Dans une interview accordée à Touteleurope, Yves Salesse - Maître à penser de la Fondation Copernic et grand théorisateur du Non de Gauche au dernier référendum de 2005 sur le feu-TCE - critique la méthode qui a aboutit au nouveau « Traité Simplifié » après le dernier Conseil euroépen de Bruxelles. Sur certains points, il se rapproche des critiques émanant des rangs fédéralistes. Est-ce que cela voudrait dire que les Fédéralistes se trouvent aujourd’hui aux côtés des « gauchistes » dans le paysage européen ?

Tenants du « Non de Gauche » et Fédéralistes : les deux camps ne se satisfont pas de ce qu’il se passe

Dans son interview, M. Salesse précise bien ce qui manque aux institutions européennes actuellement : « une légitimation populaire profonde ». Ce besoin s’allie à la nécessaire critique du dernier Conseil européen de juin 2007 où les négociations intergouvernementales ont donné tout sauf cette légitimité claire et démocratique pour le traité obtenu. De plus, il souligne bien que face aux élargissements successifs, il est d’autant plus besoin d’une Europe politique. C’est pour cela que nous aurions un « facteur puissant de désagrégation des possibilités de construction européenne ».

Pour donner une légitimité à la construction européenne, il demande à ce que les changements institutionnels soient soumis par référendum. Les Fédéralistes qui ont lancé récemment une campagne de signatures pour demander le référendum pan européen ne peuvent qu’être d’accords avec cette proposition qui donne à l’Europe une légitimité par le peuple. Cela correspond en effet à une démarche de participation citoyenne qui était déjà demandé lors des négociations sur le Traité de Nice avec plus de 15.000 personnes dans les rues.

La demande répétée de la Fondation Copernic par le biais d’Yves Salesse d’une Constituante pour éviter une simple « association de gouvernements nationaux ». La méthode proposée est du reste intéressante : des débats dans chaque pays européen avec les citoyens pour définir les grandes orientations, puis élection d’une « Assemblée qui propose un nouveau texte, soumis par référendum ».

Banco ! Dépassons effectivement le cadre de l’Etat-Nation... Malheureusement, ce n’est pas sur les mêmes bases que nous voulons employer cette méthode. Ce qui semble fondamental pour les Fédéralistes n’est en fait qu’un moyen pour les penseurs d’extrême-gauche. Car si les Fédéralistes veulent continuer le processus d’intégration (processus révolutionnaire puisque construit dans la paix), Yves Salesse veut lui tout raser pour « purifier » nos sociétés...

Attention : les Fédéralistes ne rejettent pas les acquis de la construction communautaire

C’est là que se pose un problème en réalité : quand on lit les propos de M. Salesse, la construction européenne serait viciée depuis le début car elle est par essence le fruit de « traités néo-libéraux ». On passe ici un nouveau cap : le TCE était « libéral », l’Europe est en fait aujourd’hui néo-libérale, le principe de concurrence libre et non faussée en étant le « principe directeur ».

Dans une note préparatoire au sommet européen de Bruxelles, dans le deuxième point intitulé « Non à un traité qui laisserait en place les principes de l’actuelle construction européenne », la Fondation Copernic affirme clairement que toute nouvelle négociation n’aboutirait que dans le but « de faciliter la mise en oeuvre des principes et des politiques néo-libéraux ».

Or, les Fédéralistes ne crient pas au complot quant à un processus d’intégration qui a certes des défauts mais qui a le grand mérite d’avoir permis à nos pays d’accompagner un mouvement historique vers la paix au lieu des guerres qui ont parcouru notre continent. Le diable n’est pas forcément là où on le croit.

En effet, pourquoi M. Salesse ne se satisfait-il pas, au niveau social, de la force contraignante donnée à la Charte des Droits Fondamentaux qui va freiner la machine capitaliste européenne ? Il est vrai qu’il aurait du mal à défendre une charte qui avait fait l’objet durant la campagne française de 2005 de sa part d’attaques graves : fin du divorce, fin de l’avortement, etc. Pourquoi ne crie-t-il plus à la face du monde les dangers de ce texte qu’il avait tant combattu dans ses tribunes ?

On retrouve ici l’un des plus gros défauts de l’Extrême-Gauche française : tout dénoncer parce que cela n’est pas assez pur, même si on perd toutes les avancées... Pourquoi dès lors s’appuyer sur le travail du Parlement européen puisque celui-ci est forcément vicié du fait des textes fondateurs de l’Union européenne ?

Comment dépasser l’ancien clivage du Oui et du Non ?

En fait, nous avons aujourd’hui à poser la seule vraie question qui se doit d’être posée aux peuples d’Europe : voulez-vous d’une Europe réellement politique ? Cette question a par exemple été complètement mise de côté lors du référendum français de 2005.

Pourtant, nous avons besoin de ce clivage pour montrer que les nationalistes sont aussi bien de gauche que de droite. Car faire croire que l’Europe est un monstre qui empêche les autres pays européens de bénéficier de notre bon système de protection sociale nationale n’est-ce pas là faire preuve d’une faiblesse ethno-centrique ? Que devrait dire alors les citoyens des pays nordiques qui ont un autre niveau de relations sociales avec des partenaires sociaux ayant un véritable poids dans leur pays quand ils regardent ce qui se passe en France ?

Se dire européen quand on est d’accord avec personne d’autre que son propre réseau, est-ce vraiment être européen ? Ce seront sur les débats et actions de demain que nous pourrons véritablement juger M. Salesse et la Fondation Copernic.

Car s’être toujours mis sicemment en dehors du processus européen n’est pas le meilleur gage pour se dire le partenaire fiable de Fédéralistes qui ont toujours tout fait pour que la construction communautaire se poursuive. Nous jugeons sur les actes : l’Extrême Gauche a toujours été contre l’Europe.