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Allemagne : les résultats des élections remettent en cause la politique d’accueil d’Angela Merkel

, par Laura Mercier

A un an des élections fédérales en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a vu son parti, la CDU, perdre deux scrutins : en Mecklembourg-Poméranie Occidentale, et à Berlin. Ces deux élections ont été marquées par la montée du parti d’extrême droite, Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Affiche de la CDU à Berlin montrant les mains d’Angela Merkel. – CC Flickr / Ben Sutherland

Auteurs

  • Membre des Jeunes Européens - Lyon, étudiante en 3e année de licence de sciences politiques.

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L’Allemagne aspirée par le mouvement populiste

Le 4 septembre 2016, c’est dans le Land Mecklmenbourg-Poméranie, où le parti social démocrate (SPD) domine traditionnellement, que les allemands ont été appelés à voter pour élire leurs députés. Et c’est l’AfD qui a marqué les résultats, en obtenant 20,85% des suffrages exprimés, et donc 18 sièges sur 71. Aux dernières élections, en 2011, ce parti était inexistant. Quant à l’Union chrétienne-démocrate, la CDU, a obtenu 19,06% des suffrages, faisant de l’AfD le deuxième parti de ce Land.

Le 18 septembre, ce sont les Berlinois qui sont allés aux urnes pour élire de nouveaux députés. L’AfD y a réalisé 14% des suffrages, et a fait son entrée pour la première fois dans plusieurs conseils d’arrondissement de la capitale allemande. La CDU y a enregistré le pire résultat de son histoire à Berlin, avec 17,6% des voix. Le SPD reste le premier parti mais recule tout de même en concédant 9 sièges.

Désormais, l’AfD est présent dans dix parlements régionaux, sur les 16 existants. Ces résultats inquiètent fortement et soulignent la fragmentation du paysage politique allemand, avec le recul des deux grands partis, le SPD et la CDU. Mais surtout, ces résultats mettent fin à l’exception allemande : l’Allemagne semblait jusqu’alors épargnée par le mouvement populiste, de par sa performance en termes de croissance, de commerce extérieur excédentaire, son taux de chômage faible et son rayonnement dans la mondialisation. Mais cette immigration forte et récente a exacerbé les peurs du peuple allemand, qui se tourne vers les partis populistes.

Angela Merkel, sous pression

Ces deux revers électoraux sont pour le gouvernement allemand la confirmation d’un mécontentement et d’un sentiment de plus en plus hostile vis-à-vis de la politique d’accueil des réfugiés que la chancelière a engagé l’été 2015, et qui a permis à des centaines de milliers de réfugiés de passer les frontières allemandes. Dans ce contexte politique tendu, la chancelière allemande est sous pression : plusieurs membres de son propre parti souhaitent un durcissement de la politique migratoire du gouvernement, et ils sont rejoints par l’allié de la CDU, l’Union chrétienne-sociale (CSU), en Bavière.

Au niveau européen, les partenaires de l’Allemagne attendent également des mesures fortes de la part de l’Allemagne, pour stopper l’immigration clandestine. C’est l’objectif qu’Angela Merkel a énoncé à l’occasion d’une rencontre avec ses partenaires régionaux réunis le 25 septembre à Vienne. Mais Angela Merkel n’oublie pas de préciser qu’il est important de rester « à la hauteur de nos responsabilités humanitaires ».

La chancelière allemande doit concilier et trouver un équilibre entre les différentes attentes de ses partenaires européens : d’un côté, Athènes souhaite que l’Union Européenne « remplisse ses engagements vis-à-vis de la Turquie » en libéralisant le système des visas, car l’accord signé en mars entre l’Union Européenne et Ankara est menacé d’échouer si l’exemption de visas aux citoyens turcs n’est pas assurée dans les prochaines semaines. Face à Tsipras, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, veut renvoyer tous les demandeurs d’asile qui se trouvent actuellement sur le territoire européen. Toujours dans cette lancée nationaliste, il appelle les hongrois à voter contre l’accueil des réfugiés, à l’occasion d’un référendum qui a lieu ce dimanche 2 octobre.

Ainsi, les dirigeants européens ne parviennent pas à trouver de solution durable, et surtout une solution européenne à la crise des réfugiés. Les opinions publiques européennes sanctionnent leurs gouvernements, en Allemagne, en France, en Autriche, et se tournent vers les partis populistes d’extrême droite. Cela montre que l’accord signé avec la Turquie n’était pas la solution à la montée des populismes et des nationalismes en Europe, et que les dirigeants européens doivent résoudre cette crise ensemble, malgré la pression électorale que chacun d’entre eux peut connaître dans son pays.

L’année 2017 sera marquée par plusieurs scrutins : en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, mais aussi en Italie à l’occasion d’un référendum qui se tiendra au mois de décembre prochain : ces différentes élections ne pourraient-elles pas être l’opportunité de trouver des solutions communes ? Les nombreux candidats qui prennent part à ces élections devraient travailler ensemble pour relancer le projet européen, pour résoudre cette crise humanitaire, et donner à nouveau de l’espoir au peuple européen.

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Vos commentaires

  • Le 6 novembre à 14:34, par Frankie PERUSSAULT En réponse à : Allemagne : les résultats des élections remettent en cause la politique d’accueil d’Angela Merkel

    Pour trouver des solutions communes il faudrait d’abord qu’on se sente appartenir à une NATION. Comme ils disent : je suis Américain, il faudrait que tout un chacun puisse dire : je suis Européen. Les nations européennes actuelles deviendront un jour ou l’autre des Etats de cette grande nation. Quand on se trouve au milieu de l’Allemagne ou un peu plus loin vers l’Est, on ressent bien que la France est une espèce de Californie et que la « côte Est » butte contre les frontières de l’empire Russe. Suis-je la seule à voir ça comme ça ?

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