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L’Europe doit-elle avoir peur des « extrémistes » ?

, par Beniamino Morante

Au soir du 25 mai 2014, après 4 longues journées de votes organisées sur tout le vieux continent, politiciens, journalistes et experts prennent place sur les plateaux télés des 28 pays composant l’Union européenne, et s’apprêtent à décortiquer les résultats des huitièmes élections du Parlement européen au suffrage universel direct.

La gauche européenne peut-elle renouveler le débat européen ? - © European Union 2014 - European Parliament

Auteurs

  • Beniamino Morante, chargé de projets européens de coopération territoriale depuis 2012, intéressé aux questions européennes, membre du comité de rédaction local de Montpellier, j’aime écrire de tout et de rien, dès que j’en ai l’occasion.

Devant les plateaux télés incrédules, des leaders en émoi célèbrent leur triomphe. Marine Le Pen parle d’un peuple français qui a exprimé son désir « d’indépendance et de liberté », qui ne veut plus « être gouverné du dehors » par des commissaires « illégitimes », Nigel Farage lui fait écho, en réclamant un référendum pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union. D’autres pays complètent ce tableau noir : le Danemark, où le parti du peuple danois est en tête, l’Autriche où le FPÖ (autrefois parti du tristement célèbre Jorg Haider) se hisse à près de 20 % et enfin la Pologne où le très controversé « Droit et Justice » est désormais premier parti du pays.

Face à un tel succès de mouvements plus ou moins ouvertement europhobes, la légitimité même de l’Europe communautaire semble avoir été remise en question, qui plus est, par ces propres citoyens. Pourtant, tirer une conclusion univoque d’un vote est toujours une erreur. Chaque élection nous offre des lectures multiples et pour aller décrypter le message des électeurs , il faut élargir le spectre de notre analyse à d’autres pays.

L’Europe est-elle la vraie cible ?

Au-delà de la poussé des nationalistes, un peu partout dans le vieux continent, d’autres partis insignifiants, voire inexistants il y a encore 5 ans, tirent leur épingle du jeu. Le parti d’ « extrême » gauche Syriza termine le scrutin en tête en Grèce, alors qu’il n’avait pas passé la barre des 5% en 2009, le « 5 Stelle » italien, dirigé par l’ex-comique Beppe Grillo, remporte quant à lui 21 % des suffrages, enfin, le parti Podemos, né de la gauche antagoniste espagnole, il y a tout juste quelques mois, obtient un surprenant 8 %. Depuis Syriza a pris la tête du gouvernement en Grèce, triomphant aux élections législatives de janvier et Podemos s’impose dans le paysage politique espagnol.

Comment ces partis qui ont réalisé une percée tout autant impressionnante que les nationalistes se positionnent-ils vis-à-vis de l’Union européenne ?

Souvent hâtivement rangés dans la case « fourre tout » des eurosceptiques, ces trois partis sont pourtant bien loin de la vision des nationalistes classiques. Là où le FN ou l’UKIP sont anthropologiquement opposés à l’idée même d’une Union supranationale, qui enlèverait des pouvoirs aux gouvernements nationaux, des partis comme Syriza, Podemos ou le Mouvement 5 Etoiles (5 Stelle) ne sont pas anti-européistes par peur de perdre leur souveraineté nationale, mais par opposition idéologique à ceux qui guident l’Europe, ce qui constitue une différence essentielle. En effet, ces nouvelles forces s’envisagent avant tout comme une alternative aux partis de centre gauche et de centre droit qui gouvernent leurs pays, et qu’ils considèrent comme les deux faces d’une même pièce. La critique à l’Europe qui s’en suit est seulement la conséquence logique de cette prise de position : les instances bruxelloises étant vues comme le paroxysme d’un « système » de gouvernance de ces élites centristes libérales, qu’ils combattent localement. La lutte n’est donc pas dirigée contre l’institution « Europe », mais bien contre ceux qui siègent en son intérieur.

Réussir à se faire identifier par les électeurs comme autre, différent des partis classiques, a été la carte gagnante à mettre sur la table lors de ces élections européennes, bien plus qu’afficher une europhobie, qui n’a pas encore la légitimité populaire que certains voudraient lui accorder.

Combattre le mal d’Europe par plus d’Europe

Si ces élections n’ont pas été le triomphe des détracteurs de la communauté européenne, elles ont pourtant bien souligné un malaise tangible vis-à-vis de l’Union européenne. Néanmoins, le renforcement des partis « contestataires » au Parlement, ne doit pas être vu comme une menace, mais comme une opportunité. Si des partis comme le FN et l’UKIP n’apportent rien au débat européen, d’autres partis comme le parti grec Syriza ne sont pas anti-européens par défaut, mais souhaitent proposer une nouvelle vision de l’Europe.

En Europe, plus que partout ailleurs, l’aplatissement des politiques sur une ligne « commune » paraît presque congénital, avec un PPE et des socialistes qui depuis des lustres ont l’habitude de voter à l’unisson. Dans ce contexte, l’apparition de forces nouvelles à Strasbourg peut constituer un changement de tendance important. L’espoir légitime est que ces nouvelles forces puissent apporter plus d’idées, plus de politiques, et faire de Strasbourg un véritable centre d’impulsion du débat idéologique en Europe.

Pourtant, pour que ce mouvement soit efficace, il faudrait peut-être aller plus loin et avoir le courage de changer les institutions, afin de rendre le Parlement européen un véritable organe politique. L’élection « directe » du président de la Commission à travers les élections européennes a été un premier pas ; un deuxième pourrait être l’introduction d’un système électoral partiellement majoritaire aux élections. Cela, permettrait de dégager une vraie majorité politique au sein du Parlement, qui pourrait alors élaborer sa propre ligne politique plus indépendamment des Etats. De surcroit, l’Europe se poserait enfin comme une véritable force supranationale, capable d’élaborer une politique propre et complémentaire à celle des Etats. Une politique qui pourrait alors être plus innovatrice. Voilà peut-être ce que les électeurs ont voulus secrètement nous demander à travers ce vote.

Voir en ligne : Photo : CC

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Vos commentaires

  • Le 12 avril 2015 à 04:28, par Xavier C. En réponse à : L’Europe doit-elle avoir peur des « extrémistes » ?

    Quel est l’intérêt d’un système électoral « partiellement majoritaire » ? Donner l’opportunité au parlement d’élaborer une ligne politique ? Mais ne le peuvent-ils pas déjà en faisant des alliances ? N’est-il pas préférable que les partis apprennent à coopérer pour ménager des compromis, plutôt que de les aider à obtenir injustement une majorité ?

  • Le 24 avril 2015 à 09:11, par Pierre-Franck HERBINET En réponse à : L’Europe doit-elle avoir peur des « extrémistes » ?

    Une organisation - sui generis -, en apôtre de l’ouverture, polyglotte, l’Europe honore-t-elle la conviction pacifique de l’univers ?

    Nul doute, le spectre massacra jadis l’âme d’un monde marxiste qui chavira dans l’abîme. Il était une fois, le - Mur de Berlin -. Le 9 novembre 1989, le - Rideau de fer - tomba, ce - Mur de la honte -, né de la guerre froide, subissait les convulsions du peuple allemand. Un fulgurant rêve naquit alors, - l’Europe n’acceptera plus jamais d’être divisée -. Par une nuit bleue pétrole, une éclipse bleue ciel épousa l’azur profond, au ciel se dessina un arc en sel, quand magistralement, Milan Kundera souligna - la tragédie des pays satellites de la Russie -. Alors de battre, la pulsation soviétique s’est arrêtée avec la victoire de la liberté sur l’oppression totalitaire. Osons l’arrêt de la pénurie économique et la mort de la dictature du prolétariat. Dès lors, l’Europe illumina - soyez résolus de ne servir plus, et nous voilà libres -. Aucune hésitation, il nous faut fonder la démocratie européenne aux jours qui filent.

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