Brexit : Quel est le scénario le plus probable ?

, par Andrew Scott, Traduit par Stéphanie Digelmann

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Brexit : Quel est le scénario le plus probable ?
Photo : CC0

J’imagine que les personnes qui lisent cet article (et plus particulièrement les non-britanniques) en ont plus qu’assez du Brexit. Mais courage, ce sera bientôt fini ! Probablement… Le 29 mars 2017, la Première ministre Theresa May a notifié au Conseil européen l’intention britannique de quitter l’Union européenne, lançant ainsi le compte à rebours des deux ans avant le départ. Ce qui signifie, selon les plans du gouvernement, que nous quitterons l’Union le 29 mars 2019.

Que va-t-il se passer durant les prochains mois ? Personne ne le sait vraiment. Mais j’ai effectué quelques recherches pour tenter de savoir quels pourraient être les scénarios possibles.

Quelle est la situation actuelle ?

La semaine dernière, Theresa May s’est assurée du soutien du cabinet britannique pour le projet d’accord de retrait entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, et a assisté à la démission de plusieurs ministres (dont Dominic Raab, secrétaire d’Etat au Brexit, qui a renoncé à son poste pour protester contre l’accord qu’il avait d’ailleurs lui-même négocié).

Cet accord rappelle un peu l’Ulysse de James Joyce : il est très long (585 pages) et tout le monde prétend l’avoir lu. En gros, l’accord conserve certaines choses, en abandonne d’autres et personne, pro ou anti-Brexit (les Brexiters et les Remainers) n’y trouve vraiment son compte. Une fois encore, tout comme Ulysse.

Cela pourrait poser un problème à Theresa May. L’article 13 du projet d’accord de retrait exige l’approbation du Parlement britannique sur le résultat des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE, et le Parlement, pour des raisons diverses, n’est pas très enthousiaste. À l’heure actuelle, la Première ministre tente désespérément de convaincre les députés, laissant entendre la semaine dernière que seules trois options étaient possibles : « mon accord, pas d’accord ou pas de Brexit ».

Dans les grandes lignes, elle a raison. Cependant, j’irais un peu plus loin. Six scénarios me semblent possibles. Je vais à présent vous présenter les résultats de mes calculs et les expliquer en décomposant le processus en une série de points de décision essentiels. (Ceux d’entre vous qui sont passionnés de sciences politiques ou de théorie des jeux sont peut-être familiers avec cette méthode, via le travail de Georges Tsebelis notamment sur les « veto players », c’est-à-dire sur les acteurs politiques ayant la capacité de décliner un choix ayant été fait).

Point de décision 1 - Le vote parlementaire sur l’accord de Theresa May

C’est vraiment une dure épreuve pour Theresa May. Quelques fidèles et elle-même le défendront, mais il ne faut pas oublier que les fidèles ne sont pas si nombreux que cela. Le Parti conservateur n’a pas la majorité des sièges et plusieurs d’entre eux sont des ultra-Brexiters qui s’opposeront à tout accord avec l’UE.

L’écrasante majorité des députés travaillistes voteront contre, soit parce qu’ils voient là une excellente occasion de renverser le gouvernement, soit parce qu’ils souhaitent un deuxième référendum. De plus petits partis pro-UE, à savoir le Scottish National Party, les libéraux démocrates, le parti gallois Plaid Cymru et les Verts devraient s’opposer également à l’accord.

Le Parti unioniste démocrate nord-irlandais qui avait initialement accepté de soutenir le gouvernement lors des votes sur le Brexit a fait savoir que ce n’était plus le cas en raison de la présence dans l’accord de la divergence réglementaire entre l’Irlande du nord et le reste du Royaume-Uni.

En fin de compte, sur ce scénario, il semble que le gouvernement échouera, probablement à une large majorité. Le vote du Parlement britannique a lieu mardi 11 décembre.

Scénario 1 : L’accord de retrait de Theresa May est accepté au Parlement (10 % de chances)

Point de décision 2 – Le gouvernement demande une renégociation de l’accord

Si, comme cela semble probable, l’accord est rejeté au Parlement, nous pouvons supposer que le gouvernement demandera à l’UE de renégocier. Certains députés conservateurs ont déjà laissé entendre qu’ils préféreraient cette option, y voyant ainsi une occasion de desserrer les liens futurs entre le Royaume-Uni et l’UE.

Cependant, plusieurs hommes politiques européens ont exprimé leur réticence à reprendre les négociations, même si, bien entendu, ils peuvent changer d’avis, comme c’est souvent le cas. En tout état de cause, deux scénarios sont possibles : un nouvel accord est trouvé et il devra être soumis au Parlement, ou bien les négociations pour trouver un nouvel accord échoueront.

Point de décision 3(a) – Le Parlement se prononce sur l’accord renégocié

Tout d’abord, ne nous attendons pas à ce que le soutien parlementaire diffère beaucoup du point de décision 1. Les ultra-Brexiters voudront toujours rompre les liens avec l’UE et les députés travaillistes continueront à être en faveur d’élections législatives ou d’un nouveau référendum.

Ce qui pourrait peut-être inverser la tendance, c’est que les Brexiters ou les Remainers modérés craignent les répercussions économiques d’un Brexit sans accord et considèrent cet accord comme leur chance ultime. Ce qui rend le vote en faveur de cet accord un peu plus probable. L’inverse, toutefois, nous conduit au point de décision 4.

Scénario 2 : L’accord Brexit renégocié est accepté au Parlement (18 % de chances)

Point de décision 3(b) – Echecs des négociations sur un nouvel accord

Dans ce cas de figure, Theresa May revient devant l’UE sans obtenir de nouvel accord, soit parce que l’UE refuse de négocier, soit parce qu’aucun accord n’a été trouvé. Cela nous conduirait également au point de décision 4.

Point de décision 4 – Blocage parlementaire

C’est là que le Parlement a démontré qu’il n’y a de majorité pour aucun type de Brexit. Deux options se présentent alors : soit le Parlement peut attendre et quitter l’UE sans être parvenu à un accord en date du 29 mars, soit il décide de remettre la décision entre les mains des citoyens britanniques en proposant un second référendum.

La première hypothèse est un peu moins probable : la plupart des députés considèrent la perspective d’un Brexit sans accord très inquiétante ; toutefois il ne faut pas sous-estimer la faculté des ultra-Brexiters à bloquer et retarder le cours des événements.

Un second référendum semble beaucoup plus probable dans une situation de majorité travailliste et si le compte à rebours de deux ans prévus par l’article 50 du Traité sur l’UE est prolongé. À l’inverse, il est beaucoup moins probable si un conservateur (autre que Theresa May) devient Premier ministre.

Scénario 3 : Brexit sans accord (22 % de chances)

Point de décision 5 – Un second référendum

C’est le rêve de beaucoup mais, comme on l’a vu, la route est encore longue. Pour l’envisager, il faut tout d’abord considérer les différentes options qui seront dans les urnes. Il est fort probable que le Brexit sans accord et le retour dans l’UE en fassent partie. L’accord RU-UE pourrait également trouver sa place mais sa popularité parmi les partisans et les opposants au Brexit est tellement faible qu’il n’aurait aucune influence notable.

Dans un duel entre les partisans du divorce et ceux du maintien dans l’Europe, ces derniers l’emporteraient probablement – ils ont perdu de peu en 2016 et les électeurs du centre de l’Angleterre sont, à présent, davantage conscients des conséquences d’un divorce ; parallèlement les Écossais et les Londoniens sont de plus en plus convaincus de la nécessité d’un maintien dans l’UE. Et puis il y a le temps qui passe : les électeurs les plus âgés (en faveur du Brexit ; taux de participation plus élevé) meurent et les plus jeunes (en faveur du maintien ; taux de participation moins élevé) ont maintenant atteint leur majorité électorale.

Cependant, les pronostics ont déjà été déjoués auparavant, et les pro-Brexit sont des militants efficaces, même si leur approche peut être polarisante.

Scénario 4 : Vote pour le maintien (24 % de chances)

Scénario 5 : Vote pour la sortie de l’Union (20 % de chances)

Scénario 6 : Vote pour un accord (3 % de chances)

Récapitulatif et avertissement

Voilà, plusieurs scénarios sont possibles et il est difficile de prévoir ce qui va se passer. Mon approche comprend toutefois quelques points faibles. J’ai, par exemple, mis l’accent sur les décisions prises d’un point de vue britannique plutôt qu’européen. C’est en grande partie parce que les décisions des acteurs européens sont légèrement plus faciles à prévoir, et je pouvais donc me permettre de les ignorer quelque peu.

Note de l’auteur : Ces probabilités ont été calculées en identifiant des « decision points » et des « veto players », en se basant sur le travail du politologue américain George Tsebelis (auteur de Veto players : How political institutions work) notamment, et d’autres. Une fois ceux-ci identifiés, les probabilités de chaque scénario ont été estimées et calculées via une simple analyse de décision.

Vos commentaires

  • Le 8 décembre à 15:35, par Guillaume En réponse à : Brexit : Quel est le scénario le plus probable ?

    Merci pour votre analyse. Néanmoins, je vous trouve optimiste. Vous indiquez que la majorité des députés craignent un no-deal brexit. C’est inexact. Pour des raisons politiciennes, beaucoup ont intérêt à un no-deal brexit.

  • Le 8 décembre à 18:29, par mirco En réponse à : Brexit : Quel est le scénario le plus probable ?

    Et nous autres- non britanniques- devrions accepter les errances mentales de l’union jack ? Il leur à fallu une journée de votation pour nous imposer leur choix et depuis deux ans ils cherchent à partir avec tantôt la caisse, tantôt l’argenterie, tantôt le portrait de grand-mère. Je n’ai rien contre l’humain british mais qu’ils se cassent, ces égoïstes !

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