Enquête PISA : la Finlande devant, la France à la traine

, par Eric Drevon-Mollard

Enquête PISA : la Finlande devant, la France à la traine
La matière notée (lecture, mathématiques, sciences) change de manière cyclique tous les trois ans. En 2016, les sciences étaient évaluées.

La dernière enquête internationale PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) de 2016 a mis en évidence le très bon score de la Finlande, 5e du classement sur 70 pays, alors que la France, malgré un budget de l’éducation conséquent, n’est classée que 26e.

L’enquête, qui évalue les compétences des élèves de 15 ans, place régulièrement sur le podium les pays asiatiques qui surclassent leurs concurrents, notamment grâce au grand nombre d’heures de travail et aux cours du soir que font suivre presque tous les parents à leurs enfants. Si les résultats sont positifs en termes d’apprentissages, il est évident que la pression terrible subie par les enfants n’est bonne ni pour eux, ni pour la société dans son ensemble. Ainsi le Japon (2ème du classement PISA de 2016) est le pays de l’OCDE où la jeunesse vit le plus mal sa scolarité. Remarquons que la France n’est pas très loin derrière : elle cumule des dépenses importantes, une grande pression sur les élèves, et des résultats médiocres.

Les forces du système éducatif finlandais

A l’inverse le système éducatif finlandais affiche de très bonnes performances sans pour autant diminuer le bien-être des élèves. Pendant les six premières années, les enseignants ne notent pas les élèves, mais donnent des appréciations qui sont des conseils pour progresser, sans jamais comparer les élèves les uns aux autres. Les autoévaluations en groupe, non seulement sur les savoirs scolaires, mais aussi sur les aptitudes sociales (travailler en groupe, être un bon camarade, se concentrer) sont également utilisées. Ces échanges sont très importants car ils favorisent la cohésion de la classe et la maturité des élèves. Les fiches d’autoévaluation manuscrites permettent à l’élève de faire le point avec les enseignants et les parents à propos de ses forces et de ses faiblesses.

« L’enseignement obligatoire commence l’année où l’enfant fête son septième anniversaire. [...] Il n’existe pas de carte scolaire. L’enseignement obligatoire dure neuf ans, l’enseignement dit « fondamental » correspondant à l’école primaire et au collège. [...] Durant les six premières années, l’enseignement est généralement donné par un professeur des écoles et les trois dernières, par des professeurs de disciplines qui exercent leur activité sous le système de la bivalence »  [1]

Des journées courtes et modulables

Les courtes journées d’école (de 4 à 6 heures) et leur modularité représentent le second point fort du système scolaire finlandais. Les élèves sont réellement au centre du système scolaire, et pas seulement dans les discours : ils travaillent en autonomie, très souvent en petits groupes, choisissent en partie les sujets qu’il veulent approfondir et les travaux qu’ils vont effectuer. L’enseignant a pour mission de faire réussir tous les élèves, quitte à ralentir l’avancement du programme pour s’assurer que chacun a bien acquis les fondamentaux. Il y a très peu de devoirs à la maison, l’essentiel du travail se fait en classe, par la qualité de la pédagogie, ce qui évite de creuser les inégalités entre les élèves et de démotiver les plus faibles. Les enseignants sont très proches des élèves, et s’entretiennent avec eux de manière informelle. C’est pourquoi ils sont en général très appréciés par les enfants et les adolescents. Le succès de cet enseignement ne trompe pas : de nombreux enfants veulent devenir enseignants à leur tour. Ce qui n’est pas gagné, quand on sait que le concours d’admission est aussi difficile que celui de médecine.

« le taux d’abandon scolaire est très faible, quelque soit le niveau d’études  [2]

Les lacunes du système scolaire français

La comparaison avec le système français est peu flatteuse : beaucoup d’heures de cours, beaucoup de devoirs, une énorme pression sur les élèves, une sélection par l’échec avec un système de notation qui fabrique l’échec (une moyenne de classe qui ne doit pas trop s’éloigner de 10 à 12/20, quel que soit par ailleurs le niveau de la classe), qui commence très tôt, avec des lacunes qui se cumulent, devenant vite irrattrapables. Les professeurs sont très formels et distants, contraints par le système à s’imposer de manière autoritaire, sous peine de se faire déborder par des élèves saturés, rejetant l’appropriation des savoirs, et dont une partie a trop de lacunes pour pouvoir suivre leurs cours. Ces pratiques suscitent désinvestissement et échec scolaire. Les enfants des familles les plus éloignées de l’école sont écartés de l’accès aux savoirs et des diplômes qui les sanctionnent. Cependant les enfants des milieux instruits s’en sortent très bien : les travaux intensifs et la compétition suscitent valorisation sociale et émulation chez eux. L’enquête PISA a ainsi montré que notre système scolaire était un de ceux qui reproduisait le plus les inégalités sociales.

Une harmonisation par le haut des systèmes scolaires est possible grâce à l’UE

L’émulation entre pays que génère l’enquête PISA a déjà permis d’améliorer certains systèmes scolaires, notamment en Allemagne. L’Union européenne peut aider à diffuser les bonnes pratiques.

Elle pourrait créer une commission composée d’une partie des membres des comités d’élaboration des programmes de chaque pays, et d’experts reconnus en sciences de l’éducation, notamment issus des pays qui obtiennent les meilleurs résultats au niveau mondial. Leurs travaux seraient transmis au Parlement européen et à la Commission européenne, qui émettraient des directives encadrant les systèmes scolaires des différents pays de l’Union, pour mettre fin aux pratiques qui nuisent aux élèves, et diffuser celles qui favorisent les apprentissages et la réussite de tous. A terme, une trame commune aux différents programmes scolaires pourrait être mise en place, afin d’assurer un socle européen de connaissances qui devrait être acquis par tous avant 16 ou 18 ans. La France et son économie en seraient assurément de grandes bénéficiaires.

Notes

[1Rapport d’information du Sénat “Finlande : le bon élève des systèmes éducatifs occidentaux peut-il être un modèle ?” Rapport n°399 (2009-2010) de Mme Colette MÉLOT, M. Pierre MARTIN, Mme Françoise CARTRON, M. Claude DOMEIZEL et Mme Lucienne MALOVRY, fait au nom de la commission de la culture, déposé le 7 avril 2010

[2Rapport d’information du Sénat “Finlande : le bon élève des systèmes éducatifs occidentaux peut-il être un modèle ?” Rapport n°399 (2009-2010) de Mme Colette MÉLOT, M. Pierre MARTIN, Mme Françoise CARTRON, M. Claude DOMEIZEL et Mme Lucienne MALOVRY, fait au nom de la commission de la culture, déposé le 7 avril 2010.

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