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Le Brexit n’est pas un phénomène européen

, par Geoffrey Besnier, Jaan

Depuis le Brexit, des personnalités politiques et des journalistes ont risqué des comparaisons hasardeuses entre le vote britannique et la montée de mouvements et partis qualifiés d’« eurosceptiques ». De Podemos au Front National, du Movimento 5 Stelle au FPÖ, les comparaisons ont fleuris, mettant sur le même plan des idéologies et des bases électorales résolument dissemblables. Si l’euroscepticisme progresse partout en Europe la situation britannique diffère largement de celle des autres Etats membres et n’est en aucun cas symptomatique d’un phénomène européen.

« On signale une épidémie de rage chez les europhobes. » - Jaan

Auteurs

  • Dessinateur régulier, je suis citoyen européen à temps complet. J’aime croquer l’Europe, dans ses plus grandes affaires comme dans ses plus petits détails !

Depuis le Brexit de nombreux parallèles ont été dressés avec les partis dits « eurosceptiques » gagnant de l’influence dans d’autres pays européens. Le Front National, Podemos, Syriza, le Movimento 5 Stelle, le FPÖ, les récents succès électoraux de ces partis auraient en commun avec la victoire du « Leave » britannique, un rejet d’une Union européenne qualifiée, au choix, de « technocratiques », « antidémocratique », « ultralibérale », « favorisant l’immigration » ou au contraire « ne prenant pas au sérieux la crise migratoire ». Le Brexit serait alors un message clair envoyé à l’Union européenne et ses dirigeants : sans réforme profonde d’autres pays suivront.

Oui, l’Union européenne a besoin de se réformer pour mieux répondre aux défis qui se posent à elle et pour renouer un lien de confiance avec le peuple européen. Cependant, le cas britannique ne peut être considéré comme une dernière sommation avant l’éclatement qui adviendrait sans changements profonds.

Un amalgame fondé sur deux erreurs

Le Brexit n’est pas issu d’un mouvement populaire, jeune et nouveau.

Une première erreur est de voir dans le Brexit l’aboutissement d’un mouvement nouveau, de mécontentement populaire, porté par la jeunesse. La situation britannique n’a rien à voir avec celle du reste de l’Europe.

Au Royaume-Uni, même si le UKIP a réussi à fédérer certains mécontentements, c’est surtout la vieille droite conservatrice et eurosceptique qui s’est exprimée massivement le 23 juin, répondant à l’appelle d’une frange importante du parti conservateur. Ceux qui ont voté pour le Brexit en masse, c’est finalement la génération britannique qui n’a jamais été convaincue par le projet européen. Celle qui a connu l’époque où les deux partis de gouvernement tenaient une ligne profondément eurosceptique. Cette période - qui s’étale de 1979, date du remplacement à la tête des Tories de l’europhile Edward Heath par Margareth Thatcher, à 1994 et l’arrivée de Tony Blair à la tête des travaillistes - a laissé une empreinte profonde dans une opinion publique britannique qui n’a jamais été complètement convaincue par le projet européen. Les statistiques le prouvent, 64% des jeunes de 18-24 ans ont voté pour le « Remain » quand 58% des plus de 65 ans votaient pour le « Leave » [1]. Cela est très différent de l’électorat d’un parti comme Podemos qui rencontre un grand succès chez les jeunes urbains.

Le Brexit n’est pas la victoire du peuple sur les élites.

La deuxième erreur est de voir dans le Brexit une révolte contre les élites et l’establishment et de mettre sur le même plan le UKIP, le Front National, le Movimento 5 Stelle, Podemos et Syriza sous prétexte qu’ils ont en commun la dénonciation du « système » et une certaine forme d’euroscepticisme. En sus de divergences idéologiques évidentes, notamment sur l’immigration, deux de ces partis veulent sortir de l’Union européenne (UKIP, FN) tandis que les trois autres n’ont pas de consensus interne sur le sujet si ce n’est qu’ils rejettent la gouvernance actuelle de l’Union européenne.

Si le UKIP dénonce régulièrement les élites britanniques et européennes, la campagne du « Leave » doit en grande partie son succès à l’establishment si souvent vilipendé par Nigel Farage. C’est une partie de la droite britannique intégrée au mieux dans les réseaux de pouvoir, symbolisée Michael Gove et Boris Johnson [2], qui a gagné ce référendum avec l’appui de poids des magnats des médias Rupert Murdoch (The Sun) et Paul Dacre (Daily Mail) qui ont mené une campagne de presse diffamatoire sans précédent en faveur du « Leave ».

Une opportunité pour l’Union européenne

Le fait que le Brexit ne soit pas un avertissement envoyé à l’Union européenne mais le fait de dynamiques internes au Royaume-Uni ne doit pas occulter les problèmes auxquels fait face un projet politique âgé de près de 70 ans. La perte de confiance envers l’Union est un fait partout en Europe.

Le Brexit, s’il est dommageable, peut être une chance pour enfin se diriger vers plus d’intégration. C’est aux dirigeants nationaux de retenir les leçons de l’expérience britannique et de ne pas accabler l’Europe de tous leur maux internes. C’est aussi aux dirigeants nationaux, François Hollande et Angela Merkel en tête, de ne pas rater cette chance que leur donne l’Histoire, de permettre aux Etats qui le souhaitent d’aller plus loin dans l’intégration, de renforcer les pouvoirs du Parlement européen et d’enfin replacer le peuple au centre d’une véritable démocratie européenne.

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Notes

[2Ils ont travaillé pour le Times de Rupert Murdoch et lui sont encore très liés. Politico.

Vos commentaires

  • Le 23 août à 22:58, par sissa En réponse à : Le Brexit n’est pas un phénomène européen

    « Ceux qui ont voté pour le Brexit en masse, c’est finalement la génération britannique qui n’a jamais été convaincue par le projet européen » Pourtant, parmi les électeurs les plus âgés, beaucoup avaient déjà voté en 74 pour le premier référendum, lequel avait vu une nette victoire du mintien. Est-ce vraiment si sûr que ceux qui ont voté la sortie ont toujours été hostile au projet européen.

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