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Fillon vainqueur de la primaire de droite : coup dur pour l’Europe ?

, par Rémi Lauwerier

François Fillon a finalement remporté dimanche la primaire de la droite et du centre contre Alain Juppé avec plus de 66.7% des voix, brisant ainsi « tous les scénarios écrits d’avance ». Entre libéralisme économique et conservatisme social, son programme européen est l’héritier de la vieille tradition gaulliste fondée sur la souveraineté des Etats. Une mauvaise nouvelle pour l’Europe ? Tour d’horizon ses positions sur le sujet européen :

François Fillon a été vivement critiqué pour ses relations avec Vladimir Poutine. Ici en 2010, alors qu'il était encore Premier ministre. – CC Gov. of the russian federation

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Le retour à la souveraineté nationale et à l’intergouvernementalisme

Fillon ne s’en cache pas, il est ouvertement contre le projet d’une Union européenne fédérale. Il lui préfère une vision fondée sur une souveraineté retrouvée des Etats-Nations qui replacerait la France au cœur d’une construction européenne fidèle à ses intérêts et à sa vision. Ainsi, le candidat à l’élection présidentielle propose de limiter le domaine de compétences attribué à la Commission européenne pour « circonscrire son pouvoir de proposition à seulement quelques domaines fondamentaux ». En clair, la Commission européenne serait placée sous la tutelle des Etats membres et travaillerait seulement sur injonction des Etats au lancement de quelques initiatives spécifiques dictées selon le bon vouloir de ces derniers. Quant au Parlement européen, celui-ci n’a pas été abordé une seule fois par le candidat. Exit tout projet d’élection des parlementaires sur des listes trans-nationales, une proposition portée notamment par les Jeunes Européens : adieu, donc, au rêve d’une Europe plus démocratique. Rappelons que les parlementaires européens, élus au suffrage universel, représentent pourtant une opportunité unique pour l’ « Europe plus politique » que François Fillon appelle de ses vœux.

Priorité à la sécurité

Le candidat de la droite, partisan de la libre circulation, ne remet pas en cause l’espace Schengen mais appelle au renforcement des contrôles aux frontières extérieures de l’Union. Pour cela, il propose de tripler le budget de l’agence Frontex et de créer un corps européen de gardes-frontières. Cette promesse ne sera pas difficile à tenir, l’Agence européenne de gardes-frontières ayant été créée en octobre dernier et ayant déjà accompli plusieurs missions, dont la première symboliquement à la frontière turco-bulgare le 6 octobre. Cette dernière, dotée d’un effectif de 1 000 hommes, aura la faculté de se déployer aux frontières extérieures de l’Union. Il est prévu également qu’en l’absence d’une demande d’aide de la part d’un Etat membre en cas de crise intérieure, le Conseil de l’Union européenne puisse décider à la majorité qualifiée d’intervenir aux frontières de cet Etat, rétablissant de fait un contrôle temporaire sur des frontières intérieures à l’espace Schengen. Cette disposition ne manquera pas de plaire à François Fillon, irréductible défenseur de la souveraineté nationale des Etats.

La zone euro en avant

Le projet de François Fillon se structure également sur l’accent donné à la gouvernance de la zone euro, afin de faire de la monnaie commune un outil de rayonnement économique de l’Union vis-à-vis de ses partenaires commerciaux extérieurs. Si l’objectif est louable, les résultats souhaités pourraient ne pas être au rendez-vous. La proposition de créer un « Secrétariat Général de la zone Euro complètement autonome de la Commission, qui assurera le suivi et la gestion de la zone économique » laisse perplexe. Outre le fait que la Commission serait réduite à être une coquille vide, comment concilier cette vision interventionniste avec la politique allemande beaucoup plus prudente en la matière ?

Où sont les valeurs européennes ?

Les priorités en termes de sécurité et d’économie ne laissent que peu de place dans le programme de François Fillon à la défense des valeurs européennes, au premier rang desquelles se trouvent les droits de l’Homme. Le candidat est prêt à tout pour renouer avec la croissance économique et la sécurité des frontières. Quitte à se rapprocher de Vladimir Poutine qui bafoue allègrement les droits de l’Homme en Syrie où il soutient un dictateur sanguinaire. Alors que le « président » russe a déjà annexé une partie de l’Ukraine, le regard de François Fillon est tourné vers l’Afrique. Comment rassurer alors les Etats membres de l’Est de l’Union qui sont confrontés à la pression de leur insatiable voisin russe, lequel multiplie les démonstrations de force militaire à leurs frontières ?

Ce programme européen conservateur parce que gaulliste, a le mérite de s’opposer aux positions anti-européennes du Front National. En revanche, le manque total d’inventivité sur les questions européennes et l’obsession du rôle moteur que la France doit jouer dans l’Union ne sont pas rassurants pour les citoyens européens. Des précisions sont à apporter si le candidat espère les convaincre de le soutenir.

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