Du mercredi 30 septembre au vendredi 2 octobre, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a effectué sa sixième tournée annuelle dans les Balkans occidentaux, une routine qu’elle a commencée en 2021. Elle s’est rendue en Albanie, au Kosovo, au Monténégro et en Macédoine du Nord afin d’évaluer avec leurs dirigeants les progrès réalisés sur leur parcours européen, de mettre en avant des projets financés par l’Union européenne et de faire un bilan du Plan de croissance pour les Balkans occidentaux (“Growth Plan”). Retour sur son voyage et les avancées de ces quatre pays des Balkans occidentaux sur leur chemin vers l’adhésion à l’Union européenne

L’Albanie et le Monténégro, au plus près de l’adhésion

En Albanie, Ursula von der Leyen s’est entretenue avec le président Bajram Begaj et le Premier ministre Edi Rama sur les perspectives d’adhésion du pays, candidat officiel à l’Union européenne depuis 2014. L’Albanie figure aujourd’hui parmi les candidats les plus avancés : elle a ouvert le dernier groupe de chapitres de négociation et en a provisoirement clôturé ses trois premiers chapitres en juillet, dont un consacré aux relations extérieures revêtant une importance particulière en raison du contexte géopolitique actuel, puisqu’il concerne notamment l’alignement du pays sur la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union.

La présidente de la Commission a toutefois rappelé que des réformes restaient nécessaires, notamment dans les domaines de la justice, du cadre électoral et de la protection de l’environnement.

Elle a également visité l’école Emin Duraku située dans la capitale et qui a été reconstruite grâce à des fonds européens après le séisme de 2019, illustrant une présence européenne très concrète sur le terrain.

Le Monténégro apparaît quant à lui comme le candidat le plus proche de l’adhésion. “Nous croyons en l’objectif du Monténégro de devenir le 28e État membre d’ici à 2028”, a déclaré Ursula von der Leyen. Le pays a ouvert l’ensemble de ses 33 chapitres de négociation et en a provisoirement clôturé 18 . La préparation de la rédaction de son traité d’adhésion a également commencé. Mais cette perspective dépend encore de la capacité du pays à maintenir son rythme de réformes. Von der Leyen a notamment insisté sur la nécessité de préserver la stabilité politique et le soutien de l’ensemble des forces politiques. Dans un pays où le gouvernement repose sur une coalition large et politiquement diverse, la coopération entre majorité et opposition est essentielle pour adopter les réformes nécessaires à l’adhésion. En effet, la coalition au pouvoir compte pas moins de cinq partis. Sa stabilité sera clé pour éviter une nouvelle crise politique qui ralentirait le rythme des réformes. Des discussions entre les deux camps avaient d’ailleurs permis d’avancer sur plusieurs textes clés durant l’été.

La visite du nouveau Centre de coordination nationale de la police aux frontières illustre une intégration progressive : le centre doit permettre aux autorités monténégrines de mieux surveiller leurs frontières et d’échanger des informations avec les États membres et Frontex. Pour la présidente de la Commission, il s’agit déjà de préparer les frontières monténégrines à devenir, à terme, celles de l’Union européenne.

Tant pour le Monténégro que l’Albanie, la Commission veut accélérer encore la cadence. Des feuilles de route doivent prochainement être établies pour les candidats les plus avancés afin de transformer le parcours vers l’adhésion en étapes plus concrètes, en précisant les réformes restant à accomplir et les échéances associées.

Au Kosovo, le soutien européen sous conditions

Au Kosovo, le discours d’Ursula von der Leyen est davantage marqué par les difficultés politiques du pays. Sa visite intervient quelques semaines après la condamnation par les Chambres spécialisées du Kosovo (CSK) à La Haye de quatre anciens dirigeants de l’Armée de libération du Kosovo (UCK), dont l’ancien président Hashim Thaçi, pour des crimes commis durant la guerre de 1998-1999. Le verdict a provoqué de fortes réactions dans le pays : des milliers de personnes ont manifesté à Pristina le jour de la visite de von der Leyen , tandis que le Parlement kosovar a condamné le jugement.

Dans ce contexte, la présidente de la Commission a adopté une position prudente mais ferme. Elle rappelle que le jugement a été rendu par une institution judiciaire indépendante et que son mandat doit être respecté.

Cette question rejoint directement son deuxième message : la nécessité d’une stabilité institutionnelle. Alors que le Parlement et le gouvernement viennent d’être formés après une longue période de blocage politique, l’élection d’un président reste à régler. Pour elle, cette stabilité constitue la condition préalable aux réformes, à la croissance et aux progrès vers l’Union européenne. Le Premier ministre Albin Kurti a d’ailleurs profité de sa visite pour demander à l’UE de reconnaître au Kosovo le statut de pays candidat, que Pristina réclame depuis 2022, mais qui n’est pas accordé en raison de conflits avec la Serbie et de la non reconnaissance du Kosovo par cinq États membres (Espagne, Chypre, Grèce, Roumanie, Slovaquie).

Le message européen reste donc positif, mais conditionnel : le Kosovo peut recevoir jusqu’à 882 millions d’euros dans le cadre du Plan de croissance pour les Balkans, mais doit accélérer ses réformes et disposer d’institutions pleinement fonctionnelles.

En Macédoine du Nord, l’adhésion reste bloquée par la question identitaire

En Macédoine du Nord, Ursula von der Leyen a insisté au contraire sur l’appartenance européenne du pays. Elle rappelle les efforts réalisés depuis le lancement des négociations d’adhésion en 2022 et déclare “votre place est clairement parmi nous”, mais cette perspective reste bloquée par une étape politique précise : la modification de la Constitution nécessaire pour permettre l’ouverture du chapitre sur les fondamentaux, notamment avec la reconnaissance des Bulgares parmi les communautés constitutives du pays.

Consciente de la sensibilité de cette question, la présidente cherche à rassurer Skopje sur un point essentiel : l’adhésion à l’Union ne doit pas se faire au détriment de l’identité nationale. Elle affirme ainsi que l’UE accueille la Macédoine du Nord “avec son identité et sa langue”. Le message fait écho au compromis de Prespa avec la Grèce en 2018, à l’issue duquel la Macédoine avait dû changer de nom pour Macédoine du Nord.

La Macédoine du Nord est également valorisée pour son soutien à l’Ukraine et son rapprochement avec les structures européennes de sécurité et de défense. L’élargissement apparaît ainsi comme une question qui dépasse les seules réformes administratives : dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’alignement géopolitique des candidats compte également.

Le Plan de croissance pour les Balkans occidentaux, symbole d’une intégration avant l’adhésion

Un élément est revenu à chaque visite : le Plan de croissance pour les Balkans occidentaux. Adopté en 2023 et doté de 6 milliards d’euros pour la période 2024-2027, il vise à rapprocher progressivement les économies des Balkans occidentaux de l’Union avant même leur adhésion, notamment en facilitant leur accès au marché unique et en finançant les réformes nécessaires.

Le SEPA (Espace unique de paiement en euros) en est l’un des exemples les plus concrets. L’Albanie, le Monténégro et la Macédoine du Nord ont rejoint l’espace unique de paiements en euros, tandis que le Kosovo pourrait à son tour l’intégrer après avoir adopté les législations nécessaires. Von der Leyen met en avant la baisse des frais de transaction et l’accélération des paiements comme des bénéfices immédiatement perceptibles pour les entreprises.

Cette tournée dans la région des Balkans occidentaux montre ainsi une évolution du discours européen : l’adhésion reste l’objectif final, mais Bruxelles cherche également à rendre l’intégration progressivement visible avant même l’entrée dans l’Union. Les futures feuilles de route annoncées pour les candidats les plus avancés, notamment l’Albanie et le Monténégro, doivent aller dans ce sens en transformant le chemin vers l’adhésion en étapes concrètes.