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Wajda, ou l’homme du film

, par Maria Popczyk

Andrzej Wajda, metteur en scène de théâtre, scénariste et réalisateur de cinéma récompensé par un Oscar pour l’ensemble de sa carrière, s’est éteint le 12 octobre dernier. Le réalisateur de L’Homme de fer a laissé une empreinte considérable dans l’histoire cinématographique, mais aussi dans les esprits des nouvelles générations de cinéastes. Entretien avec Arek Dybel, diplômé de l’École nationale supérieure de cinéma, télévision et théâtre de Łódź, actuellement directeur de la création de l’Exposition Permanente du Musée de l’Histoire des Juifs Polonais (POLIN) à Varsovie.

Andrzej Wajda, cinéaste polonais de renom, s’est éteint le 12 octobre 2016. – CC Wiki

Auteurs

  • Etudiante franco-polonaise ayant grandi avec l’approfondissement de l’Union européenne. Impliquée dans les affaires françaises et polonaises en raison d’un parcours scolaire binational, s’intéresse à la construction d’un réseau toujours plus fort entre les jeunes de l’Union européenne.

Wajda dans le cinéma  : éminent représentant de l’Ecole polonaise

Les films de Wajda s’inscrivent dans un courant né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et appelé l’Ecole polonaise de cinéma, dont le précurseur était Aleksander Ford (réalisateur du film La vérité n’a pas de frontière, 1948). S’inspirant du Néoréalisme italien, l’Ecole polonaise traite des sujets de la guerre, de l’héroïsme, du patriotisme et de la martyrologie - les films ayant pour but de soutenir la nation dans un contexte difficile de l’après-guerre. Ainsi, alors même que les films de Vittorio de Sica, Roberto Rossellini ou Luchino Visconti étaient à l’affiche, Wajda sortait sa première réalisation, Ils aimaient la vie (Prix du jury au Festival de Cannes en 1957) – un film consacré à l’Insurrection de Varsovie de 1944.

Selon Arek Dybel, les scénarios des films de l’Ecole polonaise se fondent sur l’adaptation cinématographique de grandes œuvres littéraires nationales, notamment des écrits d’Adam Mickiewicz. Tout comme Mickiewicz, au XIXe siècle, à travers ses pièces et épopées nationales, soutenait la nation polonaise dans un contexte d’occupation par l’ennemi, Wajda raconte dans ses films l’histoire de son pays touché par la guerre de 1939-1945.

La créativité des grands réalisateurs des années 1960 soumise à la correction politique

A.Dybel observe que, contrairement à d’autres célèbres cinéastes comme Roman Polański ou Jerzy Skolimowski, Wajda a su garder le juste milieu pour ne pas devoir quitter son pays.

En effet, les films de ces deux jeunes réalisateurs encore étudiants à l’Ecole de Łódź sont davantage expérimentaux. Signe particulier : néant de Skolimowski, sorti en 1964, présente une nouvelle forme de film et se rapproche, voire complète le courant français de la Nouvelle Vague.

Ces deux hommes ont cependant dû s’exiler en raison du régime politique de l’époque  : Le Couteau dans l’eau (1962) de Polański ne correspondait pas au mode de vie prôné par le régime socialiste, de même que Haut les mains (1967) de Skolimowski, interdit par la censure.

Avec Wajda, c’était différent. Les trois cinéastes ont travaillé ensemble (Wajda en était le réalisateur, Skolimowski le scénariste et Polanski y a joué) sur le film Les Innocents charmeurs sorti en 1960 et ont réussi à lui donner une dimension intemporelle, nous dit Arek Dybel. Ils ont suivi la tendance de la Nouvelle Vague, et ils l’ont même en quelque sorte devancée puisque le film emblématique A bout de souffle du Luc Godard est sorti la même année  ! Il s’agit, pour Wajda, du «  seul film aussi neutre politiquement  » qu’il ait réalisé, et c’est sans doute pour cette raison qu’il n’a pas été censuré. Ce film a d’ailleurs été considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma polonais par l’Américain Martin Scorsese.

Le cinéma de Wajda  : entre universalité et identité

Que faut-il retenir de l’œuvre de Wajda  ? Il a su créer son propre cinéma en l’imprégnant certes de l’esprit polonais, mais tout en le rendant universel face à une conjoncture politique trouble en Pologne et en Europe. Il a combiné le réalisme soviétique avec les tendances de l’époque contemporaine et cela a fait éclore quelque-chose de singulier. Selon A.Dybel, c’est ce que devraient garder en tête les nouvelles générations de cinéastes : créer des œuvres mêlant identité et formes artistiques nouvelles pour une lisibilité internationale.

Les films utilisent une certaine symbolique et cherchent en même temps à innover dans un contexte de course aux spectateurs  : tout comme dans la politique, il faut savoir séduire le public. D’où la nécessité de trouver le juste équilibre entre la conscience nationale et l’ouverture à l’universel comme Wajda l’a si bien fait.

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