Accueil > Actualités > Euro 2016 : Un rendez-vous entre la peur du terrorisme et la (...)

Euro 2016 : Un rendez-vous entre la peur du terrorisme et la grève

, par Gesine Weber, traduit par Sergio Camachetty

Toutes les versions de cet article : [Deutsch] [français]

Le « rendez-vous », c’est ainsi que l’UEFA a nommé l’Euro de football qui commence en France le 10 juin. Cela suppose un grand événement sportif plein de vie et de légèreté. Toutefois la réalité est toute autre en France, occultée ces derniers jours par des événements négatifs, présents en toile de fond de l’Euro.

Le Stade de France et les autres lieux qui accueilleront les supporters se préparent pour l’Euro. Le niveau de sécurité est particulièrement élevé à la suite des attentats qu’a connus la France. - Jean-Marc (CC/Flickr)

Auteurs

  • ist Social-Media-Redakteurin von treffpunkteuropa.de. Gesine Weber studiert im deutsch-französischen Studiengang Angewandte Politikwissenschaft an der Universität Freiburg und Sciences Po Aix-en-Provence. Ihr Fokus liegt auf EU-Außenpolitik und insbesondere den Beziehungen zu China.

Dans les prochains jours, 24 équipes européennes de football se rendront en France pour l’Euro de football afin de disputer 51 matchs, du 10 juin au 10 juillet, qui seront suivis par des millions de fans de toute l’Europe, derrière leurs écrans, dans les stades ou dans les espaces publics dédiés. Pour de nombreux passionnés, la situation politique en France ne sera qu’un détail accessoire pendant le tournoi - ce qui n’est pas le cas pour les joueurs, les organisateurs ou encore les fans qui viennent en France pour assister aux matchs. Le pays qui est sûrement une destination de rêve pour les vacanciers se retrouve dans une crise politique profonde.

Les attentats de novembre ont transformé la France

Le 13 novembre 2015 de terribles attentats survinrent à Paris pendant un match de football opposant la France à l’Allemagne. 130 personnes y perdirent la vie et de nombreuses autres furent blessées. La milice terrorisme « Etat islamique » a revendiqué ces attentats parmi lesquels un massacre avec prise d’otages dans une salle de spectacle, le Bataclan, pendant un concert de rock, ainsi que six détonations.

Cette même nuit, le gouvernement en tirait les conséquences. Le président François Hollande proclamait alors l’état d’urgence ainsi que la fermeture provisoire des frontières ou plutôt le renforcement des contrôles aux frontières. La France est « en guerre ». L’état d’urgence, voté par le Parlement, est toujours en vigueur. Après la première adoption de la loi établissant l’état d’urgence en novembre, le Parlement a prolongé cet état d’urgence à deux reprises, d’abord en février, puis en mai. De fait, le pays se retrouve encore, depuis le 26 mai, en état d’urgence et ce, pour deux mois encore. Cette situation est notamment palpable à Paris mais aussi en province.

Hormis le fait que l’état d’urgence facilite les perquisitions en cas de suspicions ou l’instauration d’un couvre-feu, la présence policière et militaire s’est fortement accrue : les contrôles en gare, le renforcement des contrôles des passeports dans les trains ou dans les aéroports sont désormais quotidiens. Toute cela n’est qu’une partie des mesures du plan antiterroriste « Vigipirate » qui poursuit trois grands objectifs : la lutte contre le terrorisme basée sur la protection des citoyens, du territoire et des intérêts de la France, le développement d’une culture de la vigilance et permettre une réaction rapide en cas d’attaque. Le panneau Vigipirate avec l’avertissement « Alerte Attentat », qui informe du danger croissant des attentats est apposé sur les mairies, palais de justice et universités. La méfiance mutuelle entre citoyens est grandissante, particulièrement envers les hommes au faciès « arabe ». Cela se manifeste par des gestes, des regards, des contrôles aux frontières qui préféreront celles qui portent le voile ou les personnes basanées. Le climat en France est devenu rude et le Front national en profite.

Le populisme de droite à la française : le diable sous un nouvel aspect

Marine Le Pen est la dirigeante du Front national, parti politique populiste de droite en France. A la différence de son père, créateur du parti Jean-Marie Le Pen, qui a dû s’expliquer à plusieurs reprises devant la justice pour ses proposes racistes et révisionnistes, elle a réussi à réformer le parti.

Cela a été notamment possible grâce à l’exclusion de son père à cause de manquements graves au parti, mais aussi à travers de jeunes fonctionnaires et une campagne de communication intelligente qui a rendu le parti populiste de droite à la française présentable. Les attentats de novembre dernier contribuèrent déjà au bon résultat de Marine Le Pen lors des élections régionales de décembre. Il n’est pas à exclure qu’elle se retrouve opposée à un candidat du parti des Républicains au second tour lors de l’élection présidentielle de l’année prochaine.

Le phénomène d’expansion du populisme de droite n’est pas la seule conséquence des attentats, mais également le symptôme d’une crise politique dans laquelle se retrouve la France. François Hollande a été perçu comme porteur d’espoir après son élection en 2012, notamment par les jeunes français désenchantés par la politique. Lui qui voulait combattre le chômage chez les jeunes qui sévit toujours ainsi que les problèmes économiques du pays a rapidement désillusionné ses électeurs. La France, qui aurait besoin d’une modernisation urgente de son économie, ne va pas de l’avant, la crédibilité politique faisant défaut. Depuis des décennies, la majeure partie des politiques de haut rang sont des diplômés de le l’Ecole Nationale d’Administration (ENA). Cela se révèle non seulement dans le paysage politique à travers le renforcement du Front nationale mais aussi dans la société civile.

Grève contre la nouvelle loi travail

Le mécontentement de la société se manifeste actuellement à travers le mouvement « Nuit Debout ». Après que le gouvernement ait porté par décret une nouvelle loi sociale sur l’assouplissement des 35 heures et de la protection contre les licenciements abusifs, de nombreuses personnes ont manifesté à l’appel des principaux syndicats (dont la CGT) en particulier à Paris contre cette loi reconnue anti-démocratique. Les conséquences sont étendues puisque à côté des protestations, les principaux secteurs de l’économie touchant la vie quotidienne font grève. Depuis déjà plusieurs semaines, le syndicat des cheminots de la SNCF fait grève plusieurs fois par semaine. C’est le cas aussi des salariés de centrales nucléaires, dont la France dépend pour une part substantielle de sa production électrique. Principalement dans l’ouest, mais aussi dans le reste du pays, des pénuries d’essence se font sentir puisque les grévistes bloquent et occupent les raffineries. Enfin, il y a une grève du syndicat des pilotes d’Air France prévue du 11 au 14 juin. Cette grève pourrait particulièrement nuire aux touristes en partance pour la France dans le cadre de l’Euro 2016.

Dans les discussions sur la loi, les deux parties se sont montrées intransigeantes : ainsi, le Premier ministre, Manuel Valls, a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’il ne procédera à aucun changement sur la loi. La réaction à cette annonce est un renforcement des grèves.

Fête du football malgré la crise ?

L’euphorie espérée de cette célébration footballistique se fait à présent encore attendre ; on voit donc avant tout la situation de tensions que l’on connaît, en particulier concernant la menace terroriste.

Le département d’Etat américain a explicitement mis en garde ses citoyens pour les voyages à destination de l’Europe durant cette période. D’après les informations du service de renseignement fédéral allemand, des attentats ne sauraient être exclus. Point d’euphorie non plus chez de nombreux Français, la crise politique domine le pays, qui est sans cesse paralysé par les grèves. Pour l’instant, c’est la sécurité et le bon fonctionnement de l’économie qui dominent, la foie du football n’étant qu’accessoire en ce moment. Mais il est tout à fait possible que la France oublie tous ses problèmes pendant 90 minutes, le temps d’un match à partir du 10 juin.

Il faudra attendre en dernier recours, que la Marseillaise retentisse pour le pays se sente, l’espace d’un instant, uni.

Partagez cet article

  • Facebook icon
  • Twitter icon
  • +1 icon
  • URL courte :

Répondre à cet article

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom