Ton vote pour les Européennes du 26 mai 2019 est essentiel

, par Romain Laugier

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Ton vote pour les Européennes du 26 mai 2019 est essentiel
Crédits : Marco Verch

Tribune - « L’Union européenne est inutile » ; « le Parlement européen n’a jamais influencé mon quotidien » ; « voter ne sert à rien » ; « nos représentants sont corrompus ». Vraiment ? Cette lettre propose de démonter les slogans parfois brandis par la jeunesse pendant les débats pour défendre l’abstentionnisme. D’un jeune adulte à un autre, l’auteur appelle sa génération à se mobiliser pour voter aux élections européennes de mai 2019.

Chère jeune lectrice, cher jeune lecteur (et chers moins jeunes),

Je t’écris aujourd’hui avec l’ambition assumée de te convaincre de voter lors des élections européennes le dimanche 26 mai prochain. Ne vois pas dans ce tutoiement une forme d’irrespect, mais plutôt une volonté de t’interpeller directement et sans artifice, d’un jeune adulte à un autre.

Les précédents votes et sondages annoncent qu’un jeune sur quatre se rendra aux urnes pour élire son représentant auprès du Parlement européen en 2019. Un jeune sur quatre ! Pour comparer, la catégorie des personnes de plus de 64 ans sera deux fois plus nombreuse que la nôtre à aller voter – et leur avis sur ton avenir est généralement très différent de tes aspirations.

Ceux qui décident des contours de notre société en notre nom par le biais d’une vertu qu’ils nomment ‘expérience’ disent que nous sommes ingrats. Nous serions la ‘Génération Moi’, ‘Moi Je’, ‘Moi D’abord’. Je crois bien au contraire que les jeunes n’ont jamais été aussi altruistes et attentifs à l’avenir de notre société. La seule constante de notre vie sera l’incertitude : la disruption digitale, le changement climatique, l’explosion des inégalités, la montée des tensions et des autoritarismes... Le monde tourne aujourd’hui plus vite, et c’est notre pied qui se trouve sur l’accélérateur. Une voix peut être relayée en un instant par des millions d’autres, un petit groupe déterminé peut faire changer la politique ou les comportements, une seule entreprise ou invention peut changer le quotidien en un claquement de doigt. Nous sommes la génération du possible. Quel rapport avec l’Union européenne ? Et bien c’est ce machin-là qui nous permet de vivre à notre allure. D’aller vivre, étudier et travailler ailleurs. De payer moins cher, et en euros. D’avoir le meilleur système de navigation au monde (devant le GPS américain), et de se marier à l’étranger. D’oublier les frontières et de faire tomber les murs. D’éviter une autre guerre, aussi. Je ne parle pas d’une guerre du passé, avec ses tranchées et ses obus, mais d’une guerre d’une autre nature, plus insidieuse et impalpable : contre nos différences et nos libertés. Une guerre faite de restrictions, de verrous et d’interdictions. Car cette union politique dont tu fais partie repose sur un socle de libertés que tu considères comme acquises, et qui pourtant est menacé.

Comme toi peut-être, je suis un indigné. Je ne me résous pas à voir et à ignorer les tristes spectacles du quotidien qui laissent indifférents certains de nos aînés, acculturés et accoutumés, ceux qui « ont essayé » puis se sont résignés. S’abstenir d’agir – ou de voter – ne mènera pas à un meilleur résultat. C’est pourquoi je souhaite contredire un par un ces slogans parfois brandis par paresse intellectuelle, souvent avec force. Si je ne te convaincs pas, au moins j’aurais eu le mérite d’essayer, et tu auras pu tester tes convictions en les confrontant aux enjeux européens.

« L’Union européenne est inutile et anti-démocratique »

On dit souvent une chose et son contraire à propos de l’Union européenne. Elle serait à la fois inutile et toute-puissante, dictatrice et incapable de prendre une décision, ultra-libérale et liberticide, tentaculaire et bruxelloise. Les gouvernements successifs s’approprient ses réussites et attribuent leurs échecs aux ‘technocrates de Bruxelles’. Comme souvent, la réalité est bien plus complexe.

L’Union européenne repose sur l’idée simple selon laquelle les Etats européens vivent mieux ensemble que dans une rivalité permanente. Un territoire réunissant plus de 500 millions de citoyens et de consommateurs, c’est aussi l’échelle pertinente qui garantit la sauvegarde de nos modes de vie face aux autres puissances mondiales et aux multinationales. Voyager sur un autre continent te rappellera vite combien les principes que tu considères acquis pour toujours sont rares : la démocratie, l’interdiction de la peine de mort et de la torture, la liberté de croire, ou d’aimer la personne de ton choix. Unis, nous Européens avons le pouvoir d’imposer les règles qui nous permettent de peser sur ces grands sujets.

Pour garantir sa pertinence, l’Union européenne agit uniquement dans les domaines dans lesquels les Etats membres (dont le tien) ont jugé qu’elle avait une valeur ajoutée : c’est le cas du commerce, de la monnaie commune, des droits de douane ou de la politique de concurrence. Pour les autres sujets, l’Union agit seulement en complémentarité avec les Etats membres – par exemple sur l’environnement, les transports, la santé, la protection des consommateurs, etc. Les Etats membres nomment chacun un Commissaire européen qui, une fois validé par les députés européens que tu vas élire, se chargera de mener l’action dans chacun de ces domaines.

Les Etats européens ont toujours la main sur chaque décision prise par l’Union européenne. D’abord, les chefs d’Etat définissent leurs priorités par des sommets réguliers. Ensuite, la Commission européenne propose des règles, qui sont modifiées puis votées par les ministres européens et par les députés que tu as élus. Le pouvoir des ministres et celui des députés est égal, et aucune règle ne peut être adoptée sans un accord des deux côtés. Ton bulletin de vote est donc un élément essentiel de la prise des décisions à l’échelle européenne. Enfin, un pouvoir judiciaire indépendant, la Cour de Justice de l’UE, s’assure que toutes les règles démocratiques sont respectées.

Si tu penses que l’Union européenne ne va pas dans la bonne dimension, voilà une bonne nouvelle : tout peut changer par le résultat des urnes. Tu peux reprocher à l’Union européenne de ne pas en faire assez, ou de ne pas bien faire, mais certainement pas d’être inutile. Chaque scrutin européen te permet d’indiquer si tu souhaites plus ou moins d’Europe, mais aussi de lui choisir une ligne politique.

« Le Parlement européen n’a jamais influencé mon quotidien »

Si tu ne te t’intéresses pas à la vie et aux votes des eurodéputés, c’est que tu es tout à fait saint d’esprit ! Mais nul besoin d’être un mordu de politique pour réaliser l’importance de ces élus sur ta vie. Au cours de leur précédent mandant entre 2014 et 2019, les députés européens ont voté un certain nombre de décisions qui ont vraisemblablement influencé ton quotidien. Et oui, la preuve (non-exhaustive !) ci-dessous :

  • L’adoption du Plan d’investissement pour l’Europe (dit « plan Juncker ») qui a permis à la Banque Européenne d’Investissement de lever plus de 370 milliards d’euros d’investissements publics et privés pour renforcer l’investissement, la compétitivité et la croissance économique européenne. Ce montant sera probablement doublé pour les cinq prochaines années.
  • Des mesures importantes pour lutter contre le changement climatique. Cela passe par exemple par l’obligation de réduction des émissions de CO2 de près d’un tiers pour les voitures et camionnettes neuves d’ici 2030 ; ou par le rehaussement des objectifs à horizon 2030 en matière d’énergie renouvelable (32% de la consommation d’énergie) et d’efficacité énergétique (+32,5%).
  • La fin des frais d’itinérance sur les téléphones portables (le roaming). Tu paies désormais dans l’espace économique européen le même tarif pour tes appels et SMS que chez toi.
    - L’interdiction des produits plastiques à usage unique dès 2021. C’est la fin des pailles, cotons-tiges, assiettes et couverts en plastiques. Ces produits représentent plus de 70% du plastique présent dans les océans.
  • La réforme du droit d’auteur sur internet, qui oblige les plateformes numériques à rémunérer les auteurs et artistes pour les contenus qui sont partagés.
  • La réforme du travail détaché, qui impose qu’un travailleur détaché perçoive désormais le même salaire qu’un travailleur local. Cela permet de lutter contre le très décrié ‘dumping social’.
  • Des pass Interrail gratuits pour 20 000 jeunes qui fêtent leur dix-huitième anniversaire. Cela leur permettra de découvrir la culture européenne et leurs voisins européens.
  • Le vote d’accords de libre-échange avec le Canada, Japon, Singapour, et l’Equateur, ainsi que des accords d’association comprenant des chapitres similaires (Ukraine, Géorgie, Moldavie) qui stimulent le commerce en supprimant les droits de douane et en harmonisant les règles techniques entre partenaires.

Certaines choses sur cette liste ne te plaisent pas ? Tu penses que d’autres initiatives devraient être ajoutées ? C’est justement à cela que serviront les prochaines élections : faire bouger les lignes ! Pense à ces votes qui ont échoué ces dernières années faute de majorité, comme la réforme du régime d’asile européen commun (‘Dublin III’) qui impose, faute de mieux, à un réfugié de faire sa demande d’asile dans le premier pays européen dans lequel il met le pied. Pense aussi aux enjeux majeurs des cinq prochaines années sur lesquels tes futurs représentants auront à se pencher : c’est le cas de la course vers la neutralité carbone à horizon 2050.

« Voter ne sert à rien »

Le passé récent nous a montré combien un vote peut changer la marche d’un pays et la vie de ses habitants. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis – remportée sur fond de propos racistes, sexistes et homophobes lors de la campagne – en est un exemple vivant. Au Brésil, le président Jair Bolsonaro menace de sortir de l’accord de Paris sur le climat et d’augmenter le rythme de la déforestation de la forêt amazonienne. Sur notre continent, le référendum sur le Brexit place le Royaume-Uni sur une voie bien différente et plus solitaire que le maintien dans l’Union européenne. Les différents groupes politiques qui briguent l’élection européenne auront une influence importante sur la vie des citoyens européens, ne serait-ce que par leur vote sur la nomination du Président de la Commission européenne qui succèdera à Jean-Claude Juncker. C’est pourquoi il est si important de s’informer, et, le moment venu, de voter pour le projet de société que l’on souhaite voir apparaître.

« Mon vote ne changera pas une élection »

Il est évident – et souhaitable ! – qu’un seul vote ne bouleverse pas l’issue d’une élection. Mais c’est paradoxalement parce que l’élection se tiendra avec ou sans ton vote que tu as un devoir moral d’y participer. Si tu y renonces, tu laisses les autres – ceux qui résident dans ton pays ou dont tu partages la nationalité, mais pas forcément les idées – décider des règles que tu devras respecter. Toutes les pierres sont nécessaires à la construction d’un édifice, et ne pas apporter la sienne est le meilleur moyen pour ne rien construire.

Peut-être es-tu d’avis que ton impact serait plus significatif par une action différente d’un vote ? Après tout, une seule personne suffit aujourd’hui à bousculer les possibles. Pense à Greta Thunberg, cette adolescente suédoise de seize ans qui manifestait seule contre l’inaction climatique devant le Parlement suédois en août 2018. En mars 2019, elle était rejointe par plus d’un million de jeunes. En réalité, ces actions citoyennes doivent s’additionner au vote : qui peut le plus peut aussi le moins, et aucune démarche n’exclut l’expression par les urnes. Le vote est nécessaire car l’action individuelle n’a d’effet que si elle est soutenue par un collectif. Aucune collecte de fond n’aboutit sans les individus qui y contribuent. Bref, l’action fait la force. Enfin, il existe peu d’action aussi facile à réaliser en termes de temps, de coût, d’énergie, que d’aller voter par rapport à l’impact potentiel qui en résulte. Ton vote ne résoudra certes pas tous les problèmes du monde moderne, mais il pourra y contribuer.

« Nos représentants sont corrompus et intéressés, je ne me reconnais dans aucun d’eux »

Je ne peux pas et ne souhaite pas nier que nos représentants sont les grands responsables de la méfiance généralisée portée à l’encontre nos institutions politiques. L’arène politique européenne n’est pas exempte de ces scandales, comme l’ont montrées les enquêtes judiciaires visant des députés européens français du Front National, de La France Insoumise ou du MoDem soupçonnés de dépenser l’argent public européen pour embaucher des collaborateurs travaillant ailleurs, en France. Mais la généralisation est une très mauvaise alliée, et les hommes politiques intègres ne sont pas rares. De plus, l’électeur et toi ne devez pas fuir votre responsabilité, qui repose dans le choix : celui de voter pour une liste composée de femmes et d’hommes intègres. Celle aussi, de dénier le droit de te représenter à ceux qui ne le méritent pas.

Du choix, il y en a ! Le candidat parfait n’existe pas, et aucun individu ne peut incarner plus fidèlement nos valeurs et convictions que nous-mêmes. Néanmoins, voter ne signifie pas prêter allégeance à un candidat ni s’engager à soutenir son action – au contraire ! Chacun a son rôle, et le tien est de choisir une orientation, une politique vers laquelle tu estimes que notre société devrait tendre. Celui de l’élu sera de défendre fidèlement cet idéal. Je t’invite donc à t’informer et à choisir une option parmi les nombreuses qui seront présentées ce 26 mai. Tu pourras trouver les programmes politiques des principales listes européennes ci-dessous :

Toi qui as pris le temps d’aller jusqu’au bout de cet article, je ne te demande pas de liker et de partager. Juste d’aller voter. Prends tes responsabilités dans une main, trente minutes de ton temps dans l’autre, et rends-toi le 26 mai prochain au bureau de vote. C’est une fois tous les cinq ans, et ça en vaut vraiment la peine.

Vos commentaires

  • Le 21 mai à 14:55, par JEAN PAUL BERNARD En réponse à : Ton vote pour les Européennes du 26 mai 2019 est essentiel

    Je regrette que le programme du Parti Federaliste Européen ne soit pas mentionné Nous sommes pourtant aux avant postes de la promotion de la contruction européenne

    sur les 11 listes flechés 4 partis sont ouvertement anti-européens : faire entendre notre voix n’aurait pas été inutile.

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