STX-Fincantieri : l’occasion de batir l’Airbus du naval

, par Julien Lepotier

STX-Fincantieri : l'occasion de batir l'Airbus du naval
CC Flickr / tomaradze

Le feuilleton de la vente de STX France a connu un nouveau rebondissement avec la nationalisation provisoire des chantiers suite à l’absence d’un accord satisfaisant avec l’industriel Italien Fincantieri. Ce rapprochement est pourtant une occasion majeure de consolider l’industrie navale Européenne, notamment militaire. Nous ne pouvons rater l’opportunité de créer un nouveau géant européen, capable de garder l’avantage sur nos concurrents asiatiques.

Les chantiers de l’atlantique, un industriel performant mais trop petit

STX France fait la fierté de la France avec la construction de mastodontes des mers comme l’Harmony of the sea ou le Queen Mary 2. Ces navires nous rappellent avec nostalgie la grandeur industrielle de la France, qui aurait disparue. Mais au-delà de la dimension sentimentale, nous devons analyser la situation en fonction de la concurrence internationale, puis de l’état de la construction navale en France. L’industrie navale s’est massivement délocalisée en Asie depuis la fin des années 70 car les coûts y sont au moins 20 à 30 % inférieurs. L’Europe a conservé principalement les navires militaires, les paquebots et des navires spécialisés ou innovants. Or il y a encore beaucoup d’acteurs en Europe malgré un marché réduit, et cette concurrence profite à nos concurrents. Si on en revient à STX, l’appartenance à un groupe industriel comme Fincantieri permettra aux chantiers d’optimiser ses coûts de production et d’avoir un vrai projet de développement industriel. En effet, la fabrication de bateaux exige des investissements colossaux qu’un chantier unique comme STX ne peut s’offrir, surtout quand la rentabilité du secteur reste faible. Une entreprise comme Fincantieri aura les moyens pour ces investissements et la concentration du secteur fera baisser la concurrence, donc augmenter les marges.

La division de l’industrie navale Européenne

Les chantiers de l’atlantique concentrent un savoir-faire dans deux domaines précis : les paquebots et les coques militaires de grande dimension (porte-avions, porte-hélicoptères...).

Pour la construction de navires de croisière géants, il existe 3 acteurs européens : STX, Fincantieri et Meyer Werft. Pour l’instant, les Chinois ne maitrisent pas la construction d’un navire de cette complexité, mais cela ne va pas durer éternellement. L’industrie européenne doit donc se préparer dès maintenant. Une concentration de cette activité va augmenter les prix, car la concurrence sera plus faible, les marges augmenteront et donc l’investissement productif aussi. En effet, conserver une avance technologique exige d’investir dans les outils 3D de conception, dans la robotique (robot et cobot pour le soudage...) ou dans la R&D pour construire des navires moins énergivores.

Il faut aussi mettre fin à la guerre entre les 3 géants de la construction navale militaire européenne : Naval group (ex DCNS), Fincantieri et ThyssenKrupp Marine Systems. L’étroitesse des budgets de défense en Europe oblige ces entreprises a se livrer à une concurrence féroce à l’exportation. Cette division favorise les concurrents Américains, Chinois ou Russe. Surtout, elle n’est pas tenable quand on regarde la montée en puissance du poids de la Chine dans les exportations d’armement. La seule option pour les Européens demeure de se regrouper pour être plus fort et garder notre avance technologique. Pour cela, une alliance entre Naval group et Fincantieri est nécessaire. Naval group fabrique des sous-marins, frégates ou porte-avions de la marine depuis des dizaines d’années. Il compte plus de 12 000 collaborateurs sur une dizaine de sites (Cherbourg, Brest, Toulon...). Ils coopèrent fréquemment avec leur homologue Italien, comme pour le programme des FREMM [1] et des frégates de classe Horizon. Ensuite, ils sont complémentaires car chacun à sa spécialité : les sous-marins pour Naval group, les patrouilleurs / frégates légères pour Fincantieri. Enfin, au niveau politique, ce sera une nouvelle étape dans la construction d’une industrie de défense européenne et la confirmation du lien très fort qui unit les 2 puissances navales de l’Europe continentale.

Le cadre de ce deal gagnant-gagnant Franco-Italien

Après avoir expliqué le pourquoi, il faut expliquer le comment. Fincantieri comme Naval group ont un capital dominé par la puissance publique, un accord entre gouvernements sera donc la clé de cette alliance. Une holding, sur le modèle du rapprochement entre Nexter et Krauss-Maffei Wegmann (industriels Français et Allemand, spécialisé dans les blindés), pourra voir le jour pour faire progressivement converger l’ensemble des activités militaires et civiles, avec un équilibre 50-50 entre Italiens et Français. On aura un groupe qui possède la capacité de construire l’ensemble du spectre de la navale militaire : sous-marins, patrouilleurs, destroyers, ravitailleurs, porte-aéronefs... Et qui sera le leader mondial de la construction de paquebots. Au niveau industriel, les différents chantiers devront garder une certaine polyvalence pour équilibrer la charge en fonction de l’évolution des commandes. La France sera plus spécialisée sur les navires de grande taille (destroyers, paquebots géants...), tandis que les chantiers Italiens se concentreront sur les navires de plus faible dimension (frégates, ferrys, paquebots...). Enfin, dans ce schéma, STX sera racheté par cette holding et intègrera progressivement la filiale civile de cet Airbus du naval. L’emploi devra être bien sûr préservé.

La balle se trouve désormais entre les mains des gouvernements Français et italien. Ils ont l’occasion de créer un nouveau géant européen, cohérent au niveau industriel et qui peut nous permettre de continuer à être leader sur ce secteur stratégique. Nous ne pouvons gâcher cette occasion unique à cause de chicaneries politiques. L’histoire nous regarde !

Notes

[1FRégate Européenne Multi-Missions puis FREgate Multi-Missions

Vos commentaires

  • Le 4 août à 09:18, par LeMeur En réponse à : STX-Fincantieri : l’occasion de batir l’Airbus du naval

    Bonjour Très bon article, bien écrit, clair et riche, tel un vrai journaliste. Bravo ! Attention cependant au tissu industriel environnant les 2 acteurs, car si un équilibre pourrait être trouvé entre ceux-ci quid des sous-traitants et autres fournisseurs (Thales, Fiat/Avio,....) ?

  • Le 5 août à 09:58, par Savino Tommaso Falcone En réponse à : STX-Fincantieri : l’occasion de batir l’Airbus du naval

    Félicitations, mais le jeune président Macron doit, en tant qu’européen de référence, apprendre à ne pas vouloir être Grand sur le dos des Autres... Européens.

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