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Taxe Tobin : Quand la France dépouille Robin des Bois

, par Hervé Moritz, Jaan

Le mardi 9 décembre 2014, onze ministres des Finances européens devaient poser les jalons d’une taxe sur les transactions financières au niveau européen. Mais la France, autrefois moteur sur ce dossier, qui a déjà expérimenté un dispositif similaire aux résultats peu concluant (un rendement de 600 millions d’euros à peine à cause d’une assiette réduite), a fait volte-face, militant pour un projet « au rabais ». L’accord sur une taxe Tobin tombe à l’eau.

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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  • Dessinateur régulier, je suis citoyen européen à temps complet. J’aime croquer l’Europe, dans ses plus grandes affaires comme dans ses plus petits détails !

« Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance », clamait François Hollande lors de son discours au Bourget dans la campagne de 2012. Ironie du sort, c’est aujourd’hui la France qui défend les marchés financiers contre un projet de taxe qui se vide peu à peu de son contenu.

En 2008, l’idée d’une taxe Tobin (ou taxe Robin des bois) émerge en Europe pour répondre à la crise et en 2009 pour favoriser la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial. Le Parlement approuve une telle taxe en 2011, cependant, malgré un couple franco-allemand au diapason, le Conseil des ministres de l’Union européenne refuse de l’appliquer, notamment en raison des réticences de la Grande-Bretagne, défendant à tout prix sa City.

La Commission prépare alors un projet pour un nombre restreint d’Etats, taxant les actions et les obligations à 0,1% et les produits dérivés à 0,01%. Alors qu’en mai dernier, Michel Sapin envisageait encore une taxe Tobin européenne pour 2016, celui-ci pourfend une pareille entreprise en novembre dans une tribune publié dans les Echos, dessinant les contours d’une taxe partielle sur les échanges d’actions, mais qui évite les produits dérivés, instruments financiers à hauts risques, produits toxiques qui sont en partie à l’origine de la crise.

Allemands, Autrichiens, Portugais, Slovaques ou Estoniens, tout comme le Parlement européen, ont critiqué ce revirement de dernière minute et cette taxe amputée. Cette taxe pourrait rapporter plusieurs milliards d’euros aux Etats volontaires. Si l’Union européenne la généralisait, ce serait près de 200 milliards d’euros qui seraient collectés. Une piste pour la construction d’un budget européen aux ressources propres.

Voir en ligne : Quand la France fait barrage à la taxe Tobin

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Vos commentaires

  • Le 29 janvier 2015 à 16:18, par Xavier C. En réponse à : Taxe Tobin : Quand la France dépouille Robin des Bois

    0,1 ou 0,01%, cela peut paraître très peu. Mais pour les entreprises de la finance qui multiplient les transactions (ce qui permet au marché d’être dynamique et fluide : quand tu veux vendre, y’a quelqu’un pour acheter et inversement), et bien ça se cumule et ça finit par être loin d’être négligeable.

    D’ailleurs quand on regarde les marges que les entreprises spécialisées se font sur les transactions (justement de l’ordre de la Taxe Tobin), on comprend très vite que sur un marché mondial, cette taxe Tobin contribuera à renforcer les bourses de NYC, Hong-Kong, etc., mais certainement pas les bourses européennes. Avons-nous besoin, en Europe, d’alourdir le fardeau fiscal, d’affaiblir nos entreprises et de faire fuir les capitaux ?

    Tabler sur une hausse des recettes fiscales est, pour le moins que l’on puisse dire, très osé. Ca ne fonctionne que « toutes choses égales par ailleurs ». Seulement une entreprise de la finance qui se barre pour rester attractive, non seulement c’est une « rentrée fiscale Tobin » en moins, mais c’est aussi tout le reste en moins : impôt sur ladite entreprise, éventuelles charges salariales, impôt sur le revenu des salariés, etc. Et ce salaire dépensé en partie sur place qui permet au resto du coin de vivre et de payer ses impôts, etc.

    Pour faire un parallèle, le Québec a récemment ajouter une éco-taxe ridiculement faible sur le diesel. Résultat ? Les transporteurs demandent à leurs chauffeurs de faire le plein aux USA et en Ontario (exemple : si le chauffeur fait Toronto-Montréal, il fait le plein en Ontario). Effet sur les finances publiques ? Moins de revenus fiscaux ! Effet sur l’environnement : aucun (il y aura autant de camions sur les routes).

    La taxe Tobin ne rapportera jamais 200 milliards et encore moins chaque année, parce que les entreprises du secteur et leurs clients ne se laisseront pas dépouiller sans réagir.

    En passant on peut considérer que Robin des Bois volait les riches pour donner aux pauvres... mais on peut aussi considérer qu’il volait les autorités (shérif, clergé) pour rendre l’argent aux habitants accablés et appauvris par les taxes et la dime.

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