Carton rouge au commissaire européen Günther Oettinger

, par Fabien Cazenave

Carton rouge au commissaire européen Günther Oettinger
Günther Oettinger - crédits « Jumanji Solar »

Vendredi 9 septembre 2011, le Commissaire européen allemand, Günther Oettinger, a dérapé en proposant dans le journal Bild de mettre en berne les drapeaux des pays jugés trop laxistes en matière budgétaire sur les bâtiments de l’Union européenne (UE). Il s’est depuis fait désavouer par la Commission européenne et a suscité de nombreux mouvements de mauvaise humeur dans les rangs des eurodéputés. À raison.

L’idée était évidemment farfelue. Il n’y a aucune raison de s’attaquer aux symboles d’un Etat pour le contraindre à changer de comportement. Pour autant, cette proposition venue du représentant allemand de la Commission montre à quel point une grille de lecture nationale risque de faire disparaître de vue l’intérêt européen.

S’attaquer aux symboles d’un pays de l’UE, une idée dangereuse

Le drapeau est un symbole important d’identification pour le citoyen d’une ville, d’une région, d’un pays ou d’un continent. La sanction proposée par Günther Öttinger reviendrait à mettre un bonnet d’âne à la Grèce comme on l’aurait fait au mauvais élève dans le passé. Inutile de dire que la mise au ban de tous les Grecs serait mal vécue au pays de Péricles : une nouvelle humiliation, en plus de toutes les contraintes déjà subies du fait de la crise. Une telle mesure favoriserait une radicalisation encore plus forte au sein de la société grecque. De plus, à partir de quel moment arrêterait-on de mettre les drapeaux en berne ?

Et si cela avait été la France ? Dans un pays aussi cocardier que le nôtre, quelles eurent été nos réactions ? On aurait tout aussi bien pu nous punir ainsi lors de la polémique avec les Roms… Une telle proposition transpire la condescendance.

Sur Wikipedia, il est expliqué que « la mise en berne d’un drapeau est un acte officiel d’un État ou d’une organisation destinée à marquer un deuil national ou une tragédie ». Comme si la situation si difficile dans laquelle se trouvent les Grecs avait pour conséquence d’entraîner une tragédie chez ses partenaires européens. Bien sûr, les gouvernements grecs sont les premiers responsables de cette situation, mais ce serait faire bien peu de cas de la responsabilité de la Commission européenne et des autres Etats européens. Cela fait en effet des années que les comptes présentés par Athènes sont considérés comme douteux. Cette proposition du Commissaire européen revient à nier la complexité de la situation et à faire porter par les Grecs l’ensemble du fardeau.

Une proposition montrant la faiblesse de la Commission

On ne peut que regretter la façon dont la Commission européenne se fait remarquer dans le cadre de cette crise de la dette en Europe. On peut donner acte à la Commission européenne d’avoir immédiatement désavoué le commissaire en expliquant qu’il avait formulé une « proposition farfelue » et qu’il parlait à titre personnel. Cependant, cela est symptomatique du retrait de la Commission dans cette crise. Elle est en effet à la remorque des Etats, notamment du tracteur franco-allemand.

Les eurodéputés ont raison de crier au scandale. Peut-il y avoir pour autant sanction ? A partir du moment où le fait d’être désavoué ne pose de problème ni à Öttinger ni à la Commission, il n’y a aucun moyen de le sanctionner. A moins d’une motion de censure… mais serait-ce une réponse appropriée à ce dérapage ?

Dans le cas d’un gouvernement européen, le dérapage verbal du commissaire allemand aurait pu être l’occasion d’une passe d’armes parlementaire. Ici, on va faire comme si de rien était et ce carton rouge ne restera que symbolique. Et si Günther Öttinger était un drapeau…

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