Elections européennes en Hongrie : la stratégie d’Orban a payé

, par Anais de La Fonchais

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Elections européennes en Hongrie : la stratégie d'Orban a payé

En Hongrie, le Fidesz, parti national-conservateur du premier ministre Viktor Orban, arrive en tête des suffrages avec plus de 52% des voix, obtenant ainsi 13 des 21 sièges alloués à la Hongrie au Parlement européen. Nouveaux visages de l’opposition hongroise, ambition d’Orban de peser dans la reconfiguration de la droite européenne et incertitudes quant au choix de ralliement de son parti à un groupe au sein de l’hémicycle : on vous explique tout.

Victoire écrasante du Fidesz de Viktor Orban

Avec 13 sièges au sein de l’hémicycle et 52,33% des voix, la coalition du Fidesz et du KDNP l’emporte haut la main, devançant de 36 points le parti Coalition démocratique (DK) arrivé deuxième dans les suffrages. Malgré les larges manifestations de décembre et janvier derniers, le premier ministre souverainiste Viktor Orban sort renforcé de ce scrutin. Le contraire aurait presque était surprenant, lorsque l’on replace cette campagne dans un contexte de dérives autoritaires : presse muselée, opposition politique limitée, Etat de droit menacé, violentes campagne anti-Juncker et anti-UE. Le gouvernement en place a tout fait pour s’assurer une telle victoire, peu importe les méthodes illibérales employées.

Reconfiguration de l’opposition hongroise

Ce 26 mai, 43,4% des Hongrois se sont rendus aux urnes pour élire leurs eurodéputés : un record de participation qui dépasse de près de 5 points le score de 2004 (38,5%), année d’entrée de la Hongrie dans l’Union européenne. Un des effets de cette mobilisation exceptionnelle est de redistribuer les cartes au sein de l’opposition hongroise.

Avec 16,2% des suffrages, soit 6 points de plus qu’en 2014, la Coalition démocratique (DK) de Ferenc Gyurcsány envoie quatre eurodéputés dans l’hémicycle, qui rejoindront le groupe des sociaux démocrates. Ce résultat en fait la principale force d’opposition au Fidesz. Contre toute attente, la troisième place revient au parti libéral Momentum. Pour sa première participation aux élections européennes, ce jeune parti centriste remporte 9,9% des voix, ce qui permet à deux de ses candidats de rejoindre l’Alliance des libéraux et démocrates (ALDE) au sein du Parlement européen. Pour le Magyar Hírlap (quotidien hongrois de tendance centre droit), “les électeurs anti-gouvernementaux ont donné leur voix aux partis d’opposition radicaux, ce qui a entraîné une augmentation de la popularité de DK et de Momentum”. Les Hongrois se sont alors détournés du MSZP (socialiste), du Jobbik (extrême droite) et du LMP (vert), moins virulents contre le gouvernement. Ces partis sortent grands perdants du scrutin.

Ayant récolté à peine 3% des suffrages (5% en 2014), le LMP ne siègera pas au Parlement européen. Les socialistes du MSZP accusent aussi une forte chute, passant de 10,9% à 6,7% des voix ce qui ne leur permet d’envoyer qu’un seul eurodéputé (deux en 2014). Enfin, le Jobbik prend une grosse claque. En passant de 14,7% à 6,4% des suffrages, il perd deux des trois sièges qu’il avait obtenu en 2014. Le Magyar Hírlap insiste sur la “défaite historique” du Jobbik : alors qu’il était jusqu’ici populaire chez les jeunes, le parti d’extrême-droite n’a obtenu que 8% des voix chez les 18-39 ans, tandis que le Fidesz recueillait le tiers de leurs suffrages, le parti centriste Momentum 24% et le parti de centre gauche DK 9%.

Source : Magyar Nemzet - Valasztas.hu (Fidesz-KDNP = droite conservatrice ; DK = centre gauche ; Momentum = centre libéral ; MSZP = gauche ; Jobbik = extrême droite).

L’ambition d’Orban de peser dans la recomposition de la droite européenne

Dimanche soir, au soir de sa victoire, le premier ministre a déclaré que “les élections lui avaient donné un mandat renouvelé pour contribuer à la construction d’un autre type d’Europe”, rapporte The Guardian. "Nous sommes petits mais nous voulons changer l’Europe", a-t-il ajouté.

Alors que le Parti populaire européen (PPE) perd 44 sièges en raison du recul des partis conservateurs en Espagne, Italie, France et Allemagne, Orban entend s’afficher en leader et ambitionne de réorienter la droite européenne à partir de ses thèmes : anti-immigration, anti-multiculturalisme et souverainisme. Une ambition toutefois peu réaliste vue la faible représentation du Fidesz au sein du PPE (13 sièges sur 177) et la suspension en mars dernier du Fidesz par le PPE, ce qui l’empêche, pour une durée indéterminée, d’assister aux délibérations du PPE, de voter et de présenter des candidats pour les futurs postes à pourvoir au sein du parti.

Siéger avec le PPE ou rejoindre le supergroupe de Salvini et Le Pen ?

“Les élections nous ont confortés dans notre objectif de mettre fin à l’immigration, de préserver la culture chrétienne et de renforcer les nations. Nous devons appartenir à la famille du parti qui permet de mener à bien ce programme”, explique József Szájer, eurodéputé du Fidesz. Mais quelle sera cette famille ? Le PPE ou L’Europe des nations et des libertés (ENL), mené par l’italien Matteo Salvini et la française Marine Le Pen ?

Salvini et Le Pen multiplient les appels de pied pour qu’Orban rejoigne leur projet de “super groupe” rassemblant les forces nationalistes et d’extrême droite au sein du Parlement européen. Leur objectif étant, selon Marianne, de transformer l’ENL en une “sorte d’internationale nationaliste”. Toutefois, le premier ministre hongrois reste sceptique notamment en raison des divergences économiques qu’il a avec Marine le Pen : alors que celle-ci promeut le protectionnisme, Orban est un défenseur du libéralisme. Le premier ministre hongrois préférerait une alliance entre le PPE et les partis d’extrême droite. « Ne nous attachons pas à gauche, cherchons une autre voie, celle de la coopération avec la droite européenne, explique-t-il dans La Stampa. Nous ne savons pas quelle formation Salvini construira, mais espérons qu’il réussira à en créer une forte. Le PPE doit coopérer avec cette droite européenne. » Cet avis est-il partagé par les autres membres du PPE ? Rien n’est moins sûr. Pour tenter de faire pression, “l’exécutif hongrois a fait savoir la semaine dernière que le Fidesz refuserait de siéger au sein du PPE si ce dernier ne s’alliait pas aux “partis patriotiques de droite” » rapporte La Croix. Un départ analysé comme peu crédible par France Inter pour qui Orban et le PPE ont des intérêts respectifs à voir le Fidesz rester au sein du PPE, ce « qui laisse penser que l’on ne va pas forcément se précipiter pour consommer le divorce ».

Si le nouveau Parlement européen s’installera le 2 juillet 2019, le mois de juin sera celui des négociations pour former de futurs groupes politiques. Alors, le Fidesz de Viktor Orban restera-t-il au sein du PPE ? Affaire à suivre ...

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