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L’Europe des peuples « L’union fait la force ; à nous de faire l’union ! »

, par Marc-Antoine Campana

Ce n’est pas la mobilisation d’une minorité d’eurosceptiques qui précipitera l’échec de l’Europe mais bien l’absence de mobilisation de la part d’une majorité silencieuse d’européens convaincus. Il faut donc opposer à ces populistes pessimistes des extrêmes un populisme optimiste situé au centre de l’échiquier politique, autrement dit un populisme démocrate plutôt que démagogue et qui ne prenne plus pour référent le peuple mais bien les peuples et leur aspiration à l’émancipation !

CC Flickr / peonyandthistle

Auteurs

  • Coordinateur local de l’ALDE en Corse et étudiant en politiques publiques euroméditerranéennes à Sciences Po Aix

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Il n’y a aucune contradiction à être à la fois résolument pro-européen et critique sur l’Union européenne. Au contraire. Pour avoir le courage de finir ce qui a été commencé, il faut avoir l’honnêteté de dire que cette Union européenne n’en est pas une : ce n’est qu’une confédération d’États-Nations fondée sur le principe de l’unanimité...

D’une part, les dirigeants européens confortent les égoïsmes nationaux en se souciant uniquement de satisfaire leurs électorats respectifs et, d’autre part, les membres des seules institutions qui ont un fonctionnement fédéral, à savoir la Commission européenne et la Banque Centrale européenne, ne sont pas élus ! Partout en Europe, il va donc de soit que l’euroscepticisme égale bien le sentiment de défiance à l’égard des gouvernements nationaux. Pourtant on refuse, par manque d’expérience en la matière ou par facilité intellectuelle, de sortir de cette configuration binaire entre le repli sur soi des États et une forme d’européisme béat. À tous égards, l’Europe est potentiellement la première puissance mondiale, mais seulement à condition d’être fédérale. Malgré cela, d’aucuns voudraient nous faire croire que la réponse aux défis contemporains consiste dans le retour aux frontières nationales alors que la stabilité économique, les dérèglements climatiques ou encore la menace terroriste ne connaissent pas de frontières.

Alors que la mondialisation a définitivement détruit le mythe de l’État-Nation et que le capitalisme a considérablement réduit les capacités d’intervention de l’État-Providence, les États sont ni plus ni moins devenus des entreprises à mesure que les chefs d’État ont manqué de devenir des chefs d’entreprises. On leur reproche à raison de manquer à la fois d’ambition et de pragmatisme, de manquer de vision : ils se reposent sur l’Europe qu’ils accusent de ne pas exercer les compétences judiciaires, policières, militaires et diplomatiques qu’ils résistent à lui déléguer.

(Prop)osons un populisme démocrate...

Mais ce mouvement de globalisation appelle plutôt un contremouvement qui est celui de la régionalisation des échelles de gouvernance. L’impuissance manifeste de nos institutions régionales conjuguée à l’incapacité grandissante des États à gérer au cas par cas les problèmes d’une réalité qui se complexifie impliquent en effet d’engager un large transfert de compétences au profit de l’autonomie des régions au double sens où celles-ci constituent non seulement l’échelon de l’exercice concret du pouvoir mais également l’échelle de la vie quotidienne des individus qui se lèvent chaque matin et qui font de leur travail, de leur santé et de l’éducation de leurs enfants une priorité. La construction historique de la France résulte typiquement de la tentative d’absorption culturelle de plusieurs nations sans État au sein d’une entité politique exclusivement administrative et non-homogène - un quasi État sans nation -, avec tout ce que cela comprend de centralisme institutionnel, d’interventionnisme dans la vie des citoyens, d’entrave aux libertés individuelles ainsi qu’au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il nous reste à imaginer de nouvelles formes d’appartenance plus inclusives qui permettent aux individus, aux peuples et aux minorités de vivre de façon apaisée leurs identités multiples. L’universalisme républicain ne saurait tout justifier, surtout pas lorsqu’il constitue à la fois une négation des identités ou un obstacle à la construction européenne.

L’Europe s’est au contraire constituée dans une logique d’interdépendance entre les membres qui la composent et qui ne conçoivent pas leur façon d’être au monde et d’envisager l’avenir autrement qu’ensemble, unis dans la diversité. Par démagogie, les populismes de tous bords ont plutôt contribué à l’effacement de cette diversité des peuples qui existent en soi au profit d’un peuple qui n’existe que dans une construction sociologique qui est celle de la lutte des classes. D’où l’idée d’un populisme plus démocrate que démagogue qui privilégierait l’émancipation proactive des peuples à l’exaltation réactionnaire du peuple.

... pour une Europe fédérale des Régions...

À court-terme, l’autonomie des régions, en application du principe de subsidiarité, apparaît donc comme la forme institutionnelle d’organisation territoriale non seulement la plus adaptée à relever les défis économiques, sociaux et environnementaux de notre époque mais également la plus libérale qui soit dans la mesure où celle-ci renvoie à une vision minimale de l’État exclusivement recentré sur ses compétences régaliennes. Il y a effectivement un espace politique à occuper qui relève aujourd’hui du désert idéologique : celui d’un régionalibéralisme qui aurait vocation à précipiter le démantèlement programmé de ces États composites, tiraillés entre des dynamiques contradictoires et complémentaires de régionalisation et de globalisation qui concourent réciproquement à leur disparition. Partout en Europe où il n’existe pas de revendication régionaliste, il faut donc encourager, à l’intérieur comme aux frontières des États, les régions à se regrouper au sein d’entités politiques capables de se substituer aux États et aux Nations parfois même sur la base de structures de coopération transfrontalières déjà existantes en vue que les frontières ne deviennent plus que de simples limites administratives.

À long terme, il s’agit bien de contribuer non pas à la régionalisation des échelles de gouvernance dans le seul cadre des divisions administratives françaises mais bien de contribuer à la construction d’une Europe fédérale de régions autonomes au sein de laquelle chacune d’entre elles siègerait en tant que telle par la voix de ses propres représentants. Au regard des actuelles disparités territoriales et démographiques entre certains pays qui ont les proportions de régions d’autres États membres de l’Union européenne, il ne saurait y avoir d’unification de l’Europe digne de ce nom sans une certaine uniformité. Sur le modèle de la landerisation allemande, cela consiste à fonder la relance de la construction européenne à l’échelle régionale par l’affirmation politique des peuples et des minorités qui préexistent aux États qu’ils ne font que composer et dans lesquels on a pourtant voulu fondre et confondre des territoires et des populations en dépit de leurs disparités politiques, économiques et sociales, sans jamais tenir compte de leurs spécificités linguistiques, traditionnelles et historiques. À l’épreuve de la dématérialisation des frontières, de la multiplication des échanges et de l’uniformisation des modes de vie, le régionalisme n’est pas une fin en soi par contestation de la mondialisation mais bien un moyen de composer avec celle-ci et d’assurer la proximité, la transparence et l’humanité du pouvoir, sinon par revendication identitaire du moins par exigence démocratique.

... bâtie sur les ruines des États-Nations !

Les conflits successifs de notre vieux continent n’ont rien d’exceptionnels en comparaison avec l’exceptionnelle période de Pax Europaea que nous connaissons depuis la fin du dernier d’entre eux. Aussi, le fait que l’éventualité d’une guerre entre les différents membres de l’Union européenne soit désormais inconcevable n’est pas un argument pertinent pour justifier l’interruption à mi-chemin du processus fédéraliste. C’est même plutôt la preuve qu’ayant atteint l’objectif fondateur de stabiliser un équilibre de paix durable en Europe, il faut plus que jamais consolider cette union sans cesse plus étroite entre les peuples européens au détriment de ces agrégations politiques par nature belligérantes que l’on appelle États ou Nations.

Cette perspective d’une Europe fédérale fondée sur le principe de la double majorité de sa population globale et du nombre de régions qui la composent constitue une opportunité pour les peuples en question de continuer à exister tels qu’ils sont sans être ni absorbés par une superstructure étatique ni même isolés face aux superpuissances commerciales, militaires et démographiques qui caractérisent notre économie mondialisée. Si être populiste c’est fonder la légitimité du pouvoir sur le peuple, alors osons mettre les populismes démagogues qui manipulent le peuple à l’épreuve d’un populisme démocrate qui libèrent les peuples de leurs carcans nationaux au sein un modèle politico-institutionnel inédit qui relèverait tout à la fois du fédéralisme et du régionalisme, c’est-à-dire une Europe des Peuples bâtie sur les ruines de ces États-Nations.

L’union fait la force ; à nous de faire l’union !

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