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Réfugiés : Valls n’a pas de leçon à donner à Merkel

, par Robin Alves

La semaine dernière, Manuel Valls affirmait à Angela Merkel que la France « ne pourra pas accueillir plus de 30 000 réfugiés » dans le plan de répartition de la Commission européenne, en ajoutant que « l’Europe ne peut accueillir davantage de réfugiés ». Par ces mots, le Premier ministre français refuse le dialogue et l’adoption d’une solution commune. Au Conseil européen du jeudi 18 et vendredi 19 février, de nombreux Etats ont revendiqué un plan B du chacun pour soi face au plan A de l’accueil et de la solidarité. Il est temps de condamner ces positions.

Manuel Valls dit non aux propositions d’Angela Merkel pour une répartition des réfugiés en Europe. Au PS, les frondeurs le fustigent. - Parti socialiste (CC/Flickr).

Auteurs

  • Diplômé d’un Master 2 professionnel Affaires européennes à Paris 3 Sorbonne Nouvelle, membre des Jeunes Européens - Université de Paris et chargé de développement local au Bureau des Jeunes Européens - France.

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Manuel Valls, une position ferme et solitaire

La semaine dernière, le Premier ministre français est resté ferme sur la proposition de la Commission européenne de relocaliser 160 000 demandeurs d’asile en Europe. Manuel Valls affirme que Paris n’est « pas favorable » à un système de répartition des migrants dans l’Union européenne. Pour la France, c’est 30 000 et pas plus. Il explique que « les solutions sont au Levant, en Turquie, en Jordanie. Il faut un message très clair. Je suis venu faire passer un message d’efficacité et de fermeté ». S’il évoque que la politique d’Angela Merkel est « temporairement justifiée », elle n’est cependant « pas tenable dans la durée […] ; Dire « venez tous » peut finir par détruire les fondements de l’Europe. »

Après cette sortie, de nombreuses associations ont rappelé Manuel Valls aux devoirs et valeurs de la France parmi lesquelles l’accueil ou la solidarité. Michel Morzière, président de l’association Revivre évoque que « fermer ses frontières ne sert à rien, il faut surtout que l’Europe s’organise, que chacun prenne sa responsabilité ». Il ajoute que le chiffre de 30 000 réfugiés est « dérisoire » en comparaison à ses voisins. Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile admet « regrettable » la vision du Premier ministre et espère que la France aura « sa juste place dans l’accueil des réfugiés ».

Si Manuel Valls cherche à séduire un électorat méfiant après les attentats du 13 novembre, il se trompe sur l’éventuel afflux qu’aurait une politique d’ouverture. Selon les données de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), sur les 79 000 demandes d’asile reçus en 2015 par la France, 5 000 concernaient des ressortissants syriens. La France est loin d’être envahi. D’autant que cette sortie a attisé la méfiance allemande et isole Angela Merkel sur la scène européenne, notamment face aux pays de l’Est, dans sa volonté d’aboutir à une position commune.

L’Allemagne regrette l’attitude de la France

La presse allemande n’a pas tardé à réagir. Déçue de la position française, la Tageszeitung, quotidien de gauche, mentionne qu’ « au moins de la part de la France, Berlin aurait espéré de la solidarité… C’est dans la difficulté que l’on reconnait ses vrais alliés. » Le journal conclu sur le paradoxe français de restreindre l’accueil de réfugiés alors que le pays en accueille très peu. Face au 79 000 demandeurs d’asile perçus en France, l’Allemagne en a recensé 1,1 million. Le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères des Etats-Unis, John Kerry, a même salué le « grand courage » de la chancelière en mesurant les enjeux humanitaires de la situation. Angela Merkel reste déterminée dans l’aboutissement d’une position commune et d’établir « une coalition de volontaires ». Si elle ne compte plus sur la France, elle espère que la Commission européenne déploiera son influence.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) affirme que plus de 83 000 demandeurs d’asile sont arrivés en Europe depuis début 2016. Provenant principalement des pays balkaniques, il est nécessaire d’obtenir davantage de moyens pour faire face à cet afflux. L’Allemagne redoute le plan B du chacun pour soi des pays de l’Europe de l’Est. Au Conseil européen des 18 et 19 février, ces pays ont maintenu une ligne ferme. La Croatie, la Slovénie et surtout l’Autriche perdent patience face au manque de soutien. Ainsi, l’Autriche a annoncé restreindre son accueil quotidien à 82 demandeurs d’asile et 3 200 en transit vers l’Allemagne. Mais Angela Merkel redoute davantage que la Macédoine voisine de la Grèce ne ferme totalement sa frontière. Dans un tel cas, les migrants seraient pris au piège. Sous pression économique, la Grèce n’a pas les moyens d’offrir des conditions de vie décentes a tant de personnes et les Hélènes feraient face seuls à ces vagues migratoires, déstabilisant un peu plus l’Etat fragile.

Si François Hollande a rencontré Angela Merkel et Alexis Tsipras au sommet européen, la France doit prendre ses responsabilités. Le président de la République française en faveur d’un mécanisme de répartition doit renouer avec l’Allemagne et faire vivre le couple franco-allemand. Dans le fond, est-ce réellement le rôle d’un Premier ministre de déclarer à l’Allemagne que la France tiendra une position ferme ? L’article 5 de la Constitution française évoque bien que le président de la République incarne l’autorité de l’Etat. Ce n’est pas à Manuel Valls de faire la morale à ses partenaires européens. Cela a d’ailleurs déclenché une vive opposition au sein de la gauche française, menée par Martine Aubry, maire de Lille, qui prône l’accueil dans une tribune incendiaire. Si l’Allemagne est audacieuse, la France se replie dangereusement et n’a pas de locuteurs. Il faut réagir et vite.

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Vos commentaires

  • Le 27 février à 23:09, par Ccadic En réponse à : Réfugiés : Valls n’a pas de leçon à donner à Merkel

    L’Allemagne de Madame Merkel et de son grand argentier, Monsieur Schauble, ainsi que les autres pays Européens n’ont pas montré beaucoup plus de solidarité dans la lutte contre L’Etat Islamique. L’absence de Défense Européenne en est la preuve manifeste. Quelle est la solidarité de l’Europe vis à vis de la Grèce en proie à des difficultés économiques considérables et devant faire face, seule, a un nombre croissant de migrants : l’Europe, Allemagne comprise, fait de ce pays un véritable « hotspot ». Enfin ne parlons pas de la Grande Bretagne vis à vis de Calais. L’Europe n’existe pas sauf pour des raisons purement mercantiles ; et Madame Merkel et son Ministre des finances ne haussent pas le niveau en comptant leurs deniers. Aussi il est toujours possible de critiquer les politiques Français. Mais leurs collègues européens n’ont rien à leur envier.

  • Le 16 mars à 18:48, par Lame En réponse à : Réfugiés : Valls n’a pas de leçon à donner à Merkel

    C’est quand même Madame Merkel qui a déclenché l’appel d’air et pas Monsieur Valls.

    Ensuite, il est simpliste de se baser sur les demandes d’asile pour prétendre que la France n’est pas envahi. Et l’immigration clandestine ? Et les bidonville qui apparaissent partout en France (et ailleurs) sur le modèle de La Jungle de Calais. Je ne vois pas non plus pourquoi les migrants devraient être pris au piège devant Calais plutôt qu’Athènes.

    Quant aux migrants, peu importe qu’ils aient envie d’aller au R-U ou en Allemagne. Ils ont fui l’ennemi pour venir quémander notre protection. Ils n’ont pas droit au chapitre et ils sont tenus d’aller là où nous le décidons, point.

    La France est un pays endetté, gangrené par le chômage et les dette. Malgré tout, il assure la plus grande part de l’effort de guerre de l’UE contre les islamistes. Les pays toujours cités en exemple peuvent faire un effort.

  • Le 1er mai à 13:23, par Egon ABRAHAM En réponse à : Réfugiés : Valls n’a pas de leçon à donner à Merkel

    Le 1er Ministre Manuel Vals parle au nom de la France,et la majorités des Français sont du mème avis que lui sur le nombre de réfugies a faire a rentrer en France.

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