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Yannick Jadot : Des conventions régionales citoyennes à la Constituante

, par Hervé Moritz

Dans une interview pour notre rédaction, Yannick Jadot explique les grands axes de sa candidature à la primaire des écologistes et sa vision de la relance du projet européen.

Yannick Jadot, député européen engagé contre le TAFTA, est candidat à la primaire des écologistes. – Eurodéputés Europe Ecologie (CC/Flickr)

Auteurs

  • Rédacteur en chef du Taurillon de 2014 à 2016. Etudiant en master d’histoire et de sciences des religions à l’Université de Strasbourg. Il a étudié une année à l’Université de Leipzig.

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H.Mo. : Pourquoi êtes-vous candidat à la primaire des écologistes ? Qu’est-ce qui vous distingue des autres candidats à la primaire ?

Yannick Jadot : Je suis candidat à la primaire des écologistes car je suis convaincu qu’il faut une parole forte et claire de l’écologie dans cette campagne présidentielle. Les dérèglements climatiques, l’extinction des espèces vivantes, l’épuisement des ressources naturelles, l’explosion des maladies chroniques dues aux pollutions sont des processus qui s’accélèrent, qui sont en train de déstabiliser profondément nos sociétés et d’ajouter des inégalités aux inégalités, des discriminations aux discriminations et de l’affaissement démocratique à celui qui existe déjà.

En même temps qu’une société au bord de la rupture, on a aussi une société qui peut potentiellement basculer vers un avenir bienveillant. On le voit dans le développement considérable des énergies renouvelables, par exemple, qui sont en train de procéder à une véritable révolution énergétique, ce qui se passe dans des PME ou des grandes entreprises, ce qui se passe sur des territoires avec des initiatives locales, dans tous les secteurs de la société qui construisent le monde de demain, qui créent de l’emploi, qui tissent des solidarités et qui revitalisent la démocratie.

Je suis candidat, parce que je suis issu de la famille de la solidarité internationale, où je suis intervenu pendant plus d’une dizaine d’années, notamment en travaillant au Burkina Faso et au Bangladesh. J’ai contribué à construire le mouvement altermondialiste à Seattle et à Porto Alegre. J’ai dirigé les campagnes de Greenpeace pendant 7 ans, y compris en négociant à la fin le Grenelle de l’Environnement. J’ai participé à la création d’Europe Ecologie. Et depuis 7 ans maintenant, je suis député européen. Parmi mes combats privilégiés pour le climat, mes combats contre le TAFTA et contre le chalutage en eaux profondes.

Justement je crois qu’au moment où l’écologie a perdu terriblement en visibilité à force de faire des zigzags tactiques, qu’elle a perdu en crédibilité en perdant de vue ses combats identitaires, je suis celui qui peut rassembler toutes les familles que je vous ai décrites, l’ensemble de la famille écologiste et au-delà, et remettre l’écologie en mouvement, relancer l’écologie politique. J’ai fait 25 ans d’un engagement pour l’écologie qui agit, qui construit, je crois pouvoir redonner à la fois crédibilité au projet écologiste, fierté aux écologistes pour leurs convictions et leurs combats, et construire l’élargissement de l’écologie à l’ensemble de la société. C’est pourquoi je suis candidat et c’est ce que je crois être ma particularité dans cette primaire.

Vous êtes écologistes. Les principales questions que vous abordez, que ce soit les questions climatiques, celle des réfugiés ou d’autres, sont des problématiques européennes et mondiales. Pourquoi concourir à une élection nationale alors que ces questions ne peuvent être réglées au niveau national ? N’êtes-vous pas plus utile au Parlement européen ?

Ce n’est pas incompatible. Notre pays est terriblement marqué par le présidentialisme, il se replie de plus en plus sur les divisions nationales, parfois chauvines, et la France ne retrouvera un projet partagé collectivement que si c’est un projet qui se projette justement vers l’horizon européen et international. Je suis extrêmement inquiet de voir la France perdre l’Europe comme un horizon souhaitable.

Une partie de la solution à la crise écologique, sociale et démocratique, c’est une reconstruction de la société par les territoires. Tout ce que les écologistes portent, c’est la capacité de chacune et de chacun d’être actrice ou acteur de sa vie, de faire collectif, de faire ensemble. On sait à quel point dans ce monde où les repères ont été particulièrement chamboulés, être actif à l’échelle locale sur la transition énergétique, la mobilité, l’agriculture et l’alimentation, l’école, le développement économique, comme sur les services publics et la culture, est important. Je crois que c’est une partie extrêmement importante de la solution aux problèmes que nous rencontrons. Mais il est évident que pour que cela puisse se mettre en branle, il faut qu’il y ait un espace. Si je me bats contre le TAFTA, si je me bats pour un vrai projet de civilisation européen, c’est justement pour offrir cet espace-là. Une mondialisation libérale qui déstabilise à ce point aujourd’hui les repères de chacune et de chacun, qui participent d’un transfert toujours plus fort de souveraineté des institutions vers les grandes firmes, c’est aussi nous empêcher d’agir à l’échelle locale.

Si demain vous portez la candidature des écologistes à la présidentielle, quelles sont les mesures principales que vous souhaiteriez prendre pour réformer l’Union européenne ?

Pour moi, l’urgence européenne, c’est que l’Europe devienne à nouveau utile et efficace pour les citoyennes et les citoyens européens. On peut à traités constants lancer un formidable plan d’investissement. Je dis 6% du PIB, ou 600 milliards d’euros par an, financés par la BEI ou par la BCE. L’argent n’a jamais été aussi peu cher. On a un enjeu extraordinaire autour de la transition énergétique, qui à la fois nous permettra d’asseoir notre indépendance, en tout cas notre autonomie énergétique, notre souveraineté énergétique vis-à-vis de la Russie ou des pétromonarchies, des pays qui participent profondément de la déstabilisation du monde aujourd’hui. Mais ce sont aussi à l’échelle européenne des millions d’emplois sur tous les territoires, car la transition énergétique est par définition un système totalement décentralisé.

Puis dans un deuxième temps. Les infrastructures du quotidien. Tout ce qui facilite, non pas les grandes infrastructures comme les aéroports, le Lyon-Turin, mais plutôt les infrastructures qui permettent une mobilité douce du point de vue environnemental et social. Le numérique pour sortir de la colonie américaine. La question de la santé, qui est un sujet énorme du point de vue des services publics et du bien-vivre, qui est le deuxième secteur reconnu comme créateur d’emploi. Et puis évidement la jeunesse.

C’est la relance de l’investissement, qui est à mon avis aujourd’hui la façon de combattre les quatre crises de solidarité de l’Europe : Crise de solidarité entre l’Est et l’Ouest, crise de solidarité entre le Nord et le Sud, crise de solidarité au sein de chaque société, et crise de solidarité entre l’Europe et le monde qui l’environne. C’est en remettant de l’énergie dans l’économie et dans la société qu’on mettra de l’huile dans les rouages terriblement grippés de la solidarité européenne.

Et puis, il y a aussi l’urgence face à cette crise démocratique profonde. Pour la résoudre, je propose l’organisation de conventions régionales citoyennes où serait posée la question de la souveraineté, souveraineté collective, souveraineté nationale, souveraineté européenne. Ce qui doit relever de la souveraineté européenne est une souveraineté partagée, et ces conventions citoyennes régionales aboutiraient à un processus constituant tranché par référendum à l’échelle de l’Europe.

Si on veut que les citoyens s’en emparent, il faut des conventions à l’échelle locale. On sait faire cela aujourd’hui par des conférences citoyennes et des processus de remontée des propositions. Ces processus permettent d’observer les résultats des conventions locales jusqu’à la Constituante.

Le Parlement européen a ratifié l’accord de Paris. Est-ce une nouvelle qui vous réjouit ? Quelles sont vos attentes après cette ratification ?

C’est une nouvelle qui me réjouit évidemment. Ça fait un paquet d’années que je fais les COP et que je combats pour le climat, donc avoir la ratification rapide à l’échelle internationale de l’accord de Paris est une bonne nouvelle, parce que l’accord de Paris se fixe comme objectif pour la communauté internationale un réchauffement limité à beaucoup moins de 2°C, le plus proche possible de 1,5°C avant la fin du siècle. C’est un objectif extrêmement ambitieux, mais dont, reconnaissons-le, l’accord de Paris ne donne pas tous les éléments pour y parvenir.

Mon inquiétude profonde depuis l’adoption de l’accord à Paris, c’est qu’il y a une diversion diplomatique de l’action climatique. On voit l’Europe se gargariser de l’accord de Paris et de la ratification, mais depuis la signature de l’accord de Paris, on ne peut pas dire que l’Europe ait fait beaucoup d’efforts pour agir contre le dérèglement climatique. L’Europe est en train de perdre son leadership mondial, elle a failli être humiliée dans cette histoire de ratification, elle est en train de perdre incontestablement son leadership mondial dans la transition énergétique, qui permet d’être efficace contre le dérèglement climatique. Quand on voit à la fois Juncker et le Conseil dire « c‘est génial, nous sommes à la hauteur des défis de l’humanité », et qu’en même temps, ils ont acté un paquet climat-énergie qui est indigne de ce que l’on peut faire sur les énergies renouvelables comme sur l’efficacité énergétique, on voit clairement là qu’il y a un double discours.

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