Cap à droite en Slovaquie !

, par Alexis Vannier

Cap à droite en Slovaquie !
Le premier ministre slovaque Peter Pellegrini, lors d’un discours au Parlement européen de Strasbourg. Source : Flickr (Parlement européen)

En ce jour du 29 février, les Slovaques étaient appelés aux urnes pour renouveler les 150 sièges du Národná rada, pour désigner le Premier ministre et son gouvernement qui détient en Slovaquie le pouvoir exécutif. Espérons que cette date rare, qui a vu trois crashs d’avions entre 1964 et 1996, ne verra pas se “crasher” la démocratie slovaque, minée par l’abstention et la montée du néofascisme.

Un grand écart électoral

Le dernier scrutin législatif en 2016 a vu une lourde chute du SMER-SD, formation populiste et nationaliste de gauche. Le parti a ainsi perdu 16% de ses voix et 34 sièges. Cependant, Robert Fico, chef du SMER-SD, est parvenu à se maintenir au pouvoir en trouvant un accord avec des partis de centre-droit mais également avec la droite nationaliste, alliance déjà scellée en 2006, ce qui lui avait valu une suspension du Parti socialiste européen, mais pas en 2016... La participation s’élevait alors à 59%. Robert Fico a été poussé à la démission en 2018 après le scandale autour de l’assassinat du journaliste Ján Kuciak et de sa compagne, alors que ce premier enquêtait sur une fraude aux fonds européens impliquant Robert Fico et son entourage. C’est Peter Pellegrini qui l’a remplacé, même si Fico tient encore les rênes du parti et, indirectement, du gouvernement.

En mars 2019, la Slovaquie était de nouveau à la une de nombreux médias européens. En effet, le petit pays d’Europe centrale, connu pour… être le voisin de son voisin, a élu une femme à la présidence pour la première fois de son histoire. Il faut aller en Lituanie et en Estonie pour trouver une femme cheffe d’État élue directement par les citoyens, ou indirectement en Grèce depuis peu. Ainsi, c’est Zuzana Čaputová, avocate spécialisée dans le droit de l’environnement, libérale, progressiste sur les questions de société comme l’homosexualité qui a remporté par surprise et haut la main l’élection, avec plus de 58% des voix au second tour, contre le candidat du SMER-SD, Maroš Šefčovič, désigné ensuite comme le commissaire slovaque aux relations interinstitutionnelles. À noter également la faible participation à ce scrutin : un peu moins de la moitié des électeurs se sont déplacés pour le premier tour, quand ils étaient à peine 41% pour le second.

C’est le tout nouveau parti libéral europhile de la Présidente, Slovaquie Progressiste, allié au libéral-conservateur SPOL, qui a remporté le scrutin européen en mai 2019, devançant de cinq points le SMER-SD, avec une augmentation record de la participation, +9,7% ! Quand on sait qu’elle avoisinait les 13% en 2014, le record de 2019 prend une teinte différente. Autre tâche au tableau – démocratique – de ces élections, la troisième place (12,07% des voix), du parti néofasciste traditionaliste « Notre Slovaquie » (SNS) qui réalise le meilleur score de son histoire. À titre d’information, avec 0,79%, la vague vert écologiste n’a représenté qu’une gouttelette en Slovaquie.

La menace de l’extrême droite fascisante

Après la troisième place obtenue aux européennes, le parti ultranationaliste L’SNS surfait en bonne place dans les sondages pour les législatives. Créé en 2010 par le leader charismatique Marian Kotleba, qui a dirigé une région de 2013 à 2017, L’SNS a d’ailleurs failli être interdit par la Cour slovaque en raison de sa menace contre le système démocratique de la Slovaquie. Le parti se place en principal opposant au système mondialisé et à la corruption, héraut des valeurs traditionnelles catholiques de la société, avec, comme toujours, les homosexuels, les migrants et les tziganes en ligne de mire. Marian Kotleba qualifie en outre le SMER-SD de « bordel libéral, truands et experts de la fraude fiscale ». Il souhaite réhabiliter le passé collaborationniste et nazi de l’entre-deux-guerres et, dans une belle imitation de Serge Dassault, distribue de l’argent à des familles nécessiteuses dans tous les coins de Slovaquie.

Néanmoins, dans une ambiance fin de règne pour un libéralisme à outrance qui a laissé de côté de nombreux habitants de l’Europe centrale, ces ultraconservateurs antimondialistes représentent le cri de colère des désabusés de la démocratie représentative.

En novembre, quatre partis politiques ont commencé des négociations pour former une coalition anti-SMER-SD du type de la coalition du « Tous contre FIDESZ » en Hongrie qui est parvenu à battre le parti au pouvoir dans la capitale Budapest en 2019. Menée notamment par l’ancien Président de la République Andrej Kiska et son nouveau parti de centre-droit, cette tentative a néanmoins échoué en novembre dernier.

Arrivé premier à l’issue du scrutin avec 25% (+14%), OL’aNO-NOVA est une coalition de centre-droit qui a axé sa campagne sur la lutte contre la corruption et traitant le SMER-SD de groupe mafieux et criminel. Le magnat des médias Igor Matovič qui dirige la coalition devra donc parvenir à une entente avec d’autres partis pour succéder à Peter Pellegrini. Le SMER-SD enregistre de nouveau un mauvais score en perdant 10% de ses voix, à 18,3%. Suivent les 17 sièges obtenus par Sme Rodina, de la droite nationaliste et L’SNS qui, loin de gagner son pari, stabilise son score et obtient 17 sièges également. Slovaquie progressiste de la Présidente ne parvient pas à atteindre le seuil électoral représentatif. Le libéral SaS et le centriste ZL de l’ancien Président Kiska, probables partenaires de coalition d’OL’aNO-NOVA totalisent respectivement 13 et 12 députés.

Ce scrutin sonne donc comme un camouflet pour le parti au pouvoir attaqué de toutes parts qui profite à une droite dure, confirmant la polarisation du spectre politique européen vers celle-ci.

La participation s’élevait à 70% lors des élections législatives de 2002, elle baisse continuellement depuis, en particulier pour les scrutins européens, les Slovaques détenant la palme de l’abstention. Cette désertification démocratique est symptomatique des États européens et peut être expliquée par de nombreux et divers facteurs. En Slovaquie, la montée de l’ultranationalisme est une réalité depuis quelques années déjà. Si elle est une lame à double tranchant pour la participation, elle n’est pas un poignard pour la démocratie. Ainsi, la droite extrême est soutenue concrètement par certains citoyens qui ne votaient plus, mais elle pousse d’autres à voter pour contrer sa montée en puissance. C’est le rejet des partis d’extrême droite, qui ne doit pas être confondue avec le néofascisme, qui explique en partie la hausse de la participation aux dernières élections européennes de mai 2019, et la nouvelle hausse pour ce scrutin (65,8% soit six points de plus qu’il y a quatre ans). En revanche, tant qu’il rejette le système démocratique tel qu’il est, comme l’expression d’une volonté populaire dans un État de droit, le fascisme – ancienne et nouvelle génération – est une atteinte grave à la démocratie et aux libertés individuelles, il doit être combattu par tous les moyens légaux, politiques et démocratiques. Néanmoins, comme rappelé plus haut, la Cour suprême slovaque a estimé que L’SNS ne portait pas atteinte à la démocratie slovaque. Cette décision est l’illustration du danger de mélanger extrême-droite et fascisme.

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