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Karima Delli : « Je suis pour une constituante européenne »

, par Aude Evrard-Debatte

Euro-députée depuis 2009, Karima Delli se présente aujourd’hui aux primaires écologistes en France. Face aux poids lourds comme Cécile Duflot ou Yannick Jadot, la candidate originaire de Roubaix s’affirme comme la porte-parole du renouveau et de la réconciliation des citoyens avec la politique - et l’Europe. Entretien.

Karima Delli au Parlement Européen de Strasbourg.

Auteurs

  • Etudiante en master de droit à l’Université de Strasbourg, bénévole au Mouvement du Nid, co-rédactrice en chef du Taurillon.

    Twitter :

Face à trois euro-députés dans cette primaire et une candidate, Cécile Duflot, qui a l’expérience de l’exécutif, comment comptez-vous faire la différence ?

En disant la vérité. L’Europe est en panne, mais c’est dans des moments difficiles qu’elle peut se relever car on voit aujourd’hui que ce sont les Etats qui envoient l’Europe dans le mur.

Les dirigeants nous disent souvent que ce qui manque à l’Europe c’est de la pédagogie, mais c’est de l’honnêteté de la part des Etats membres qu’il manque. Ils ne peuvent plus aujourd’hui gérer seuls des sujets aussi importants que le climat, le terrorisme, l’évasion fiscale ou la question des réfugiés. II y a besoin de faire ensemble et vite.

Je suis pour une constituante européenne, avec et pour les citoyens. Les européens ont soif de démocratie : et sont présents quand on leur demande leur avis. Mais il faut respecter leur voix. Je vais tout faire pour relancer le projet européen, et ce sera une relance par les citoyens.

L’Europe est critiquable et n’a pas fait ce qu’elle aurait du,or il faut relancer l’idée européenne, faire des projets ensemble pour assurer la paix. Cette idée n’est pas si lointaine comme on l’a vu avec le conflit en Ukraine.

L’Europe d’aujourd’hui souffre d’un véritable décalage entre époque à laquelle elle a été conçue et la nôtre : Jean Monnet était un pur technicien habitué à travailler face des techniciens. On n’a plus besoins d’avoir des pères fondateurs, on peut avoir des mères fondatrices et surtout des citoyens fondateurs.

Que pourriez-vous apporter en plus que les autres ?

On a des CV totalement différents, et j’ai un parcours différent. Vous connaissez beaucoup de candidats issus d’une classe populaire, avec des parents issus de l’immigration, qui montrent à quel point on est capables aujourd’hui en France d’avoir d’autres personnalités politiques ?


J’ai des idées totalement différentes et d’autres personnes gagnent à être connues. Je veux porter la voix des écolos et montrer que la solution globale est l’écologie. Je veux montrer aux classes populaires que sans l’écologie, elles ont tout à perdre. Je suis pour une Europe qui prépare les générations futures à vivre ensemble. J’adorerais qu’on mette en place un service civique européen de 6 mois pour permettre aux jeunes d’imaginer cette Europe, dans lequel il faut investir afin de le faciliter.

Il faut ensuite faire l’Europe sociale. Je suis pour mettre en place un salaire minimum européen sur la base de 60% du salaire médian de chaque pays. Je suis aussi pour un revenu maximum européen. Concernant la création d’emplois, je veux des emplois dignes, où on respecte la sécurité du travail. 168 000 personnes décèdent en Europe par an à cause d’une maladie ou d’un accident professionnel. On ne peut plus se permettre au 21e siècle à perdre sa vie en la gagnant. Il faut des nouveaux outils.

D’où votre candidature. L’écologie est un sujet qui se règle au niveau européen mais vous vous présentez à une élection très franco centrée... 



La France doit redevenir le moteur de l’Europe et doit être exemplaire. Je veux que mes idées passent le premier tour de l’élection présidentielle.

Tous les français sont écolos ; ils trient leurs déchets, font attention à leur consommation d’énergie, d’eau, ils s’émeuvent de la condition animale mais surtout s’inquiètent du dérèglement climatique. Mais ils ne votent plus pour les écolos, car ils ont donné une image de stratégie totalement illisible, de tactique politicienne. Je veux tourner la page de cette période avec ma candidature.

Je veux incarner cette nouvelle génération qui montre que nous ne sommes pas la génération qui se résigne, nous ne sommes pas des blasés de la politique, même si je peux comprendre qu’on le soit. Je ne veux pas que l’écologie pèse 1% en France, c’est pour ça que je me présente.

Au niveau européen, il faut enfin savoir ce qu’on veut : la France a des atouts incroyables mais elle doit faire preuve de courage.

A propos de relancer l’Europe, comment réconcilier les citoyens avec l’Europe, surtout dans un Etat centralisé comme la France ?

Il faut partir du bon constat : les gens n’aiment pas l’Union Européenne car ils ne voient pas de résultats concrets. Par exemple la législation sociale n’empêche pas la souffrance. Ils perçoivent l’Union européenne comme le cheval de Troie de la mondialisation financière. Quand on voit que l’ancien président de la Commission, Monsieur Barroso, est aujourd’hui salarié de la banque Goldman Sachs, celle-là même qui a poussé la Grèce à maquiller sa dette, comment demander aux gens d’aimer l’Europe ?


Pour arriver à faire l’Europe ensemble au lieu de la subir en silence il faut par exemple s’émanciper de l’unanimité : il y a des pays qui veulent avancer, d’autres non ; et bien tant pis. On aura une Europe à plusieurs vitesses, Sur la fiscalité, la législation sociale, l’accueil des réfugiés : avançons avec les plus volontaires.

Vous parliez de redonner une voix aux citoyens sur le projet européen, est ce que vous ne pensez pas que c’est dangereux car les citoyens sont très peu informés sur les questions européennes ? Est-ce qu’il n’y a pas d’abord un travail à faire au niveau de l’information des citoyens, et notamment de la part des euro députés ?

Pas beaucoup de monde connait notre travail d’euro-députés au sein de l’Union Européenne. Je ne connais pas d’émission de télévision qui se consacre à l’Europe. Cela dit il y a de bons outils qui existent mais qui ne sont pas, popularisés comme l’initiative citoyenne qui nécessite un million de signataires, 7 pays, C’est une machine énorme et compliquée qu’il faut simplifier. Mais elle a marché, par exemple pour le service public de l’eau. Il ne faut pas être blasé. Il faut relever l’Europe, lever la tête et oser dire : « soyons fiers d’être européens ». Pas avec cette Europe, mais pour la reconquête d’une nouvelle Europe. C’est possible.

C’est possible dans une Europe fédérale ?

Nous les écolos avons toujours été pour une Europe fédérale. Cette Europe doit être inclusive, c’est ce qui va être important dans les années à venir. Face à la montée des extrêmes droites et des euro sceptiques il faut monter qu’ils ne vont pas voler notre rêve européen ; on ne doit pas les laisser faire.

La sortie des crises est européenne. L’Europe doit être à la hauteur de ses valeurs et accueillir les réfugiés. Je rêve d’une Europe citoyenne avec des européens qui retrouveraient confiance dans leurs institutions. Or comment peut-on avoir confiance dans les instituions avec ce genre des scandales comme Barroso ou Kroes ? Il faut que la démocratie s’intègre que ce soit au conseil européen ou à la commission ; j’adorerais par exemple qu’on élise le président de la Commission au suffrage direct. Pour moi, c’est essentiel pour les élections européennes de 2019.

Sur la ratification des accords de Paris : quelle est votre réaction ?

En tant qu’écolo, c’est historique. Mais il faut arrêter de faire du Parlement le bal des hypocrisies. Prendre les engagements en faveur du climat, c’est bien. Mais prendre des actes efficaces en faveur de la planète, c’est mieux.

Vous avez peur qu’ils ne soient pas suivis d’effet ?

Je suis contente que Ségolène Royal figure sur la photo avec le secrétaire général de l’ONU, mais même elle refuse de venir une heure pour répondre aux questions de la commission Dieselgate que j’ai montée. Rien qu’à voir la question du diesel en France par rapport à l’Europe, c’est le pays où il y a le plus de dépassement de normes aussi pollution ! Je trouve ça donc un peu dommage d’avoir des doubles discours.

Est-ce que ce n’est pas ce genre de scandale justement qui fait que les citoyens perdent confiance en l’Union Européenne ?


Si l’Europe siffle la fin de la récré, non. Elle tient tête aux Etats qui ne respectent pas les normes, elle tient tête à Google, mais il faut un outil efficace. Je suis pour une agence européenne d’homologation des véhicules par exemple. Il faut montrer qu’en Europe il y a des gens qui se battent et qui réussissent à gagner.

Je crois surtout que la bataille qu’il faudra gagner est de donner envie de relancer la nouvelle Europe, de créer un imaginaire, de la rendre désirable, il faut donc la partager avec le plus grand nombre, et les gens ont besoin d’en parler.

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Vos commentaires

  • Le 12 octobre à 09:54, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Karima Delli : « Je suis pour une constituante européenne »

    « Créer un imaginaire, rendre l’Europe désirable... » ? D’accord ! Mais quand il s’agit de la France, certains parlent aussi, quitte à réinventer l’Histoire, quitte à faire sortir les grands mythes du placard, de « récit national », d’histoire commune. Pourquoi la nation a-t-elle droit à ce récit, et pas l’Union européenne ? Fausse pudeur ou frilosité ?

  • Le 12 octobre à 22:12, par Pierre Calame En réponse à : Karima Delli : « Je suis pour une constituante européenne »

    Je susi d’accord avec l’essentiel mais ce n’est pas d’une cosntituante dont on a besoin mais d’une assemblée instituante. Ci dessous extrait de l’article paru dans le Monde : Les chefs d’Etatt le répètent il faut regagner le cœur des Européens. Mais en prennent-ils le chemin ?(les mesures techniques) suffiront-elles à convaincre les eurosceptiques ? On peut en douter. Comme on peut douter d’une Union européenne construite sur le modèle traditionnel des États(...). L’Union européenne principalement forgée autour de l’unification du marché et la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux, est devenue, au fil des ans,le ventre mou de la mondialisation, suscitant la rancœur, bientôt la révolte, de laissés pour compte, de plus en plus nombreux(...). Du « non » français ou hollandais aux référendums de 2005 sur le traité constitutionnel au Brexit du 23 juin, le scénario est immuable : face à une classe politique favorable au développement de l’Union, la majorité du peuples’oppose, sans que son avis, pourtant sollicité, soit toujours respecté (...). Tout le monde le répète, il faut associer les citoyens eux-mêmes à la refondation inéluctable, du projet européen(...).Mais comment ? Certainement pas en multipliant les référendums nationaux sur le maintien dans l’Union (...) mais en tirant profit du renouveau de la démocratie délibérative qui a montré en de multiples occasions, la capacité de citoyens, tirés au sort et reflétant la diversité de la société, à construire un avis motivé et collectif dès lors que l’on met à leur disposition le meilleur de l’information et des expertises contradictoires et qu’on leur donne le temps de mûrir, d’assimiler et de délibérer(...L’Union européenne s’est construite sans jamais s’instituer comme communauté humaine(...)Cette absence d’une communauté humaine pèse de tout son poids aujourd’hui(...) Voila où l’on retrouve le rôle du tirage au sort : faire en sorte que dans toute l’Europe des panels de citoyens délibèrent sur l’Europe qu’ils veulent construire.(...) Première étape, au niveau de villes ou de régions de toute l’Europe, des panels de citoyens, tirés au sort à disposant de tout le temps nécessaire(...) Seconde étape, à partir de la confrontation des résultats de ces panels, leur réunion en une Assemblée instituante européenne(...). La plupart des régions et villes françaises sont jumelées avec des homologues de différents pays européens. Imaginez le souffle, l’âme que donnerait à l’Europe des panels de citoyens organisés dans ces différentes communautés jumelées(...) Pierre Calame, président honoraire de la fondation Charles. Léopold Mayer pour le progrès de l’homme. Marie- Guite Dufay, présidente de la Région Bourgogne.

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