Carton rouge d’honneur à David Cameron, pour récompenser l’ensemble de son oeuvre

, par Inglorious Bulls, Waël Salem

Carton rouge d'honneur à David Cameron, pour récompenser l'ensemble de son oeuvre

Malheureusement pour l’Union européenne, les Inglorious Bulls ne manquent pas de cibles. Ainsi, après Martin Schulz, nous nous tournons maintenant vers David Cameron, charismatique leader de l’opposition britannique qui, de par ses gesticulations populistes à l’endroit de l’Union, a eu la mauvaise idée d’attirer notre attention.

David Cameron, voilà un morceau de choix lorsque l’on décide de s’attaquer à l’euroscepticisme. La tâche est certes conséquente, tant les engagements passés, actuels et peut-être même futurs de celui-ci à l’encontre d’une Union un tant soit peu viable sont nombreux et violents, mais paradoxalement, elle n’est pas aussi ardue qu’elle n’en a l’air, et ce exactement pour les mêmes raisons. Partant, pour faire honneur à M. Cameron, nous lui décernons aujourd’hui un carton rouge un peu spécial, puisqu’il couronne l’intégralité de son oeuvre vis-à-vis de l’Union. Toutes nos félicitations M. Cameron.

Un profil de parfait eurosceptique

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient d’expliquer de manière succincte les raisons qui nous poussent à rédiger cet article à l’encontre de M. Cameron : leader de l’opposition conservatrice en Grande-Bretagne, M. Cameron est très fortement pressenti pour succéder au travailliste Gordon Brown à la tête du gouvernement britannique, ce dernier ayant atteint des records d’impopularité chez nos voisins d’outre-Manche. Or, le chef actuel des Tories s’est distingué par des prises de position très peu europhiles au cours de sa carrière politique, ce qui n’est pas vraiment pour plaire à des Européens convaincus tels que nous.

En effet, notons tout d’abord que M. Cameron a débuté la politique en prêtant sa plume à d’illustres dirigeants conservateurs à l’occasion de plusieurs discours, dont notamment Mme Thatcher et M. Major, deux grands amis de l’Europe toujours prêts, comme chacun le sait, à défendre l’idée d’une Europe fédérale ! Pour l’anecdote, le second aurait, d’après ses propres dires, chanté sous la douche le jour où la Grande-Bretagne se retira du SME, en 1992. Magnifique. Inutile de citer Mme Thatcher par contre, nous connaissons tous son sentiment à l’endroit de la CEE d’antan, et une simple citation ne saurait, ne pourrait rendre hommage à la politique européenne de grande qualité menée par la Dame de fer...

Mais M. Cameron n’en resta pas là, et ce que l’on pourrait aisément qualifier d’erreur de jeunesse sera bientôt suivi de nombreuses piques à l’endroit de l’Union, dont notamment une campagne assez virulente visant à empêcher l’adoption de l’euro par la Grande-Bretagne en lieu et place de la livre sterling. Débat qui se soldera par la victoire des défenseurs de la monnaie nationale britannique. Lorsque l’on connaît la situation monétaire actuelle de la Grande-Bretagne, catastrophique avec une livre pour tout juste un peu plus d’un euro le 29 décembre 2008, un record de faiblesse, on se demande comment et pourquoi M. Cameron n’est pas pointé du doigt, remis en cause par ses détracteurs habituels : nous en profitons donc pour le faire via ces quelques lignes, même si nous avons pleinement conscience que sa responsabilité n’est que partielle dans ce désastre monétaire. Nous ne souhaitons pas en faire simplement un bouc émissaire.

Dernier coup d’éclat de M. Cameron en date, du moins à notre connaissance : une missive adressée à la présidence tchèque et dévoilée par le Daily Mail dans son édition du 23 septembre de cette année, où celui-ci témoigne son soutien à M. Klaus en ces termes : « Ne signez pas, tenez bon, j’arrive... ». Inutile de vous rappeler que M. Klaus, le Président de la République tchèque, est un eurosceptique réputé. Il est bien évidemment question dans cette phrase du traité de Lisbonne et de sa ratification par ces deux pays, ratification que M. Cameron est, semble-t-il, prêt à empêcher par tous les moyens qui sont à sa disposition, notamment l’organisation d’un référendum au Royaume-Uni avec une victoire du « non » quasi-certaine... Dans un autre registre, relevons l’immense prétention du personnage qui tient pour acquis le poste de Premier Ministre tant la victoire aux prochaines législatives lui semble promise...

David Cameron : le maître d’oeuvre de l’ECR

Car non content de rendre la vie un peu plus dure qu’elle ne l’est déjà à l’Union de par ses propres actes, M. Cameron a su tirer profit des récentes élections législatives européennes afin de remanier quelque peu l’équilibre des forces au sein du Parlement européen, au bénéfice de l’euroscepticisme. En effet, M. Cameron est l’instigateur de l’ECR : le tout nouveau groupe parlementaire des Conservateurs et Réformistes européens. C’est toujours plus sympathique que le groupe de Conservateurs et Réformistes eurosceptiques.

Ce nouveau belligérant au sein du Parlement européen se distingue tout d’abord par son apparente fragilité : ses membres sont issus de seulement 8 Etats (pour un minimum de 7, ce qui démontre la popularité du groupe au sein de l’Union), avec 54 eurodéputés au total, M. McMillan-Scott ayant été très vite exclu du groupe parlementaire pour s’être présenté, avec succès, au poste de vice-président du Parlement européen face au protégé de l’ECR : M. Kaminski. De fait, l’ECR se retrouve sans aucune vice-présidence, ce qui ne va guère dans le sens d’un groupe parlementaire puissant. En outre, en venant au monde l’ECR a affaibli le PPE qui a vu un nombre assez conséquent de ses membres britanniques et tchèques le quitter pour rallier la nouvelle faction eurosceptique. On peut se demander quelles seront, sur le long terme, les conséquences de ce schisme au sein des conservateurs européens.

Néanmoins, malgré ses faiblesses, l’ECR demeure un adversaire de poids pour tous les europhiles. Ne serait-ce que parce que son président n’est autre que le Polonais Kaminski du PiS (Droit et Justice) : même si M. Cameron projetait de nommer un Britannique à la tête de l’ECR, il semble s’accommoder parfaitement de la présidence de M. Kaminski, un charmant personnage qui fut, dans sa jeunesse, membre du Parti du renouveau polonais, qui se situe à l’extrême-droite de l’échiquier politique de ce pays. Mais promis, M. Kaminski s’est un peu assagi depuis... Toujours est-il que M. Cameron a fait la brillante démonstration de son isolement face à l’Europe en nous montrant bien aimablement que, faute de véritables alliés, il en était réduit à s’acoquiner avec la fine fleur de la droite extrême, sinon radicale.

Evidemment, ce papier ne saurait être exhaustif, ni même le prétendre d’ailleurs. Toujours est-il que nous espérons vous avoir un peu éclairés quant aux relations que M. Cameron entretient avec l’Union, relations qui pourraient s’avérer contre-productives, voire même dangereuses, pour cette dernière, a fortiori si M. Cameron succède à M. Brown, ce qui risque fortement d’arriver, malheureusement. L’Union est actuellement dans une position très délicate, difficile même, et elle n’a vraiment pas besoin d’un Premier Ministre britannique eurosceptique !

Illustration : photographie de David Cameron. Source : Wikimedia.

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