Tous contre un : une alliance inédite en Hongrie contre le Fidesz

, par Alexis Vannier

Tous contre un : une alliance inédite en Hongrie contre le Fidesz
Gergely Karácsony, candidat à la mairie de Budapest contre le maire sortant du Fidesz. Photo : © Wikipedia Commons

Les scrutins de mi-mandat sont pour les électeurs le moyen de sanctionner le gouvernement en place ou a contrario d’apporter un soutien au parti au pouvoir. En Europe, ils ont favorisé la montée des partis d’extrême droite. Ainsi, en Allemagne, les derniers votes régionaux en Saxe et dans le Brandebourg ont vu chuter le score des partis coalisés au pouvoir, le SPD de gauche sociale-démocrate et la CDU conservatrice qui ont perdu 33 sièges au profit notamment du parti anti-immigration AfD. En revanche, en Italie, les différentes élections régionales ont permis la nette victoire de la Ligue, parti d’extrême droite alors au gouvernement. Les prochaines élections municipales en Hongrie, le 13 octobre, devraient, sauf surprise, voir la victoire du Fidesz du Premier ministre Orbán.

Un pouvoir conforté par les dernières élections

En Hongrie, le scrutin européen du 26 mai dernier a vu la victoire écrasante du parti au pouvoir national-conservateur Fidesz qui, allié à son partenaire traditionnel, le KDNP chrétien conservateur, représente plus de 52% des voix, laissant l’opposition se battre pour les restes, tandis que la participation a bondi de près de 15%.

Puis, les élections législatives de 2018 ont démontré à nouveau la suprématie du Fidesz. Recueillant un peu moins de la moitié des suffrages, le parti arrive premier dans 92 des 106 circonscriptions et conserve une majorité des deux tiers au sein de la Diète.

Le soutien des Hongrois pour leur Premier ministre est donc très fort. Sa popularité s’explique en partie par la bonne santé de l’économie magyare, mais également par le caractère de Viktor Orbán qui sait faire parler de lui et se placer en homme fort au centre de l’Europe, cité en exemple par de nombreux dirigeants de droite radicale à l’étranger.

Tous contre le Fidesz !

Au pouvoir depuis 2010, le Premier ministre semble indéboulonnable. Alors que de nombreux médias sont acquis – financièrement – à la cause d’Orbán, l’opposition peine à faire entendre sa voix. La presse européenne place une partie de ses espoirs dans le parti europhile et libéral Momentum, créé sur le modèle de LREM en 2017. Ne parvenant pas à accéder au Parlement national en 2018, il recueille finalement près de 10% aux Européennes et décroche deux sièges à Strasbourg.

C’est justement dans une élection locale partielle que le miracle s’est produit. En 2018, dans la jolie petite ville au nom à avaler un flacon entier de paprika de Hódmezővásárhely, un candidat indépendant, soutenu par cinq partis de gauche et d’extrême droite, a réussi à faire chuter le candidat du Fidesz, ministre, dans ce bastion du Fidesz réputé imprenable. C’est cet exploit que l’opposition espère réitérer lors du scrutin municipal du 13 octobre 2019.

Il s’agira en effet pour les électeurs de renouveler les 419 élus locaux dans les comitats, départements hongrois, mais également le maire de Budapest, Fidesz détenant actuellement 58% des élus. C’est dans la capitale que l’opposition joue son va-tout. Une coalition, exclusive à Budapest, s’est formée autour de six partis comprenant un parti social démocrate (MSZP), un parti social-libéral (DK), deux partis écologistes (PM et LMP), le libéral Momentum (MM), ainsi que le Jobbik, classé à l’extrême droite. Si la présence d’un parti d’extrême droite peut choquer, c’est que Jobbik a entamé une mue aussi surprenante que radicale pour se rapprocher du centre gauche.

Le candidat indépendant, Gergely Karácsony, aura donc la lourde tâche de faire tomber le maire Fidesz sortant, au pouvoir depuis 2010. Cette bataille s’annonce herculéenne, d’autant plus que le maire sortant a refusé de débattre avec son principal challenger.

À l’époque, François Ier le catholique n’avait pas hésité à s’allier au musulman Soliman le Magnifique pour augmenter ses forces face aux Habsbourg. Le 21 avril 2002, la quasi-totalité de la classe politique française s’est rangée derrière Jacques Chirac pour battre Jean-Marie Le Pen. En 2019, en Hongrie, cette alliance contre nature contre le Tout-puissant Orbán semble être la dernière cartouche d’une opposition incapable du moindre succès depuis près de dix ans dans cette forteresse illibérale d’Europe centrale.

Vos commentaires

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom