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Plus facile de changer de banque : encore une bataille de perdue pour l’Europe dans les médias

, par Fabien Cazenave

La mesure est d’ordre pratique et va faciliter la vie des citoyens. Il va y avoir un système d’automatisation du changement de domiciliation du client, quand il quitte sa banque pour un nouvel établissement. C’est « grâce à l’Europe ». Mais comme d’habitude, personne ne le saura.

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Comme l’explique 20 minutes : « le client d’une nouvelle banque ne devra plus fournir la liste de l’ensemble des opérations récurrentes à transférer sur son compte ainsi que toutes les informations nécessaires à l’identification de ses contrats (abonnement mobile, numéro d’assuré social, etc.). [...] Pour bénéficier du nouveau service automatisé, signer un mandat et fournir un relevé d’identité bancaire (RIB) de son établissement d’origine suffira. La nouvelle banque d’accueil pourra alors se tourner vers la banque d’origine de son client pour obtenir la liste des prélèvements et virements récurrents effectués au cours des treize derniers mois. Puis contacter tous les « émetteurs » (de prélèvements ou de virement) pour leur communiquer les nouvelles coordonnées bancaires de leur client ».

Or d’après ce même article, et comme l’a fait l’ensemble des médias français, on nous explique que cela se réalise grâce à « l’accord conclu jeudi par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF). » Or il n’en est rien, il s’agit des conséquences d’une directive au nom aride : la directive 2014/92/UE.

La classique nationalisation d’une réussite européenne

Pourquoi les médias n’en parlent-ils pas ? Parce qu’ils ne sont tout simplement pas au courant au moment où il rédige l’information. Les journalistes ont reçu un communiqué de presse de la CCSF leur expliquant la manière dont ils ont obtenu l’application de la directive. Un communiqué devant être court, il n’est pas question d’expliquer l’ensemble du processus législatif aboutissant à cela. Les médias se ruent sur le sujet « pratique » et font un article le plus rapidement possible pour être les premiers à le publier. Ils seront ainsi les mieux référencés et donc les plus cliqués.

Alors qu’on nous parle en permanence de l’Europe « trop compliquée » ou qui réglemente trop, les citoyens ne sont pas au courant d’une décision qui leur simplifie la vie. Pire, les médias en avaient parlé en... mai 2013. Mais au moment de la réalisation de cette simplification, tout le monde l’a oublié.

Voilà résumé le problème de la communication européenne. Quand le projet est lancé, on en parle peu car la mise en oeuvre est très lointaine. De plus, beaucoup de négociations et de changements peuvent avoir lieu entre temps. Quand le projet arrive dans la vie quotidienne des citoyens, il est « nationalisé » (s’il est positif).

Ce cas est typique du manque de visibilité de l’Europe. Au moment où il arrive enfin sur le terrain, il n’y a plus de communication du niveau européen dessus. Et pour cause, l’application d’une directive peut arriver à n’importe quel moment dans un des 28 Etats membres. Les services de la Commission ne sont pas prévenus à l’avance et ne peuvent même pas avertir les journalistes. Au mieux, cela arrivera une semaine ou deux après, mais l’information ne sera plus « chaude » et un article « pratique » expliquant le processus législatif ayant abouti à une décision est clairement inintéressant.

L’Union européenne d’aujourd’hui est clairement une « perdante médiatique permanente ». Le plan d’investissements porté par Jean-Claude Juncker en est un autre exemple. Il permettra la réalisation concrète d’un grand nombre de projets, mais personne ne saura le rôle décisif joué par l’Europe et la Commission au moment de la livraison.

Alors à qui la faute ?

Le journaliste ne peut pas inventer une information qu’il n’a pas. Certes, il devrait rechercher en permanence l’origine d’une information, même si cela n’aboutirait qu’à une ligne dans l’article. En vrai, le journaliste d’aujourd’hui n’a plus le temps d’effectuer correctement son travail : la pression du clic, la simplification à outrance des textes, la multiplication des articles à écrire dans la journée, etc.

La Commission non plus ne peut pas faire grand chose. A la différence du gouvernement français, ce n’est pas un décret qui fixe l’application d’une directive. Au moment de la transposition dans le droit national, la Commission tient un discours plus technique que politique. Logiquement du reste. La décision est le plus souvent issue d’un consensus entre institutions d’abord et ensuite entre groupes politiques. Or, cela veut dire que tout le monde peut soit se prévaloir de la paternité quand c’est positif... ou rejeter la faute sur « l’Europe » quand c’est mal perçu par les citoyens.

Au final, c’est toujours l’Union européenne qui perd. Jusqu’à ce qu’elle devienne réellement politique ?

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