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Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

, par Alexandre Marin

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Un des arguments typiques des nationalistes pour persuader l’opinion publique de l’impossibilité de construire une Europe unie est celui de la langue : comment nous unir si nous ne pouvons même pas nous comprendre ?

Trouvères et troubadours arpentaient autrefois le royaume de France.
Aujourd’hui, on retrouve leurs chants et leur culture dans les langues régionales. - BnF

Auteurs

  • Etudiant en droit français et espagnol à l’Université Complutense de Madrid et à Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Des nations unies dans la diversité ?

Il est vrai que certains Etats nations se sont développés en essayant d’éradiquer toute particularité régionale ou locale, les langues en premier lieu. Il ne devait pas y avoir de culture bretonne, picarde ou corse, mais uniquement une culture française. Dans la logique nationaliste, l’uniformisation est nécessaire à l’unité quand elle ne lui est pas synonyme. Pour être ensemble, il faut être pareil, les différences doivent donc être stigmatisées.

Or, l’Union européenne émet le présupposé opposé. Sa devise, in varietate concordia, ou « unis dans la diversité » signifie, non pas que nous sommes ensemble malgré nos différences, mais que nous sommes unis par nos différences, pour nos différences, et grâce à nos différences.

L’enseignement des langues régionales s’inscrit dans cette philosophie. L’enseignement des langues régionales et l’enseignement bilingue langue nationale/langue régionale serait un outil puissant pour rendre compte que nos cultures sont plurielles et que le multilinguisme n’est pas un obstacle à la vie en collectivité.

Pourquoi alors ne pas développer plutôt l’enseignement bilingue avec d’autres langues nationales comme l’anglais, l’espagnol ou l’allemand ? Ces langues ont en effet une étendue européenne et planétaire qui les rend beaucoup plus utiles que le breton, le wallon ou l’auvergnat. Cependant, l’enseignement bilingue de deux langues nationales demeure, sauf dans le cas des Etats qui ont plusieurs langues officielles, l’enseignement d’une langue qui est « la nôtre », et d’une langue « étrangère », fût-elle celle d’un pays voisin dont la frontière est à deux pas.

L’enseignement des langues régionales et l’enseignement bilingue langue nationale/langue régionale sont l’enseignement de deux langues qui sont « les nôtres », et qui constituent « notre patrimoine », ce qui remet fondamentalement en cause l’idée que pour être unis, il faille partager une langue unique qui soit la même pour tous.

Les langues régionales comme patrimoine historique et culturel

D’autant plus que les langues régionales sont une richesse immense pour toute l’humanité. La beauté de la langue provençale a valu à un auteur français, Frédéric Mistral, le prix Nobel de littérature en 1904, pour son poème Mirèiò. Ce grand écrivain avait l’ambition de faire revivre la langue des troubadours, première langue littéraire d’Europe à côté du latin, aux XIe et XIIe siècles. Les troubadours de langue d’oc ont inspiré les trouvères de la langue d’oïl, dont le célèbre Chrétien de Troyes, et les Minnesängers d’outre-rhin. Le prestige des troubadours est descendu jusque dans le sud de l’Italie où s’est créée l’Ecole sicilienne, protégée par l’empereur germanique Frédéric II, également roi de Sicile. Ce courant littéraire, dont les œuvres ont été écrites en sicilien, est à l’origine du sonnet qui fera la renommée de Pétrarque, Ronsard, Shakespeare, et plus tard de nombreux autres auteurs romantiques.

C’est pourquoi, l’Unesco a développé des programmes de recensement et de sauvegarde des langues en danger de disparition et le Conseil de l’Europe a élaboré la charte européenne des langues régionales, dont la ratification est désormais une condition pour adhérer à l’Union européenne, charte qui n’est pourtant toujours pas ratifiée par la France, malgré les annonces du gouvernement.

Qui plus est, une langue évolue rarement de manière isolée, mais s’inspire le plus souvent des autres langues dont elle est voisine géographiquement, historiquement ou culturellement. Il en est de même pour les langues régionales, à l’exception notable du basque. Les langues régionales peuvent avoir en commun avec des langues d’autres pays européens, des mots, des expressions, ou des conventions grammaticales. Elles servent alors de ponts entre des langues de différents Etats, à l’instar du normand, langue située entre le français et l’anglais. C’est pourquoi, apprendre, connaître, et parler des langues régionales est un atout considérable, non seulement pour bien parler les langues étrangères, mais aussi pour comprendre l’origine de la morphologie, des proverbes, et de la syntaxe.

Les frontières linguistiques n’existent pas

C’est ce qui explique également que les langues régionales changent notre perception des frontières nationales. Dans une Europe régie par la logique nationale, le franchissement d’une simple ligne tracée dans une chaîne de montagne ou au niveau d’un fleuve correspond à un changement de langue et de culture aussi brutal qu’artificiel. Les langues et les cultures régionales nous font prendre conscience d’un tel artifice.

Quand on traverse les régions et les pays de notre continent, le passage d’une langue à une autre se fait de manière beaucoup plus progressive, et il est très difficile de délimiter une langue avec des contours précis. La langue d’une région s’imprègne de celles des provinces voisines, et plus on s’approche de l’une de ces provinces, plus son influence devient marquante, à tel point que certains parlers sont considérés comme des dialectes de transition entre deux langues, comme le royasque, patois de transition entre le provençal et le ligure (langue de la région de Gênes). Ainsi, si les langues pouvaient s’incarner en une couleur, l’Europe des régions serait un dégradé de couleurs différentes interagissant et se mélangeant les unes avec les autres.

À ce titre, l’apprentissage et la pratique des langues régionales ne doit pas se faire dans une optique de fermeture et de regret du passé, mais dans un idéal d’ouverture sur le monde et sur l’avenir.

Une langue, une pensée

L’enjeu n’est pas que culturel, il se situe également au niveau des libertés fondamentales, notamment les libertés d’expression et d’opinion. Si la parole exprime la pensée, les travaux du linguiste Ferdinand de Saussure démontrent qu’avant tout, la parole forme la pensée : sans mot, pas d’idée ! Le principe de la novlangue d’Orwell, c’est de supprimer progressivement les mots pour supprimer toute opinion non conforme. L’imposition exclusive du français dans la vie quotidienne par les autorités publiques, en France à partir de la Troisième République n’a pas un objectif purement nationaliste. Le présupposé de départ était que le français était la langue des Lumières et de la liberté face aux autres langues européennes, celles encore enfermées par les carcans idéologiques de l’Ancien Régime. La volonté de l’Etat était d’imposer une langue unique pour restreindre et encadrer la faculté même de penser, afin qu’on ne puisse pas remettre en question le bien-fondé des acquis de la Révolution qui constituaient le fondement de la nouvelle République instaurée en 1870. Cette méthode a inspiré l’URSS qui imposait le russe comme langue unique dans la vie publique.

Promouvoir l’enseignement et la pratique des langues régionales dans la vie publique, c’est favoriser la diversité des opinions, leur libre expression, et la rencontre des différentes représentations du monde incarnées par ces langues, facteur d’enrichissement culturel collectif et donc d’unité.

Voir en ligne : Photo : CC

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Vos commentaires

  • Le 21 août 2015 à 17:49, par Guillaume Bucherer En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    Oui, je partage votre avis. J’ajoute que on peut très bien envisager un enseignement bilingue (langue nationale/autre langue) en y ajoutant une langue régionale. Cela fait beaucoup, c’est vrai, et quid des collégiens et lycéens qui changent de région pendant leur scolarité ? Perdront-ils leurs acquis ? Un professeur d’Occitan n’est pas toujours disponible en Picardie.

    Mais sur le fond oui. A la condition sine qua non que les documents administratifs restent dans la langue nationale, sinon le pacte du « vivre ensemble » me semblerait rompu (peut-on envisager qu’un Provencal reçoive des documents en breton lorsqu’il déménage en Bretagne ? Difficile à admettre...).

  • Le 21 août 2015 à 18:16, par Xavier C. En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    La langue structure effectivement la pensée. Excellent article.

    Malheureusement l’offre politique française est totalement opposée à cette opinion (mis à part le centre, timidement). Ce qui est très amusant (mais pas illogique), c’est que les défenseurs des langues régionales sont souvent les mêmes qui font la promotion d’une certaine idée européenne : tolérante, ouverte, riche de sa diversité.

  • Le 21 août 2015 à 18:55, par Laurent Leylekian En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    Tout ça serait magnifique mais, hélas, pour l’instant c’est surtout « désunis dans l’uniformité » et l’uniformité n’a qu’une seule langue, l’anglais, comme le prouvent allègrement la plupart des sites des institutions européennes.

    Et comme vous l’ecrivez fort justement à la suite de Saussure, l’uniformité de la langue implique celle de la pensée. Au demeurant, l’episode grec montre sous nos yeux qu’une pensée divergente - même non « nationaliste » - est « streng verboten » (comme on dit en anglais).

  • Le 22 août 2015 à 12:00, par Celes En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    N’importe quoi.

    On ne peut pas demander aux gens d’apprendre toutes les langues des autres, surtout quand ils ne parlent déjà pas correctement leur propre langue maternelle.

    Dans un monde où tous les humains seraient assez intelligents pour apprendre toutes les langues, cette idée pourrait marcher. Mais ce monde n’existe pas, il faut voir la réalité en face.

    Cela ne conduira qu’à une société où les gens ne se comprennent pas, et donc se tapent dessus. Bref, la société actuelle.

    La création de « pays internationaux » n’est qu’un fantasme issu d’une bande d’européistes ignorants, complètement perchés sur leur tour, déconnectés de la réalité, qui nous conduit vers une société multi-culturelle, c’est-à-dire vers la violence et la guerre civile.

    Faut arrêter de fantasmer, analyser l’histoire et la philosophie. Faut grandir au lieu de débiter des bêtises pareilles.

    1 - D’abord tu restaures l’identité nationale de chaque pays

    2 - Ensuite tu renforces les liens entre chaque pays avec d’autres langues et des échanges culturels.

    2 sans 1 ne mène qu’à la guerre.

  • Le 22 août 2015 à 15:05, par Alexandre Marin En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    "quid des collégiens et lycéens qui changent de région pendant leur scolarité ?"

    Je n’ai pas de solution précise à ce problème, mais il y en a sûrement plusieurs. Ce problème se pose aussi des écoliers, collégiens, et lycéens qui changent de pays pendant leur scolarité.

    Faudrait voir ce qui se passe au Pays de Galle, l’enseignement du Gallois y est obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans, et 20% des écoliers sont scolarisés dans des écoles d’immersion.

    "Mais sur le fond oui. A la condition sine qua non que les documents administratifs restent dans la langue nationale, sinon le pacte du « vivre ensemble » me semblerait rompu"

    On peut également concevoir des documents administratifs bilingues. Là aussi, le problème se pose pour un citoyen qui déménage dans un autre pays de l’Union européenne. Pour reprendre l’exemple gallois, les documents administratifs sont bilingues, mais c’est la même chose dans d’autres régions (Catalogne, Pays Basque, etc.).

    Toutefois, je ne vois pas en quoi le "vivre ensemble" dépend d’une langue commune. Il y a un "vivre ensemble" européen, un "vivre ensemble" belge, et un "vivre ensemble" suisse.

  • Le 23 août 2015 à 10:38, par Alexandre Marin En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    @Celes

    Qui vous a parlé de la création de pays internationaux ? Et justement, le principe de l’enseignement des langues régionales, c’est justement d’enseigner et d’apprendre une langue qui est la nôtre et pas celle des autres.

    L’enseignement des langues régionales se fait déjà en France et dans d’autres pays d’Europe où il est parfois obligatoire. Il existe même des écoles bilingues et des écoles d’immersion en langue régionale : en France, il y a de plus en plus de demandes pour intégrer ces écoles, et leurs élèves ont souvent un niveau de Français que les autres.

    Mon cher Celes, je crois que c’est vous qui êtes perché sur une tour.

  • Le 23 août 2015 à 10:50, par M. PIO En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    pour reprendre votre conclusion : « Promouvoir l’enseignement et la pratique des langues régionales dans la vie publique, c’est favoriser la diversité des opinions, leur libre expression, et la rencontre des différentes représentations du monde incarnées par ces langues, facteur d’enrichissement culturel collectif et donc d’unité » C’EST EXACTEMENT TOUT LE CONTRAIRE ET VOTRE DÉMONSTRATION EST FALLACIEUSE. Cela conduit au renfermement sur soi-même, au régionalisme, à la xénophobie et au rejet de l’autre qui est différent parce qu’il ne parle la même langue. Cet état de fait est illustré en Belgique par les flamands qui rejettent en masse les wallons, en Espagne par les catalans qui se veulent indépendants et en Ukraine par les pogroms anti russe. Régionaliser l’Europe conduira à la guerre.

  • Le 23 août 2015 à 18:49, par Alexandre Marin En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    @ M.PIO

    tous les exemples que vous prenez, les indépendantismes catalan, ou flamand, sont des exemples, non pas de régionalisme, mais de nationalisme. Les indépendantistes catalans et flamands ne se considèrent pas comme des régions, mais comme des nations à part entière. Ils intègrent donc la logique nationaliste, à savoir, "nous en pouvons êtres unis que si nous sommes pareils et parlons la même langue. Ce même renfermement sur soi se retrouve aussi en France avec le FN, au Royaume-Uni avec l’UKIP et dans plusieurs autres état-nations.

    La Suisse, bien qu’elle ne soit pas membre de l’U.E, a paradoxalement parfaitement intégré la philosophie européenne de « unis dans la diversité ». Les régions y ont du pouvoir, quatre langues sont officielles, et le soutien aux langues « minoritaires » y est très fort. Pourtant, ils ne semblent pas au bord de la guerre civile.

    Le Pays de Galles est également un très bon exemple : l’enseignement du Gallois est obligatoire jusqu’à seize ans et 20% des jeunes gallois sont scolarisés en école bilingue ou en école d’immersion. Le régionalisme gallois est très fort aux pays de Galles. Pourtant, les Gallois ne sont pas particulièrement fermés sur eux-mêmes.

  • Le 24 août 2015 à 10:33, par Bernard Giroud En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    Quelle plâtrée, quelle accumulation de verbes, quelles tentatives de justification faiblement raisonnée pour tenter de démontrer les travaux du linguiste Ferdinand :

    Depuis la nuit des temps c’est « l’Esprit qui emmène la matière et celle-ci s’en accommode » Pour dire autrement c’est l’esprit qui forme l’acte et donc emmène sa réalisation, et pas les moulins à vents de la parole..

    L’abondante littérature médiévale s’essaie à former son siècle, et s’il est bon, pour certain de connaitre le détail du parcours qui emmène cet esprit à bases chrétiennes jusqu’à nous, il est aussi, probablement tout aussi important de bien voir comment cet esprit progresse dans l’élaboration de la charpente spirituelle qui nous permet de tenir debout aujourd’hui.

    Si vous craignez tant l’uniformité de la pensée, plongez vous dans les grands courants actuels des religions ; Comme son nom l’indique re-lier, lier entre eux.’ Christianisme, bouddhisme, confucianisme, les musulmans), sans compter ceux qui sont dévoués à l’idolâtrie du veau d’or. Vous verrez que vous n’aurez pas à vous ennuyer à chercher un appui pour des jours meilleurs, au milieu de toute ce fatras de bonnes ou moins belles vérités Ne perdons pas trop de temps à ressasser celles qui sont dépassées ; En même temps, vous étayerez votre charpente.

    La langue et la parole permet de dire un peu n’importe quoi, le tout et son contraire ; Mais pour qui veut trouver un chemin dans la « longue marche » du temps universel, sa priorité sera beaucoup plus de chercher à défricher l’avant, le futur, en s’appuyant sur ce que le passé a fait de lui.

    Il n’existe pas d’impossible miracle dans les quatorze milliards d’années passées, il n’en existe probablement pas dans celles qui nous paraissent sans limites à venir ;

    Selon Einstein et d’autres, le temps est une donnée improbable. , Osons imaginer ce qui le remplace, et nous relier à l’Esprit qui emmène la matière, nous sommes faits pour nous en accommoder.

    Je gage que dans cette grande ambition, ce grand voyage, il faudra probablement tout le temps et la force de ces masses humaines dont nous sommes, pour reculer nos limites et prendre la dimension à laquelle nous appartenons, et laisser de coté le futile....

  • Le 1er septembre 2015 à 18:55, par Lame En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    C’est ce qui explique également que les langues régionales changent notre perception des frontières nationales. Dans une Europe régie par la logique nationale, le franchissement d’une simple ligne tracée dans une chaîne de montagne ou au niveau d’un fleuve correspond à un changement de langue et de culture aussi brutal qu’artificiel. Les langues et les cultures régionales nous font prendre conscience d’un tel artifice.

    Le contre-exemple est le Pays basque français et le Roussillon. Les Basques français ne sont pas des Basques espagnols et les Roussillonnais ne sont pas des Catalans. De la même façon qu’un Français n’est pas un Québecquois ou un Suisse Romand.

    Il est vrai que certains Etats nations se sont développés en essayant d’éradiquer toute particularité régionale ou locale, les langues en premier lieu. Il ne devait pas y avoir de culture bretonne, picarde ou corse, mais uniquement une culture française.

    En fait, la « culture française », c’est la somme des cultures régionales de la France et il n’y a jamais eu de volonté de les éradiquer, même sous la République jacobine si souvent critiquée. Il y a tout au plus eu une promotion de la langue française, largement soutenue par les élites provinciales, et une promotion plus ou moins autoritaire et dynamique du catholicisme romain selon les régimes.

    La Ve République, rappelons-le, s’est dotée de régions et TOM sur une base essentiellement culturelle. Les collectivités territoriales, notamment la Corse, ont entretenu leurs cultures grâce aux subventions de l’Etat central. Il a également organisé l’enseignement des langues régionales qui sont reconnus comme une part du patrimone national par l’article 75-1 de la Constitution. La promotion de la religion catholique subsiste mais c’est un abus, plus un principe, et les méthodes employées n’ont rien à voir avec celles de Louis XIV ou de certains Etats actuels.Ceci explique pourquoi l’Hexagone peut encore être divisé en plus de 300 « pays de France ».

    A tort ou à raison, cette diversité a parfois fais l’objet de critiques et railleries, notamment dans le monde anglo-saxon. Toutefois, qu’en subsisterait-il si la France s’était comportée vis à vis des cultures régionales comme les institutions européennes se comportent vis à vis des "particularismes nationaux ? Elle ressemblerait à la Norvège ou à l’Allemagne, des pays uniformisés qui ne font jamais l’objet de critiques, eux.

    D’où une interrogation : Quel sera le sort des cultures régionales quand les eurocrates en auront fini avec l’échelon national ? A bon entendeur, salut...

  • Le 1er septembre 2015 à 20:06, par Lame En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    Le principe de la novlangue d’Orwell, c’est de supprimer progressivement les mots pour supprimer toute opinion non conforme. L’imposition exclusive du français dans la vie quotidienne par les autorités publiques, en France à partir de la Troisième République n’a pas un objectif purement nationaliste.

    Combien de pays ont une langue officielle dans l’UE et dans le monde ? Combien de pays impose l’apprentissage de la langue officielle et son emploi dans la vie publique en Europe et dans le monde ? Les USA, la Russie et le Brésil, pays continent, ont aussi une langue officielle et des langues régionales protégées, pas trente-six langues.

    Au fait, le régime linguistique des pays multilingues est-il si différent ? La Belgique a deux langues officielles (l’algemeen nederland et le français classique) et une langue protégée (l’allemand). Critique-t-on la Belgique parce que le Gouvernement flamand impose l’emploi de l’algemeen nederland aux mandataires et le Gouvernement wallon celui du français ?

    Les différentes patois wallons, les différentes dialectes provinciaux du flamand et le brusselair ne sont ni reconnus, ni soutenus par les autorités, la diversité linguistique de la Belgique étant méconnue des Belges eux-même. Qui leur en fait le reproche ?

    La Suisse, volontiers perçue comme un Etat quadrilingue exemplaire, n’est pas exempte de problèmes linguistiques. L’allemand de suisse n’est pas une langue vernaculaire comme l’algemeen nederland. Les Suisses alémaniques négligent l’apprentissage du français au profit de l’anglais. Pour échapper aux déboires de la Belgique, certains envisagent désormais le passage à une langue officielle et des langues protégées...comme en France.

    Il est temps d’arrêter de critiquer les Français à la moindre occasion et de reprocher à l’Etat français de faire comme la majorité des Etats. Le choix du Français comme langue officielle permet simplement à la France d’éviter les problèmes qu’engendre l’absence d’une langue commune dans les Etats multilingues et l’UE. La novlangue, ce n’est pas le français mais plutôt l’eurospeak employé par les fonctionnaires européens.

    Si l’UE tient tellement à soutenir les langues régionales, elle peut par exemple encourager leur enseignement au sein de la fonction publique européenne et des services de transmission des armées. Au lieu de cela, l’UE se complaît dans une anglophonie de fait de moins en moins masqué par le multilinguisme apparent du Parlement européen.

  • Le 4 septembre 2015 à 18:30, par Alexandre Marin En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    « Le contre-exemple est le Pays basque français et le Roussillon. Les Basques français ne sont pas des Basques espagnols et les Roussillonnais ne sont pas des Catalans. De la même façon qu’un Français n’est pas un Québecquois ou un Suisse Romand. »

    Certes, mais les Basques français ne sont pas des Alsaciens, et un habitant de Perpignan partage des choses avec un habitant de Barcelone qu’il ne partage pas avec un habitant de Lille. Et avec l’ouverture des frontières, il est plus facile d’aller du Pays Basque français au Pays Basque espagnol que d’aller de Biarritz à Amiens. La différence avec le Québec, c’est que 7000 kilomètres de mer ne séparent pas les deux côtés de la frontière franco-espagnole.

    Les Suisses romands ont une langue régionale propre, le Francoprovençal qu’ils partagent avec les habitants de la région lyonnaise, de la Savoie, du Dauphiné, et du Val d’Aôste.

    Et si, il y a bel et bien eu, au cours de la troisième république, une politique linguistique visant à éradiquer les langues régionales. C’est à partir du régime de Vichy, puis de la loi Deixonne en 1951 que l’enseignement des langues régionales est autorisé.

    « Il est temps d’arrêter de critiquer les Français à la moindre occasion »

    Je dis juste que la France n’a pas ratifié la charte des langues régionales, alors qu’elle s’est engagée à faire : je ne critique pas, je constate. Pour le reste, mon article ne parle pas de la France, mais des langues régionales en Europe.

    « qu’en subsisterait-il si la France s’était comportée vis à vis des cultures régionales comme les institutions européennes se comportent vis à vis des »particularismes nationaux ? Elle ressemblerait à la Norvège ou à l’Allemagne, des pays uniformisés qui ne font jamais l’objet de critiques, eux."

    L’Union européenne a 24 langues officielles, qui sont les 24 langues des Etats. Les textes sont traduits dans toutes ses langues. Je ne vois pas en quoi les particularismes locaux sont malmenés. Le Français jouit encore de certains privilèges, étant la langue dans laquelle la Cour de Justice rend ses arrêts. La Norvège et l’Allemagne ont ratifié la charte européenne des langues régionales, la Norvège pour le Kven (langue proche du Finnois) et le Lapon, et l’Allemagne, pour le Danois, le Frison, le Romani, et le Sorabe (langue slave). Il manque encore des langues comme le Bavarois, et l’état allemand demeure critiqué pour ne pas l’avoir intégré dans la charte.

    Les « eurocrates » qui dirigent l’Europe ne sont rien d’autres que les chefs d’Etat et de gouvernement. A moins d’être masochistes, je doute qu’ils aient l’intention d’en finir avec l’échelon national.

  • Le 4 septembre 2015 à 18:31, par Alexandre Marin En réponse à : Enseigner les langues régionales pour construire l’Europe

    « Critique-t-on la Belgique parce que le Gouvernement flamand impose l’emploi de l’algemeen nederland aux mandataires et le Gouvernement wallon celui du français ? » Réponse : oui ! (http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2014/10/18/mieux-vaut-etre-anglophone-au-quebec-que-francophone-en-flandre/)

    « Les différentes patois wallons, les différentes dialectes provinciaux du flamand et le brusselair ne sont ni reconnus, ni soutenus par les autorités, la diversité linguistique de la Belgique étant méconnue des Belges eux-même. » A Bruxelles, tout est bilingue français/flamand, le Bruxellois étant une variante de cette langue. J’ignore exactement quelles sont les initiatives pour protéger le Wallon j’étais Wallon, je me battrais pour préserver l’usage du cette langue. Le Conseil de l’Europe recommande régulièrement à la Belgique de ratifier la charte.

    « La Suisse, volontiers perçue comme un Etat quadrilingue exemplaire, n’est pas exempte de problèmes linguistiques. L’allemand de suisse n’est pas une langue vernaculaire comme l’algemeen nederland. » Je ne vois pas en quoi c’est un problème. Qu’est-ce qui s’oppose à ce qu’on reconnaisse le Suisse allemand comme une langue (ou des langues) à part entière ? Le faible nombre de locuteurs (cinq millions tout de même) ? Nous sommes en Europe, j’estime que chaque minorité a droit à ce que sa langue soit reconnue.

    « Les Suisses alémaniques négligent l’apprentissage du français au profit de l’anglais. » Là, je suis d’accord avec cous, il y a un véritable problème, c’est aux Suisses de le résoudre.

    « Pour échapper aux déboires de la Belgique, certains envisagent désormais le passage à une langue officielle et des langues protégées...comme en France. » Un problème se pose, comme en Belgique quelle langue deviendra officielle ? Il s’agit d’un faux problème, en réalité. Les Flamands et les Wallons ont des différents économiques qui datent du XIX° siècle, certains indépendantistes Flamands ont pris un prétexte identitaire pour donner une justification « morale » à une volonté de sécession basée exclusivement sur des considérations économiques. En suisse, de tels différents n’existent pas. Je vois mal comment des différents pourraient voir le jour, d’autant que la Suisse s’est formée par une coalition de cantons comme l’Union européenne.

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