls, on remettait en cause la France... Or les citoyens doivent comprendre que l’Europe, ce n’est pas tout ou rien. Et surtout pas cette Europe des diplomates se gargarisant de Conseils européens à répétition ne débouchant au final que sur des demi-solutions.

Les informations sur l’actu made in EU sont rédigées au compte-goutte, par manque de temps et par choix éditorial. Le grand public ne peut donc pas se passionner pour quelque chose dont il n’entend jamais parler. Surtout si cela lui est présenté comme n’offrant aucune alternative possible en plus. Il est grand temps que nous ayons autant d’articles sur les élections européennes que sur les élections américaines !

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Vos commentaires

  • Le 15 mars à 07:27, par Araucarias En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Article très pertinent. Mais pour les seuls médias français, ils bien sont incapables d’une telle autocritique, et finalement autant très conservateurs, que moutonniers, considérant que leur marronnier (les élections USA) ne peuvent déstabiliser leur résultat d’exploitation. Et si, demain en France, l’extrême droite s’installe à l’Elysée, ils feront de-même. ils l’auront même anticiper. Parce qu’ils restent des entreprises commerciales, privées ou publiques, dépendantes de la manne publicitaire (même indirectement). Le 5 e pouvoir a bel et bien ses propres limites, malheureusement.

  • Le 15 mars à 13:32, par Lame En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Il est étrange de comparer l’élection du Parlement européen avec celle du Président des USA. Ne devrait-on pas plutôt faire la comparaison avec l’élection de la Chambre des Représentants.

    Sinon, il faut bien admettre que le Président des USA a plus d’impact sur le monde que le Parlement européen, assemblée faible, légistature d’une Union européenne désunie et impuissante face à tout les grands évènements géopolitiques.

    Une Union européenne qui n’est qu’une organisation régionale de l’OTAN en train de négocier sa dilution dans le Grand Marché Transatlantique.

    L’Union européenne s’incrit dans un processus d’intégration transatlantique plutôt qu’Européen. L’élection de son « parlement » a, hélas, autant d’importance que celui du Porto Rico.

  • Le 16 mars à 23:04, par El gaucho francés En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Sur le traitement de l’élection américaine, je vous rejoins : Certes, c’est la première (ou deuxième selon certains http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2014/12/09/la-chine-deloge-les-etats-unis-de-leur-place-de-premiere-puissance-economique-mondiale_4537300_1656941.html) puissance mondiale mais je ne comprends pas cette américanolatrerie des médias. (que l’on ne retrouve pas durant la désignation du président chinois) Peut-être y a-t-il aussi que que ces élections américaines sont un show et que donc ça fait de l’audimat ?

  • Le 16 mars à 23:05, par El gaucho francés En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Pour les élections américaines, je divergerais cependant :

    « Les médias européens sont du reste obligés de simplifier les choses : ils se concentrent alors sur les personnalités des candidats et les grandes lignes de clivages. C’est exactement ce qu’il faudrait pour les élections européennes. » La différence est qu’il y a deux partis américains alors que ce que l’on appelle les partis européens sont plus des additions de partis nationaux qui se sont allié car faire parti d’un groupe donne plus de droits. De plus, on vote pour des listes aux élections européennes et pas pour des personnes. On ne peut donc pas se concentrer sur des personnes. « Surtout que le résultat des européennes définit qui sera le président de la Commission désormais » C’est répété sans cesse mais c’est faux : le TUE dit : « 17.7 En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. » Ils doivent juste tenir compte, ça n’engage à rien. D’ailleurs, Cameron était réticent à la base. Si le conseil prend quelqu’un du groupe qui a fait les plus petits résultats, il en aura tenu compte !

    « Beaucoup de médias refusent à l’information politique européenne l’essentiel : la politisation. » comme l’UE n’est adossé à aucun peuple, contrairement aux Etats-Unis, il n’y a pas d’affections particulière pour ces élections. Si les médias ne politisent pas, c’est parce qu’ils savent qu’ils ne vont pas faire d’audience comme ça.

    « pour ou contre l’Europe des souverainistes » normal, c’est le débat actuel.

    « La conséquence est terrible : dès que quelque chose ne va pas, on remet en cause l’existence même de l’Europe. Un peu comme si lorsqu’on n’est pas d’accord avec le gouvernement Valls, on remettait en cause la France... » Vous simplifiez, les arguments sont bien plus complexes et certains démontrent le lien entre l’UE et les problèmes actuelles : https://youtu.be/Ch5Bfe5j29A?list=PLKVgrNogVYWKmDNwvuC6pq9AMyRYqZjZQ

    « Or les citoyens doivent comprendre que l’Europe, ce n’est pas tout ou rien » si car changer l’europe nécessite l’accord unanime des 28. On ne peut donc pas imposer nos vues aux autres membres. En conséquence, l’UE, soit on l’aime comme elle est, soit on la quitte.

    « Surtout si cela lui est présenté comme n’offrant aucune alternative possible en plus. » C’est le cas : les politiques principales sont figées dans le marbre des traités et le reste est indépendant de la volonté populaire.

  • Le 20 mars à 12:24, par Pierre Jouvenat En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Entièrement d’accord avec cette analyse. Sauf peut-être qu’il est insuffisant de se concentrer sur les personnalités des Spitzenkandidaten. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit avant tout d’élire des députés européens, qui sont encore malheureusement investis par les partis nationaux, ces derniers peinant à communiquer clairement sur leur programme européen. Notamment parce que les manifestes des partis européens auxquels ils sont affiliés sont arrêtés selon le plus petit dénominateur commun, et de ce fait sont largement interchangeables. Il serait donc en effet bien utile que les médias entreprennent de détricoter ceux-ci pour faciliter le choix des électeurs, en expliquant aussi le jeu des affiliations et la pratique de formation des groupes au Parlement européen. La difficulté est qu’actuellement le clivage gauche-droite est peu présent au Parlement européen, où se forment surtout de grandes coalitions au cas par cas et des majorités de consensus. Il faut admettre donc que, partis et candidats eurosceptiques mis à part (et peut-être aussi l’extrême gauche), EEP, PSE, ALDE ... et donc Juncker, Schultz, Verhofstadt ... c’est un peu la même chose idéologiquement dans le débat politique européen tel qu’on le connaît aujourd’hui. On est loin des clivages prévalant au niveau national. D’où effectivement l’intérêt lors de la campagne électorale de mettre l’accent sur les personnalités des candidats, tant au Parlement qu’à la Commission. Cela inciterait peut-être nos partis nationaux à investir des personnalités véritablement européennes plutôt que les recalés de la politique nationale.

  • Le 21 mars à 11:16, par Hervé Moritz En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Il faut bien lire l’article : « 17.7 En tenant compte des élections au Parlement européen, et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission. » Le Conseil européen propose au Parlement européen un candidat, cela signifie bien qu’il faut un candidat qui puisse être accepté par le Parlement européen, un candidat qui doit donc avoir une majorité au Parlement européen. Et c’est bien le candidat officiel du parti européen arrivé en tête des élections qui est le seul légitime à réunir une coalition et à obtenir ainsi une majorité au Parlement européen pour accéder à la présidence de la Commission.

  • Le 26 mars à 13:51, par El gaucho francés En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    Tu te trompes : le conseil européen est libre de proposer un président de la commission. Il est vrai qu’il doit ensuite être validé mais, en cas de refus, le conseil pourra ensuite proposer un autre candidat, qui ne sera pas forcément celui issu du groupe ayant eu les meilleurs résultats aux élections européennes.

  • Le 27 mars à 12:08, par Pierre Jouvenat En réponse à : Et si on parlait autant des élections européennes que de Trump, Hillary ou Bernie Sanders ?

    J’ai tendance à partager l’avis de El gaucho francés. Les groupes majoritaires au Parlement européen peuvent très bien se mettre d’accord pour désigner un candidat autre que celui du parti arrivé en tête (je préféère ici parler de partis plutôt que de groupes !), de manière à ce que le Président de la Commission ne soit pas toujours un représentant du PPE.

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