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Jo Cox, morte pour l’Europe

, par Antonio Longo, traduit par Sergio Camachetty

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L’assassinat de Jo Cox, députée travailliste anti-Brexit, par la main d’un nationaliste anglais qui a motivé son geste en hurlant « Britain first », représente un tournant dans l’imaginaire collectif pour l’Europe. Jusqu’ici personne n’était mort pour l’Europe. Pour la première fois, en 70 ans d’existence, l’Europe pleure l’un de ses morts.

Les hommages se multiplient. Jo Cox, jeune députée travailliste prometteuse, pro-européenne, mère de deux enfants, a succombé à ses blessures le 16 juin dernier. - Garry Kinight (CC/Wiki)

La construction européenne est un grand processus historique, qui se différencie des autres grands processus du passé parce qu’il signe le passage d’un Etat national comme source exclusive de la souveraineté et de la démocratie à une nouvelle formation qui rend possible le partage de la souveraineté et de la démocratie à l’ère du plurinational : un Etat des Etats, pour le dire simplement avec les mots des jeunes de la « Rose Blanche ».

Ce processus s’est différencié profondément des autres processus historiques notamment sur un point précis : la bataille pour l’unité européenne est restée, durant ces 70 ans, une bataille de la « raison ». Cette bataille n’a pas déclenché la passion qui a nourri les précédents processus, n’a pas eu besoin de morts ni de martyrs comme ce fût le cas lors de lutte contre l’absolutisme monarchique ou pour la liberté et la souveraineté populaire, ou encore pour l’indépendance nationale ou pour la justice sociale ou encore pour le « Risorgimento » ou la résistance.

La construction européenne s’est présentée subitement comme le fruit de la raison et ce n’est pas hasard si le projet européen est considéré comme le fils du rationalisme des Lumières nouvelles, comme le produit de la tentative des Européens de l’après-guerre de trouver une solution à la crise historique de l’Etat-nation, à travers l’idée de la fédération, vu comme l’élargissement de l’orbite de l’Etat, pour le dire comme Alexander Hamilton (The Federalist).

Puis, apparaît paradoxalement que cette construction rationnelle de l’idée d’Europe nait précisément en Grande-Bretagne dans les années 1930, autour de ce cercle d’intellectuels de l’Union Fédérale (de Lord Lothian à Lionel Robbins, de William Beveridge à Barbara Wooton), dont les textes furent pour Altiero Spinelli une authentique révélation : « Dans la mesure où je cherchais la clarté et la précision de la pensée, mon attention ne fut pas attirée par le fédéralisme tordu et enfumé de type proudhonien ou mazzinien, mais plutôt par la pensée convenable et précise de ces fédéralistes anglais, dont je trouvai dans les écrits une méthode pour analyser la situation dans laquelle l’Europe était en train de se précipiter et pour élaborer des prospectives alternatives » (de « Comment j’ai tenté de devenir sage »).

La construction européenne comme idée de la raison ou comme une révolution pacifique (Marion Albertini) est souvent apparue comme l’œuvre froide de la nécessité qui s’imposa sur les passions antiques des peuples européens, sur leur histoire séculaire, ruisselants de sang et de martyrs.

Mais la crise européenne de ces dernières décennies a réveillé, années après années, les anciens démons : le séparatisme et le nationalisme, comme réponse erronée (la globalisation sans le gouvernement) a l’interdépendance croissante de l’humanité.

Ainsi, ils sont en train de retourner à ce que « le manifeste de Ventotene » appelait les apories du passé. Pour les combattre désormais, la raison seule ne suffit plus. Il ne suffit pas de dire que « sans l’Europe ce sera pire », parce que les hommes cherchent le meilleur, et non pas le moins pire. Quand la lutte devient, comme c’est le cas aujourd’hui, entre le nationalisme et le fédéralisme, il faut se nourrir non seulement de la raison mais aussi susciter une passion par le projet.

Ne pas se contenter de défendre l’existence de l’Europe, qui succombe sous les coups de la démagogie populisme, mais l’exposition claire et simple d’un projet fédérale pour l’Europe. Etre capable d’attribuer à l’Europe les deux choses fondamentales qui l’affligent : la croissance et la sécurité. Par cette voie, élever la démocratie et la souveraineté au-delà de la nation, la réconciliant ainsi avec l’Europe.

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Vos commentaires

  • Le 20 juin à 16:27, par Yannick Hervé En réponse à : Morte pour l’Europe

    Non, non et non.

    Son assassinat est un drame mais elle n’est par morte POUR l’Europe.

    D’autant plus que l’Europe est un continent et l’Union européenne une simple organisation administrative.

    Cette femme a été tuée par un fou. Aucun lien avec les arguments économiques et politiques de la campagne du OUT.

  • Le 21 juin à 20:33, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    « Pas morte pour l’Europe », Yannick ? Que faites-vous des cris de son assassin convaincu de son appartenance EXCLUSIVE à un Royaume bien désuni ? « Tuée par un fou » ? Mais alors, Yannick, avec les terroristes de Daesch, les fous seraient PARTOUT désormais en Europe ? La folie aurait bon dos de nos jours, qu’il conviendrait d’expliquer...autrement que par des cris de ralliement à son prophète, qu’il s’appelle BEN MOKHTAR ou FARAGE ! Et l’Europe ? « une simple organisation administrative », dites-vous, Yannick ? Comme si une « simple organisation administrative » avait un jour justifié les craintes britanniques de la tyrannie de Bruxelles et de l’Europe fédérale dont le seul parfum insupporte la perfide Albion ??? Si l’Europe n’était qu’une « simple organisation administrative », comme vous dites, jamais la Grande-Bretagne et sa famille royale n’en auraient retiré autant de bénéfices ! De cela, cette obscure parlementaire était convaincue. Respectez au moins sa conviction : elle vaut bien la vôtre !

  • Le 21 juin à 21:52, par Antonio Longo En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    Jo Cox a été assassiné par un nationaliste, à cause de son pro-européanisme. Et c’est un fait. Un autre fait est que l’Union européenne est une Union avec ses institutions politiques : un Parlament élu, un président de la Commission voté par le Parlement, une Cour de justice, etc. etc. Il ne s’agit pas d’un organisme administratif. Il faut connaitre les institutions européens. Un troisième fait est que les Britanniques ont bien compris que l’assassin n’est pas un fou : en fait, ils sont en train de changer d’avis et peut-être il gagnerà REMAIN et non LEAVE. Et cela c’est un fait qui, peut-etre, vous déplaisait, Monsieur. Mais c’est la réalité. Pas l’idéologie.

  • Le 22 juin à 11:03, par Yannick Hervé En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    La version « officielle » : elle a été abattue par un individu parce qu’elle était favorable au maintien dans l’UE. Son assassin, Thomas Mair, lui a tiré dessus en criant « Britain First ! ». L’assassinat serait imputable au climat électoral tendu.

    En fait :

    Jo Cox était connue pour son engagement en faveur des droits du peuple palestinien, de la défense des enfants palestiniens martyrs d’un occupant cruel, de la dénonciation du siège inhumain de Gaza. Elle était aussi un solide soutien de la campagne BDS. On lui doit notamment un rapport parlementaire implacable sur la torture et les arrestations de centaines d’enfants palestiniens par l’armée Israélienne. Son engagement a été souligné, tant en Grande-Bretagne par la Palestine Solidarity Campaign (PSC) que dans les territoires palestiniens occupés.

    Le pedigree d’extrême-droite de son assassin a été évoqué à partir du moment où il aurait hurlé « Britain First ! ». On a minimisé le fait qu’il avait des problèmes psychiatrique et qu’il n’avait aucun engagement politique connu.

    Informations reconstituées :

    Jo Cox était dans une bibliothèque. Elle a entendu une altercation à l’extérieur. Elle est sortie et a vu que deux hommes se battaient. Jo Cox est intervenue pour tenter de séparer les belligérants. Elle a été attaquée par l’un des deux hommes qui a été interpellé plus tard à une certaine distance.

    Trois témoins : Aamir Tahir, Clarcke Rothwell, Greame Howard

    Premier témoin : réputé avoir dit que le tireur a crié « Britain First ». Il a confirmé qu’il n’était pas sur les lieux et n’a jamais prétendu avoir entendu crier « Britain First ». Il était dans sa voiture, coincé dans un embouteillage. Il a collé une affiche sur la vitrine de son magasin : « Veuillez prendre note que je n’ai pas taclé le tireur et que personne a aucun moment n’a crié Britain First ».

    Second témoin Journaliste : « on aurait entendu quelqu’un dire Britain First » Témoin : « je n’ai jamais rien entendu de tel ».

    Troisième témoin : Journaliste « quels mots avez-vous entendus ? » Témoin « Les mots que j’ai entendus étaient ‘Britain First‘ ou ‘put Britain first‘ » ‘Put Britain first’ : qui pourrait veut dire "mettez la Grande Bretagne en premier. Il était le plus loin.

    De plus, le parti Britain First fait apparaître dans son programme islamophobe le soutien à la politique israélienne. Il se vante aussi publiquement d’avoir été prêter main forte à des sionistes officiels pour tenter de perturber une manifestation de solidarité avec la Palestine.

    Devant le juge à la demande de son nom il a dit : « Mort aux traîtres, liberté pour le Royaume-Uni ».

    On peut se demander qu’elles étaient les raison profondes de ce meurtre. La simplification est indigne. Assimiler ce comportement isolé à 50% de la population est dangereux et irresponsable.

  • Le 22 juin à 14:03, par Hervé Moritz En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    Il ne s’agit pas d’associer 50% de la population britannique à cet extrémiste.

    Cependant, en pleine campagne sur le Brexit, auquel Jo Cox s’opposait farouchement étant l’une des leaders travaillistes de la campagne du « in », il est peu probable que son meurtre ne soit lié en rien à cette campagne qui fait la une des journaux depuis des semaines, qui est le sujet de débats depuis des mois. Nier le contexte de cet assassinat n’est pas sérieux.

    D’autant que les sujets de la campagne ont cristallisé les tensions dans la société britannique, notamment sur l’immigration. Il est triste que le sang coule pour un débat qui se doit de rester démocratique et ouvert.

  • Le 22 juin à 16:17, par Yannick Hervé En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    « Il est triste que le sang coule pour un débat qui se doit de rester démocratique et ouvert. » On est d’accord à 100%, mais je modifierai la phrase « Il est triste que le sang coule pendant un débat qui se doit de rester démocratique et ouvert. »

    Citations [et commentaires] : Jean Quatremer (Libération le 19 juin) : « Il suffit de lire ce qui circule sur le net pour se rendre compte de la violence que véhicule la campagne des europhobes. Une violence certes verbale, mais qui a fini, comme toujours, par se traduire par des actes. » [il sous-entend que le meurtre de Jo cox est issue de la campagne du OUT]

    « On n’a encore jamais vu un pro-européen, un démocrate-chrétien ou un social-démocrate commettre un attentat ou tuer son voisin : certaines idéologies, totalitaires en ce qu’elles désignent toujours des boucs-émissaires, sont mortelles et le nationalisme haineux en est une. Son retour, en Europe, au XXIème siècle, est aussi inquiétant que la montée de l’islamisme. » [il sous entend que les eurosceptiques peuvent tuer] [Il compare l’euroscepticisme à l’islamise]

    ** par Alexis Poulin, Huffington post, le 16 juin (Directeur d’EurActiv France) « Son agresseur n’est pas le seul coupable de ce meurtre abject. Certains hommes politiques britanniques et médias de caniveau portent une responsabilité morale par le flot de boue quotidien charrié dans un débat sans fond. » [C’est de la pure diffamation. Laisser croire à une responsabilité des politiques est mensonger et dangereux. Pour ce qui est de la boue, les deux camps sont à égalité.]

    « La député travailliste Jo Cox est décédée parce qu’elle menait campagne pour l’Europe, pour un rêve centenaire de prospérité et de paix entre nations. » [Affirmation gratuite. Le rêve est illusion reprendre l’histoire. Les dernières informations montrent que le meurtre est lié aux positions non-frontiéristes et pro-réfugiés de la victime. Rien ne le relie à la campagne du référendum.]

    « Cette montée aux extrêmes a coûté la vie à la député travailliste Jo Cox. » [Affirmation gratuite qui est plus à l’image des névroses de l’auteur que de la réalité.]

    Tout ça pour dire que la manipulation (dans un sens ou l’autre) de l’information à des fins électoraliste ou dogmatiques est irresponsable et dangereuse.

  • Le 22 juin à 16:24, par Yannick Hervé En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    « il est peu probable que son meurtre ne soit lié en rien à cette campagne » : ce n’est donc en rien une certitude.

    Le titre « Jo Cox, morte pour l’Europe » est une affirmation. elle est gratuite.

    Elle a peut-être été tué par un fou qui lui reprochait ses convictions mais elle n’est pas morte POUR l’Europe (l’Union européenne, soyons précis).

    Si elle avait été debout sur une barricade avec un fusil, de son propre chef à repousser des envahisseurs étrangers qui voulaient conquérir notre continent, alors là oui, elle aurait été morte pour « défendre l’Europe ». De la même façon que les poilus sont morts pour la France.

  • Le 22 juin à 21:55, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    Mon cher Yannick - Quelques clics sur internet et je comprends mieux, sauf confusion quant à la personne, votre entêtement, votre obstination, votre fixation à distinguer « Europe » et « Union européenne ». Cela frise le masochisme intellectuel...Par cohérence intellectuelle d’ailleurs ! Sauf à vous confondre avec un tiers homonyme, une fois encore, n’avez-vous pas été exclu de votre parti récemment ? A trop prétendre avoir raison contre tous, par perfectionnisme intellectuel sans doute, on finit par s’exclure d’une communauté politique, même nationale. Et donc de l’Union européenne. Il faut alors être cohérent avec soi...et changer de parti ! Un mot encore : votre jésuitisme tétrapillectomique disait U. ECO, comble-t-il de bonheur vos étudiants alsaciens ?

    Peut-être n’êtes-vous le Yannick que je subodore ? Je m’en voudrais tant de m’être trompé de cible sur votre barricade très soixante-huitarde, très franchouillarde aussi ! Si tel était le cas, le petit belge adopterait l’attitude du bourgeois de Calais, à genoux à vos pieds !

  • Le 23 juin à 19:00, par Yannick HERVE En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    Ah quelle belle pirouette !!!

    Comment détourner la conversation pour éviter de répondre sur le fond. Vous parlez de dossiers mal décrits sur internet et que vous ne connaissez pas. J’espère que les autres dossiers (dont les européens) sont mieux maîtrisés. C’est une constante chez vos congénères : le dogme avant tout.

    De la même façon, par quelques clics, sauf homonymie (d’Emptinne) : Historien de formation, directeur d’un collège et d’un lycée en Belgique, président de deux associations européennes de responsables scolaires, Jean-Luc Lefèvre a toujours été convaincu de la dimension européenne de l’éducation. Aujourd’hui retraité.

  • Le 23 juin à 19:03, par Yannick HERVE En réponse à : Jo Cox, morte pour l’Europe

    Monsieur Jean-Luc Lefèvre d’Emptinne,

    Je vous invite à co-animer avec moi, ce vendredi soir, un débat sur les résultats du scrutin britannique. (plateforme Mumble Ensemble). Tout se fait depuis l’endroit où vous êtes avec un PC, un MAcou un smartphone.

    Vous y seriez le bienvenu.

    Yannick Hervé

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