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L’armée européenne sera surtout française

, par Rémi Laurent

Dans un entretien accordé au quotidien allemand Die Welt [1] et publié dans son édition dominicale, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est déclaré en faveur d’une « armée européenne ». L’idée, immédiatement soutenu par des députés allemands et de nombreux responsables européens, n’est pas nouvelle.

Le porte-avions Charles de Gaulle est le fleuron de la flotte française et participe aux opérations contre Daesh en Irak et en Syrie. Sera-t-il le fleuron d’une flotte européenne ? - Pascal Subtil

Auteurs

  • Juriste, ex-vice président des JE-Lille et Jeune démocrate du Nord.

Petit rappel historique

En effet, l’idée d’une armée commune aux pays européens avait déjà été émise par le roi de Bohême au XVe siècle. Presque cinq siècles après, en 1954, la CED (Communauté Européenne de Défense) ou plutôt son échec ont conduit les Européens à s’unir en commençant par l’économie, c’était la « politique des petits pas ». Une voie couronnée en 1992 par le traité de Maastricht qui a jeté les bases de l’euro. Mais, on l’oublie un peu, ce traité a aussi donné naissance à la PESD (Politique Européenne de Sécurité et de Défense). Enfin, en 2011, la PESD et l’UEO (Union Européenne Occidentale) ont été communautarisées et remplacées par la PESC (Politique Européenne de Sécurité Commune) et son pendant opérationnel la PSDC (Politique Européenne et de Défense Commune). Si avec Solana de Madariaga, Haut Représentant pour la PESC de 1999 à 2009, l’Europe fut assez active en ce domaine ; depuis, c’est le calme plat, Catherine Ashton s’étant montrée inexistante.

L’armée européenne existe-t-elle ?

Concrètement, l’armée européenne n’existe pas. Un problème tant matériel que diplomatique. S’il existe bien des unités mixtes en deux pays comme par exemple la brigade franco-allemande, l’armée européenne n’existe que sur le papier. Il n’y a aucune armée réellement européenne juste des forces mobilisées conjointement pour certaines opérations dont le nombre s’est considérablement réduit sous Catherine Ashton.

Et encore, au niveau européen, seuls deux pays ont des armées qui pèsent réellement : le Royaume-Uni et la France dont les budgets militaires les placent dans une catégorie supérieure à tous les autres pays européens, le Royaume-Uni à presque 2,5% de son PIB suivi de la France à 1,5% (budget hors gendarmerie), viennent ensuite les autres pays (Allemagne, Italie, Espagne). Ces cinq pays représentent la quasi-totalité des dépenses militaires européennes.

28 pays mais deux armées

Seuls le Royaume-Uni et la France ont une capacité concrète d’intervention. L’armée britannique bien équipée est pourtant vue comme une armée auxiliaire de l’US army en s’engageant simultanément en Irak et en Afghanistan. Prenant acte de ces échecs irakiens et afghans, elle n’intervient plus.

De l’autre côté, l’armée française a depuis l’Afghanistan multiplié les interventions que ce soit en Afrique (Mali et Sahel, Centrafrique) ou au Moyen-Orient (Syrie, Irak). Si l’armée sait tout faire, son équipement se fait vieillissant et nécessiterait de lourds investissements de remise à niveau.

Parmi les autres pays européens, la baisse des menaces extérieures, l’ombre rassurante du parapluie américain au travers de l’OTAN et la crise de 2008 ont largement contribué à la réduction des budgets militaires. La légère augmentation du budget de la Défense allemand n’étant que la conséquence de la professionnalisation de la Bundeswehr. Conséquence logique de toutes ces coupes budgétaires, les armées européennes ont un taux de disponibilité des matériels ridiculement bas.

Seuls 40% des équipements de la Bundeswehr [2] par exemple sont en état de fonctionnement, les 60% restants sont au garage en attente de pièces détachées qui n’arrivent pas ou n’ont pu être entretenues faute de mécaniciens qualifiés.

Au Mali, les hélicoptères français tombent régulièrement en panne par manque de filtres à sable efficaces. En attendant, il faut régulièrement remplacer les turbines de ces hélicoptères, ce qui coûte cher. Toujours, côté équipement, les blindés de l’armée française, trop vieux, ne sont pas climatisés. Loin d’être une coquetterie, ce détail permet aux troupes engagées de rester plus longtemps en opération extérieure dans le désert ce qui nécessite donc de les relever moins souvent et donc d’économiser en frais de personnel. Bonne nouvelle, la France a enfin lancée le programme Scorpion pour les changer. Mauvaise nouvelle, cela va coûter 738 millions d’euros.

En nombre d’hommes, aucun autre pays européen hormis le Royaume-Uni et la France ne disposent de forces projetables en nombre suffisant. La France concrètement peut déployer 30 000 hommes. Un chiffre que le dernier projet de loi militaire a prévu de diminuer de moitié alors que les menaces aux portes de l’Europe n’ont jamais été si nombreuses. En comparaison, la Belgique peut projeter 600 hommes. Soit cinquante fois moins alors que le pays est six fois plus petit.

Et même lorsque la France n’envoie pas d’hommes, ce sont ses avions de transport qui sont utilisés quand ceux des autres pays européens ne suffisent pas et ce sont ses satellites militaires qui sont utilisés pour communiquer de façon sécurisée ou fournir des images précises du terrain, les autres pays européens ne disposant tout simplement pas de satellites militaires.

L’absence de volonté européenne

En dépit de l’envie affichée par les Européens d’avoir une diplomatie coordonnée, la réalité est cruelle ; l’Europe diplomatique n’est pour l’essentiel qu’une douce illusion. La faute à un manque de volonté politique avec une Commission faible sous Barroso et une Catherine Ashton fantomatique. Les nominations de Federica Mogherini aux affaires étrangères et celle de Donald Tusk à la présidence du Conseil européen semble néanmoins traduire un changement à ce niveau.

Il n’en reste pas moins que ce n’est pas Federica Mogherini qui est allé négocier à Moscou, Kiev ou Minsk, mais François Hollande et Angela Merkel. Encore une fois, la réponse fut donc intergouvernementale. Il en avait été de même lors de la courte guerre en Géorgie, où ce fut l’intervention diplomatique française de Nicolas Sarkozy qui avait empêché les troupes russes de continuer jusqu’à Tbilissi en 2008.

L’importance de la permanence à la mer

Encore une fois, la volonté ne suffit pas. Il faut que les budgets militaires suivent. Ce n’est pas un hasard si la France a un poids diplomatique bien supérieur à son importance réelle. Il a fallu une volonté politique forte, celle du général de Gaulle d’assurer une indépendance tant diplomatique que militaire, et ce aussi bien en matière de dissuasion que de forces conventionnelles au travers de ce que l’on appelle « la permanence à la mer », à savoir, la possibilité d’intervenir rapidement et en permanence quelque soit le lieu des opérations via un porte-avions et son groupe aéronaval. Une permanence que la France n’a plus depuis l’abandon du projet de second porte-avions devant prendre la relève du Charles de Gaulle lors de ses périodes d’entretien.

Cette permanence est cruciale, vitale même et distingue les pays qui peuvent réellement intervenir des autres. Or, un seul pays peut actuellement intervenir rapidement partout : les Etats-Unis, qui disposent en permanence d’au moins sept porte-avions en mer. Équipements en fin de vie, mais dont les remplaçants sont déjà en construction (au total dix sont prévus). Nul doute que Vladimir Poutine y aurait réfléchi à deux fois à une intervention en Ukraine, si au large des côtes de Crimée un ou deux porte-avions européens croisaient accompagnés de navires Mistral.

Le hic, c’est que cela coûte cher (10 milliards de dollars pour la tête de série de la nouvelle génération de porte-avions américains), car il faut non seulement payer le porte-avions, mais aussi les avions qu’il transportera et le groupe aéronaval d’escorte (frégates, destroyers, navire de ravitaillement, sous-marins). Il faudra donc un effort sans précédent tant financier qu’humain pour doter l’Europe de tels moyens.

L’armée française, l’armée européenne ?

Et pour aller aussi vite que le souhaiterait Jean-Claude Juncker, il faudrait que la France lance la construction d’un porte-avions puisqu’elle seule dispose de l’expertise, des personnels et des installations portuaires permettant d’assurer cette permanence à la mer. Plus généralement qu’elle augmente sensiblement son budget militaire rien que pour faire face aux multiples opérations dans lesquelles elle est impliquée. Puisqu’il faut bien reconnaître que c’est l’armée française qui assure la sécurité des Européens, c’est elle qui est intervenue au Mali pour empêcher le développement d’une base arrière pour le terrorisme. De même que c’est l’intervention française en Centrafrique qui a empêché un génocide à grande échelle.

Concrètement, l’armée européenne, dont rêve Jean-Claude Juncker, sera donc surtout française. Et dit plus crûment, c’est pour l’instant le contribuable français qui paie pour la sécurité des Européens. Il conviendrait donc à la fois de décompter les dépenses militaires du fameux seuil des 3% pour faire face aux indispensables investissements militaires, mais aussi d’avoir un réel effort européen en la matière via une politique commune de défense qui permettrait de financer des dépenses militaires communes en matériel et de mettre en place des moyens de coordination (satellites militaires, centre de commandements). Il conviendrait aussi d’étendre au secteur militaire, les possibilités de partenariat renforcé. On pourrait par exemple imaginer qu’un porte-avions français accueille des pilotes de pays européens volontaires.

En somme, l’Union européenne manque de volonté et de moyens. Jean-Claude Juncker, comme les autres responsables européens, semble enfin écouter des pays comme la France sur la nécessité d’avoir une réelle défense commune. La volonté semble donc être là. Reste les moyens. Il faudrait augmenter le budget européen et donc en passer par des ressources propres ce qui implique d’abandonner le monopole des États en matière fiscale.

Voir en ligne : Photo : CC

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Vos commentaires

  • Le 11 mars 2015 à 10:45, par Guillaume Bucherer En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Bon article, réaliste. Merci.

    L’idée d’un « partage du fardeau » me semble être l’hypothèse la plus crédible. La bataille diplomatique française sera de démontrer que les Européens bénéficient de la défense française. Et que plutôt que de payer des armées nationales, qui n’ont pas véritablement d’utilité, ils pourraient consacrer une partie de leur budget de défense au budget français. Quitte à ce que nous mettions ensuite à disposition des contingents de matériels et d’hommes (en effet, le porte-avions, les Mistrals, les FREMM, ou des régiments)

  • Le 11 mars 2015 à 16:39, par Michel GELLY En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Plus je lis sur le sujet, plus j’ai le sentiment que la France, ses dirigeants et ses citoyens perçoivent l’idée d’une armée européenne comme les allemands perçoivent la monnaie unique.

    Si, factuellement, il y a peu à redire au sujet de cet article, je reste dubitatif quant aux conclusions et surtout inquiet de ce que l’on projette sur cette idée. Celle-ci est beaucoup plus vaste et, si elle devait aboutir, il faudrait veiller à un dépassement de l’existant et non à l’addition mathématique des forces en présence. Il faut inventer la défense européenne.

    Par ailleurs, il faut cesser de dire que la France est son armée sont au service de l’Europe. Elle ne sert principalement - et comment lui reprocher ? - ses intérêts de puissance dans les relations internationales.

  • Le 12 mars 2015 à 04:13, par Xavier C. En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Finalement, l’État (quel que soit le niveau) s’est arrogé plein de missions, dépense à tout va, dans tout et n’importe quoi et néglige de plus en plus ses fonctions régaliennes.

    De même que l’UE met son nez partout, mais pour ce qui compte vraiment, on ne la voit pas.

    On peut comprendre qu’une armée européenne ça ne soit pas pour demain : il y a de véritables défis logistiques, des arbitrages difficiles à faire... Mais si on pouvait commencer par une diplomatie unique, ce serait bien, non ? C’est très simple : fermer toutes les ambassades en trop, fermer tous les ministères des affaires étrangères sauf celui de l’UE.

    Excellent article.

  • Le 12 mars 2015 à 04:30, par julien.233 En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Voilà une question à poser aux jeunes fédéralistes allemands, finlandais, croates et belges... : si nous n’avions eu qu’une seule armée européenne, serait-elle intervenue au Mali, en Centrafrique, et contre Daech ?

    Si la réponse est non, une France membre d’une Europe fédérale devra-t-elle conserver sa propre armée pour être en capacité d’agir à chaque fois qu’un Peuple qui nous est proche nous appellera à l’aide ?

  • Le 12 mars 2015 à 21:02, par Guillaume Bucherer En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    D’accord avec Michel sur ces conclusions quant au nécessaire dépassement de l’addition mathématique des forces en présence.

    Le circuit de défense est complexe : l’utilisation de forces armées est le dernier maillon. Déjà tout commence par des études communes (besoin de défense, évolution technologique, évolutions capacitaires, adéquation moyens/missions futures etc.). Ensuite, l’industrie de défense (construction industrielle, ajustements des programmes...nous sommes sur du long terme : 15/20 ans). Ensuite, la mise en service et le maintien en condition opérationnelle. Enfin, le déploiement.

    Dans toutes ces étapes, des coopérations puis des « fédéralisations » sont possibles. On a commencé avec l’Agence européenne de défense. Avec le European Air Transport Command. Avec le Centre satellitaire de l’UE. Puis avec des consortium privés, comme Eurofighter ou les Frégates Européennes Multi-missions. Etc.

    La mise à disposition de contingents nécessitera une très grande confiance (notamment par un partage accru des renseignements) entre les partenaires. Et des politiques et des officiers généraux de très haut vol capable de voir le territoire de l’UE comme un tout indivisible.

    Enfin, l’armée française n’est pas « au service de l’Europe » en effet. Mais la formulation la plus exacte serait « l’Europe bénéficie de la défense française ». Je ne prendrai que deux exemples : Atalante et Corymbe. La sécurisation des routes d’approvisionnements en produits manufacturés ou en matières brutes bénéficie à l’ensemble du marché unique.

  • Le 12 mars 2015 à 22:51, par tnemessiacne En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Les pays proches dont vous parlez c’est surement les anciennes colonies. La proximité est économique en partie. Dans ce cas là ça concerne tous les Européens. Même si ça concerne que les Français, ca influe le circuit européen.

    Après il y a une proximité relationnelle, mais la défense, là, ça devient, pour moi, trop de la fiction.

  • Le 15 mars 2015 à 00:41, par julien.233 En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Le problème, c’est qu’on en revient toujours à ce terme « anciennes colonies » alors que cest pays sont libres depuis 50 ans, là où tout bon Européen sait bien qu’on ne parle plus des pays de « l’ancien bloc soviétique », même si ces pays ne sont libérés de ce joug impérial-là que depuis 25 ans. Voilà qui laisse une impression de doubles standards en fonction du continent.

    Par ailleurs, non, je parle de Peuple proche car j’inclus aussi les Chrétiens d’Orient, j’inclus tous ceux avec qui nous avons une solidarité historique, linguistique, culturelle, humaine (migratoire). Sur ce terrain-là, la France a des solidarités qui ne sont pas celles de ses voisins.

    Et économique bien sûr. La croissance des prochaines années ne se fera pas en Europe. Elle se fera de l’autre côté de la Méditerranée, où la population va doubler en 35 ans.

    Ne jetez pas pudiquement un voile européen sur ces questions !

  • Le 15 mars 2015 à 12:34, par tnemessiacne En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Je parle des anciennes colonies dans le contexte des liens qui unissent les Français à ces pays. Les pays de l’ancien bloc communistes sont également cités ainsi lorsque l’on évoque leurs liens actuels avec la Russie.

    Après concernant la démographie c’est la question que devrait connaitre tout bon européiste. Comme la Chine et l’Inde et leur démographie menacent (sans le vouloir, ou pas) l’Europe. Sauf que la croissance économique est un flux à comparer aux stocks. Et là les Européens ont des capitaux importants.

    Mais il faut changer le modèle social européen, c’est impératif.

    Par exemple, en Chine la population active représente 77% de la population contre 45% en France et 52% en Allemagne. Il suffit de comparer les indicateurs entre les Etats-Unis et les pays émergents et de se demander si des ajustements sont jouables.

  • Le 14 janvier à 01:35, par Julot En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Nul ne sait aujourd’hui l’avenir à court terme de la « construction européenne »... Nul ne sait si il y a intérêt ou non à fondre l’outil militaire français dans le grand tout (et le grand rien) européen. Quant aux difficultés financières des états, elles sont de la faute des banques et des technocrates qui captent les flux financiers à leur profit. La notion d’état est aujourd’hui divergente de celle de nation... On peut se demander ce que l’armée professionnelle française défend aujourd’hui : un état ou une nation ? Il y a de facto, une « privatisation » partielle de l’outil militaire, aussi bien dans le cadre particulier de la « franceafrique » que dans le cadre général de la globalisation financière et de la privatisation des pouvoirs.

  • Le 20 septembre à 13:04, par Séraphin En réponse à : L’armée européenne sera surtout française

    Armée = outil ultime de la souveraineté nationale. Au final, ce sont des soldats qui meurent. Je suis soldat et il est hors de question pour moi de mourir pour une cause décidée par une majorité au conseil de l’Europe.

    Arrêtons cet irénisme et ces bons sentiments mais soyons pragmatiques. Le bilatéral avec des pays partageant certaines de nos ambitions fonctionne très bien, le reste non.

    Enfin, ne soyons pas dupes,qui portera le poids de tout cela... La France, le seul pays à avoir l’ensemble des capacités militaires et à avoir un système politique qui permet d’en déclencher l’engagement rapidement (et pas après 6 mois de débats parlementaires comme nos camarades allemands ou scandinaves.

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