Lorsque l´on se penche sur l´histoire institutionnelle de l´Union européenne, un constat clair s´impose très rapidement. La communauté européenne n´a jamais été aussi démocratique, dans un système qu´elle a construit et perfectionné peu à peu, revers après victoire et victoire après revers, au terme d´une harmonisation des nations insolite dans l´histoire de l´humanité.

Le parlement n´a cessé d´obtenir plus de pouvoirs, le citoyen a obtenu le droit de vote direct pour élire ses parlementaires européens, il peut aller porter plainte devant la Cour de justice de l´UE et il possède le droit d´une initiative citoyenne. Et ceci, dans une communauté de 500 millions de personnes régie par ailleurs par les nations que sont les 27 États membres.

Pourtant, l´UE fait face à une réalité qui se pose en paradoxe à toutes ses avancées : L´UE n´a jamais été autant décriée. Elle serait lointaine, bruxelloise et manquerait de transparence. Elle serait technocrate, au service des banques et responsable de la crise ainsi que de la disparition de la croissance. Alors aujourd’hui, l´on voit déjà des citoyens, à l´abri d´une guerre et d´un régime autoritaire depuis des décennies, qui brûlent le drapeau européen. L´UE prend feu parce que c´est la plus vulnérable station du système, de par son aspect facultatif et supplémentaire. C´est une grosse erreur.

Dans ce feu, un déclencheur… qui s´avère aussi être le profiteur  : Le populisme, avatar politique dressé par différents courants tels que les mouvements xénophobes et/ou nationalistes, est en fait du point de vue populaire et électoral le grand bénéficiaire du combat qu´il mène lui-même depuis plusieurs années face à l´Union européenne. Tout y est ! La haine des minorités, d´une part contre les étrangers, d´autre part contre la classe politique de Bruxelles. Et bien sûr, l´euroscepticisme, sur lequel les partis populistes comme ceux de Geert Wilders en Hollande basent leur idéologie. A défaut d´avoir créer soi-même une identité sur le territoire européen, alors qu´il n´y avait qu´un pas à faire, ce sont les extrêmes qui ont commencé à le faire.

L´Union européenne, dont le choix tactique de l´intégration fonctionnaliste a quelque peu négligé la dimension identitaire et politique de l´Union, doit désormais réagir face à la montée de courants politiques qui travaillent aujourd’hui ensemble pour un jour ne plus se voir. Pour ce faire, il lui faudra parvenir à montrer aux populations qu´elle ne travaille pas seulement pour le peuple, mais qu´elle veut aussi travailler avec le peuple. Que l´immigration ne prend pas les postes aux populations, et que l´UE peut en donner. Que les entreprises délocalisent certes, mais qu´elles peuvent aussi bien facilement exporter au sein de l´Europe et ainsi créer des postes. Qu´il y a une identité européenne, imprégnée de décennies de paix et de tolérance, et que celle-ci et à défendre, à Bruxelles comme de Lisbonne à Budapest.

Avant de mettre en avant l´idée d´une Constitution, donc, il faut que l´Union rappelle aux concitoyens pourquoi ils sont aujourd’hui unis, de par l´Histoire et les perspectives d´avenir. Pourquoi le lien si fort qui pose les jalons de l´État-Nation s´est transféré sur cet immense Empire que pourrait être culturellement tout comme économiquement l´Union européenne.

Il faut que les personnalités de l´Union, enfants des Pères Fondateurs, transcendent la barrière qui sépare aujourd’hui technocrates d´apparence et sceptiques à tord. Qu´ils s´invitent à la radio, qu´ils aillent au chevet du chômage national, qu´ils parcourent les terres dont ils ont les clés sans toujours en avoir la légitimité. En somme, qu´ils compensent l´irrémédiable impossibilité d´une élection directe et unanime par le contact direct. Pour obtenir la confiance ainsi que la compréhension qui nourrit ensuite les compétences de représentation : C´est cela, finalement,qui leur fournira légitimité et soutien. C´est aussi cela qui leur permettra de faire de la politique plus que de la bureaucratie, et c´est à cet endroit précisément, à l´échelle nationale, qu´ils combattront le mieux le populisme.

Car actuellement le populisme est bien heureux, seul, au contact des peuples, à montrer du doigt l´absence de l´UE. En somme, il ne faut pas que l´Union européenne agresse le populisme tel qu´il est porté par les peuples du continent. Il faut bien plus reprendre le noyau et la recette qui ont fait son succès et sa légitimité : Entamer une réflexion au sujet de la place à donner au peuple dans le processus démocratique.