La composition du Parlement européen en passe d’être remaniée par des changements d’affiliations politiques dans les partis

, par Noah Wheatley, Traduit par Lorène Weber

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La composition du Parlement européen en passe d'être remaniée par des changements d'affiliations politiques dans les partis

Europe Elects analyse régulièrement des résultats de sondages d’opinion dans toute l’Europe, et réalise des projections sur la répartition des sièges au Parlement européen après les prochaines élections en 2019, sur la base de résultats de sondages au niveau national. Noah Wheatley, responsable du Danemark et du Royaume-Uni pour Europe Elects, commente les résultats les plus récents.

Le PPE toujours en tête, mais une perte de sièges est à prévoir

D’après les dernières projections d’Europe Elects, le Parti Populaire Européen (PPE) devrait demeurer le parti le plus important au Parlement européen. Malgré une projection prévoyant une perte de 32 sièges, le PPE peut se préparer à remporter de nouveau la Présidence de la Commission [1] à l’issue des élections, avec 185 sièges. Une partie du PPE devrait se sentir rassurée, alors que Viktor Orbán s’est récemment engagé à rester dans le parti. Néanmoins, cela pourrait causer des fissures internes, après que certains membres ont plusieurs fois appelé à l’exclusion du Fidesz. [2] Un durcissement durable des relations pourrait également être à prévoir, après que la commission des libertés civiles du Parlement européen a voté en faveur du lancement de la procédure de sanction contre la Hongrie, en raison des violations de l’Etat de droit et des atteintes aux libertés civiles par le gouvernement hongrois.

Le S&D demeurerait en deuxième position

Les temps sont troubles pour le groupe des Socialistes et Démocrates (S&D). Bien qu’ils demeureraient le deuxième parti le plus important au Parlement européen avec 141 sièges, une perte de 48 sièges est à prévoir. Cela est en partie dû à la perte des eurodéputés du Labour (Parti travailliste) britannique, mais les partis sociaux-démocrates semblent en difficulté dans la majorité des Etats membres. Cela peut se voir en Allemagne, avec les résultats électoraux décevants du SPD. Tout n’est pas si noir cependant, comme pour le parti socialiste espagnol qui a connu une hausse de popularité dans les sondages, après que son chef Pedro Sánchez est devenu Premier ministre en juin. Par ailleurs, si on en croit les sondages, au Danemark les sociaux-démocrates tiennent bon. Si le S&D veut remporter davantage de sièges à ces élections, il semble donc qu’il doive regarder en direction de ces partis pour comprendre comment ils ont pu gagner en popularité en ces temps difficiles.

L’ALDE continue sa montée

L’Alliance des Démocrates et Libéraux pour l’Europe (ALDE) a récemment connu une hausse de popularité en Europe, selon les dernières projections d’Europe Elects, ce qui lui ferait gagner 42 sièges supplémentaires au Parlement européen, lui en donnant ainsi 110. Cela pourrait en partie être dû à la hausse du soutien pour Ciudadanos en Espagne ou pour le FDP (Parti libéral-démocrate) en Allemagne. Dans l’ensemble, les choses s’annoncent bien pour l’ALDE, mais une question persiste : celle d’Emmanuel Macron et de sa République en Marche (LREM). Selon qu’il décide de lancer son propre parti européen ou de rejoindre l’ALDE, cela jouerait en la faveur ou la défaveur de l’ALDE.

Une possible hausse pour le CRE, mais le groupe se dirige vers une perte de sièges

La dernière projection montre que les Conservateurs et Réformistes Européens (CRE) souffriront de lourdes pertes, n’arrivant qu’à 44 sièges au Parlement européen contre 73 aux élections précédentes. C’est un contexte préoccupant pour le CRE, qui perdra de nombreux sièges suite au départ des Conservateurs britanniques après le Brexit.

Néanmoins, il semble que ce groupe traditionnellement conservateur regarde plus loin pour tenter de combler ce trou au sein du parti. Un accord a récemment été conclu entre le CRE et les Démocrates de Suède, parti d’extrême-droite anti-immigration. Cela pourrait représenter un coup de pouce non négligeable pour le CRE si les Démocrates de Suède obtiennent de bons résultats aux élections dans leur pays. Cependant, ce rapprochement a rencontré des critiques, notamment celles d’un risque de transformation du CRE en un parti plus farouchement eurosceptique.

La GUE/NGL arrive en quatrième position alors que l’ELDD semble prête à disparaître

Europe Elects prévoit que la Gauche Unitaire Européenne / Gauche Verte Nordique (GUE/NGL), parti d’extrême-gauche, fera mieux que le CRE, l’ENL (Europe des Nations et des Libertés, groupe du Front National de Marine le Pen, ndlt), et l’ELDD (Europe de la Liberté et de la Démocratie Directe, groupe du UKIP de Nigel Farage, ndlt). Selon les projections, ils obtiendraient un total de 58 sièges, bien au-dessus du CRE et de l’ELDD, et juste au-dessus de l’ENL, qui obtiendraient respectivement 44, 49 et 52 sièges.

Si les choses s’annoncent bien pour la GUE/NGL, on ne peut pas en dire autant de l’ELDD. Il semblerait que le groupe ait à lutter pour continuer à exister après les élections de 2019, non pas à cause d’une perte de sièges mais à cause du départ de certains partis. Comme mentionné plus haut, les Démocrates de Suède quitteront l’ELDD pour le CRE, and il semble que l’ELDD ne convienne pas au Mouvement 5 Etoiles de Luigi di Maio, qui apparaît plus pro-européen qu’on ne l’aurait cru. Cela impliquerait que l’ELDD ne remplirait pas les conditions nécessaires pour former un groupe (avec des eurodéputés issus de 7 Etats membres minimum), sonnant ainsi sa fin.

La survie de l’ENL

L’ENL devrait gagner 15 sièges selon la dernière projection : le groupe d’extrême-droite mené par Marine Le Pen gagnerait un total de 52 sièges, soit un gain de 37 sièges par rapport à 2014. Cette prévision, cependant, se base sur le postulat selon lequel l’ENL parviendrait à réunir des eurodéputés issus d’au moins 7 pays. L’ENL pourrait compter sur les renforts issus de l’ELDD si ce groupe venait effectivement à se disloquer. Une autre alternative serait que les partis les plus à droite du CRE rejoignent l’ENL, si le groupe obtient de mauvais résultats en 2019. La montée de l’ENL serait aussi favorisée par les récentes montées dans les sondages de la Ligue du Nord de Salvini en Italie, dont la popularité est en hausse depuis que l’Italie a formé un nouveau gouvernement.

Les Verts/ALE demeureront au Parlement

Les Verts / Alliance Libre Européenne (ALE) demeureront au Parlement, mais reculeront pour ne devenir que le plus petit groupe, remportant seulement 34 sièges, soit 17 de moins par rapport à 2014 où ils détenaient 51 sièges. Les Verts/ALE espèrent que l’Alliance 90 / Les Verts allemands, leur groupe le plus important, renverront leurs 11 eurodéputés actuels au Parlement. Les Verts peuvent s’appuyer sur une chose : ils ont actuellement des eurodéputés issus de 13 pays, bien au-dessus des 7 requis. Cependant, il semble que le problème principal des Verts/ALE pour les élections de 2019 sera de tenter de limiter leurs pertes.

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Pour connaître la répartition actuelle des sièges au Parlement européen (depuis les élections européennes de 2014) et les partis politiques européens, cliquez ici

Notes

[1Ndlt : Depuis les élections européennes de 2014, et sur la base du Traité de Lisbonne, le Président de la Commission est proposé par le Conseil européen au Parlement européen en prenant en compte les résultats des élections européennes. Le candidat tête de liste (ou Spitzenkandidat) du parti arrivé en tête aux élections est donc le mieux placé pour devenir le futur Président de la Commission européenne.

[2Note de la traductrice : le parti hongrois Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán fait partie du PPE, ce qui a soulevé nombre de critiques au vu des dérives d’extrême-droite, ou du moins de droite radicale de ce parti, alors que le PPE est traditionnellement un rassemblement de partis démocrates-chrétiens, de droite, de droite modérée ou de centre-droit

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