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Donald Trump président : une chance pour l’économie européenne ?

, par Eric Devron-Mollard

Mercredi 9 novembre, les résultats de l’élection présidentielle américaine sont tombés  : Donald Trump a finalement été élu 45ème président des Etats-Unis, faisant mentir tous les sondages. Si inquiétante soit elle, cette élection peut être une chance pour l’économie européenne.

Bientôt une Silicon Valley européenne ? CC Wiki / Christian Rondeau

Réveil douloureux le 9 novembre

Mercredi 9 novembre, les résultats de l’élection présidentielle américaine sont tombés  : Donald Trump a finalement été élu 45ème président des Etats-Unis, faisant mentir tous les sondages.

Cette nouvelle a choqué au delà des seuls Etats-Unis, et il y a de quoi. C’est le triomphe des protectionnistes et des climato-sceptiques. Rappelons que le futur nouveau président américain est opposé au libre-échange, et qu’il veut même dissoudre l’OMC. Il a aussi affiché la volonté de renvoyer chez eux 3 millions d’immigrés, ce qui ne manquera pas de créer d’intenses conflits diplomatiques notamment entre les Etats-Unis et le Mexique. Cela provoquera également un choc de demande qui privera les entreprises locales d’une part importante de leur clientèle, en particulier en Arizona et au Nouveau Mexique. Trump est enfin opposé aux accords de Paris sur le climat, signés par les Etats-Unis lors de la COP21, et souhaite les dénoncer.

A elles seules, ces deux propositions politiques seraient dramatiques pour l’économie mondiale et pour l’avenir de la planète.

Un déclin de l’Amérique qui a déjà commencé

Mais le vote du peuple américain n’est que la conséquence du déclin relatif des Etats-Unis, dont le revenu médian vient de passer en-dessous de celui du Canada en cette année 2016. La Silicon Valley, qui tire en grande partie la croissance américaine, ne peut faire oublier l’état désastreux des infrastructures du pays, et l’absence d’une véritable formation continue des travailleurs, laissant sur le carreau les anciens mineurs et ouvriers de l’industrie, qui n’ont pas les qualifications pour se faire embaucher par les filières de la nouvelle économie, celle des géants de l’internet, des nanotechnologies et des biotechnologies.

Les cartes à jouer de l’Union Européenne

A l’Europe de faire rêver ses citoyens et le reste du monde, en promouvant sa qualité de vie (supérieure à celle des Etats-Unis à revenu égal), et en devenant la première économie mondiale en assurant son unité et sa prospérité par de meilleurs choix économiques. Surtout, à l’Europe de tirer parti du vote des américains, qui ont fait le choix d’élire Donald Trump.

Négocier des traités de libre-échange

Le président élu veut sortir des traités de libre échange et imposer unilatéralement des droits de douane élevés au Mexique et aux pays asiatiques  ? Très bien ; dans ce cas, négocions avec le Mexique, deuxième marché des Etats-Unis, qui y exportent 100 milliards de dollars de biens et services par an, pour prendre leur place. Nous nous mettrons d’accord sur des normes communes et sur une instance d’arbitrage, comme pour le traité CETA avec le Canada, ce qui sera profitable pour les économies à la fois de l’Union Européenne et du Mexique.

En ce qui concerne la Chine, la hausse des droits de douane américainsqu’elle risque de subir mettra son économie en difficulté (puisque le marché chinois est la première cible des exportations américaines avec 250 milliards de dollars par ans). Elle sera obligée de chercher de nouveaux débouchés. Nous serons donc en position de force pour négocier la libre installation de nos entreprises dans ce pays. En effet, elles sont toujours obligées de s’associer à une entreprise chinoise et de lui livrer une partie de ses technologies pour pouvoir opérer sur place..

Attirer et promouvoir les entreprises à la frontière technologique

Donald Trump a un effet répulsif sur la Silicon Valley, par ses prises de positions politiques, mais aussi par ses propositions économiques, comme celle visant à imposer à Apple d’assembler ses téléphones aux Etats-Unis. A nous de l’attirer en Europe. Ces grandes entreprises ont déjà implanté des activités logisitiques en Irlande pour des raisons fiscales. L’occasion se présente à nous de faire venir des activités à plus haute valeur ajoutée. Dans des pays aux universités plus nombreuses et performantes, comme l’Allemagne et la France, les établissements d’enseignement supérieur pourraient nouer des partenariats avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Elles créeraient des cursus qui répondent aux besoins spécifiques de ces entreprises, au besoin en rémunérant à temps partiel certains de leurs chercheurs pour y donner des cours. En échange, les géants de l’internet s’engageraient à installer des centres de recherche à proximité de ces universités, et à embaucher une part importante de ceux qui y suivent une formation qui leur est dédiée.

Nos talents européens créateurs de start-ups fuient souvent la fiscalité excessive, les contraintes réglementaires, et les difficultés de financement de leurs projets par les banques, pour s’exiler en Californie. Profitons du repli des américains sur eux-mêmes, pour être LE centre mondial de l’innovation, en menant une politique audacieuse de coopération entre les multinationales des hautes technologies et les universités, en améliorant notre cadre réglementaire, et en facilitant le financement des entreprises prometteuses, en particulier dans les nouvelles technologies. Ce qui fait la croissance durablement plus forte aux Etats-Unis, ce n’est pas seulement une politique macroéconomique mieux coordonnée au niveau fédéral, ce sont surtout les géants de la Silicon Valley, comme Google, Apple ou Facebook, qui ont commencé par être des microentreprises dans des garages.

Le climat devenant malsain pour eux en Amérique, à nous d’attirer les géants d’aujourd’hui, et de faire croître les champions de demain. Les 300 milliards d’euros du plan Juncker sont déjà utilisés pour aider à la création d’entreprises qui ont un intérêt écologique ou social, c’est une très bonne chose. Ces fonds pourraient être encore mieux utilisés en privilégiant l’innovation de rupture, celle qui change radicalement les modes de production, de consommation, ou apporte des biens et des services radicalement nouveaux. , C’est elle qui nous rendra plus riches demain. Il en va de même de la politique de Quantitative Easing, qui consiste à augmenter la masse monétaire en rachetant notamment des bons du Trésor et des obligations d’entreprise.de la Banque Centrale Européenne  : si elle veut relancer l’économie sans créer de bulles spéculatives dévastatrices, elle doit la diriger directement vers le financement des start-ups, qui créeront réellement de la richesse, par des achats d’actions ou d’obligations qu’elles émettent.

Des citoyens européens associés aux décisions et bien informés

Afin d’assurer à ces mesures un soutien populaire dans l’ensemble de l’Union Européenne, il faut cependant s’assurer qu’elles profitent à tous, autant que faire se peut. Associer les citoyens européens aux négociations sur les traités de libre-échange contribuera à mieux les informer et à leur faire prendre conscience de l’intérêt qu’ils peuvent avoir pour eux. En même temps que l’Union Européenne aidera les entreprises innovantes, il ne faudra pas qu’elle se prive de communiquer sur les projets. N’oublions pas la formidable publicité qu’Ariane avait représenté pour l’Europe dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

L’élection de Donald Trump à la présidence américaine est de prime abord une mauvaise nouvelle pour l’Europe, les Etats-Unis et le monde. Cependant, le fait que l’Amérique souhaite par cette élection prendre une part moins active à la mondialisation laisse l’opportunité (et le devoir) à l’Union Européenne de prendre sa place de leader économique, intellectuel et moral. Une OMC sans les Etats-Unis sera une OMC où l’Union sera à la manœuvre pour négocier les meilleurs accords de libre-échange, qui profiteront à son économie et au reste du monde. Récupérons la poule aux œufs d’or américaine, la Silicon Valley, que le président élu veut tuer. Devenons un modèle de démocratie participative qui contrera la menace populiste. Réenchantons le rêve européen.

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