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L’Union européenne doit s’affirmer dans le conflit ukrainien

, par Florian Brunner

Alors que les chefs de la diplomatie française, allemande, ukrainienne et russe se réunissent à Paris, ce mardi 24 février 2015, il est temps que la diplomatie européenne se ressaisisse, après l’échec des accords Minsk II. Le monde attend une Europe forte, qui pèse sur la scène internationale, c’est-à-dire une Europe avec une diplomatie et une Défense opérantes. Nous devons affirmer nos valeurs avec vigueur, au lieu de défendre des petits compromis insatisfaisants et inappliqués.

Il y a un an, plusieurs dizaines de manifestants étaient abattues par les forces spéciales ukrainiennes sous la direction de Viktor Ianoukovitch. La place Maïdan est alors devenue le bastion de la révolte aux barricades et aux tentes nombreuses. Véritable mémorial à ciel ouvert de cette mobilisation, acte fondateur du récit national ukrainien, la place a accueilli le 22 février dernier les chefs d’Etat du monde occidentale lors de cérémonies de commémoration. - Michael Kötter

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La France et l’Allemagne en difficulté

Le gouvernement ukrainien fait état de plus de 250 violations du cessez-le-feu par des séparatistes appuyés par la Russie, depuis qu’il a pris effet le 15 février 2015. Les accords de Minsk ont été largement inappliqués. François Hollande et Angela Merkel s’étaient envolés à Minsk pour trouver un compromis avec Vladimir Poutine, mais ce dernier, a simulé son entente avec un accord de cessez-le-feu, tout en continuant à favoriser une domination des rebelles pro-russes. L’échange massif de prisonniers entre l’armée ukrainienne et les séparatistes, qui s’est déroulé dans l’Est de l’Ukraine, a été l’une des rares concrétisations dans l’application de l’accord Minsk II. Les dissidents pro-russes ont continué leur offensive autour de Debaltseve, dont la prise récente leur permet désormais de relier les deux « capitales » séparatistes de Donetsk et Lougansk. Les rebelles ont annoncé le retrait de leurs armes lourdes du front, conformément aux accords de Minsk, mais ils menacent aujourd’hui clairement Marioupol, une ville portuaire stratégique aux mains des autorités ukrainiennes.

L’attelage franco-allemand n’a pas obtenu de résultats probants. L’initiative franco-allemande était nécessaire et la volonté française a été positive, mais la détermination allemande a manqué de fermeté. Angela Merkel a notamment déclaré, début février, à propos de la livraison d’armes à l’Ukraine : « Militairement, ce conflit ne peut être gagné. C’est dur à dire, mais c’est comme ça ». Un défaitisme malvenu, alors que les enjeux actuels demandent de la résolution et des capacités d’action larges.

L’Europe doit pouvoir parler d’une seule voix

Le processus de cet accord ignoré a connu plusieurs failles, dont une majeure : l’Union européenne n’était pas représentée par un responsable européen officiel. Où était Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne ? Où était Federica Mogherini, Haute-Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ? Nous ne devons plus systématiser des réunions entre chefs d’Etat, nous devons désormais favoriser des réunions stratégiques entre les responsables nationaux hors Union, et les responsables supranationaux européens.

Afin d’être mieux entendus sur la scène mondiale, nous devons affirmer la présence européenne, qui passe par un renforcement de la visibilité et des pouvoirs décisionnels des représentants officiels de l’Union européenne. L’Europe doit pouvoir parler d’une seule voix. Dans ce contexte, il est urgent d’aborder la question de la Défense européenne, un sujet sur lequel les principaux acteurs n’arrivent à avoir aucune initiative. Nous assistons à l’impuissance chronique de l’Union européenne en matière de Défense. Triste spectacle quand le monde attend une réelle force de stabilisation, notamment aux frontières mêmes de l’Union européenne.

L’Union européenne n’a pas de solution miracle mais peut trouver une issue au conflit ukrainien

Le 20 février 2014, il y a un peu plus d’un an, 80 manifestants étaient tués sur la place Maïdan par les forces spéciales, et Viktor Ianoukovitch prenait la fuite. Les Ukrainiens, qui soutenaient les manifestations du Maïdan espéraient beaucoup de l’Europe, et sans doute beaucoup trop. L’enthousiasme des pro-européens ukrainiens était éclatant, naïvement étincelant. Les rêves se bousculaient chez ces citoyens, bercés par une vision fantasmée des réalités et de l’avenir. Si les idéaux sont nécessaires pour mener des actions fortes, ils doivent s’accorder aux réalités. Or chez les Ukrainiens pro-européens, il est certain que cet alliage ne s’est pas effectué, d’où une déception à la hauteur de l’espérance qui avait été suscitée. Il n’y aura pas de miracle. Il n’y aura pas de magie. Il y aura encore des drames et tragédies.

Le conflit dans l’est de l’Ukraine a tué, en dix mois, presque 5 700 personnes. Le combat contre l’impérialisme russe est exigeant et dur. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un immense défi. L’Union européenne doit y participer, de manière plus ferme, pour faire prédominer les valeurs de liberté et d’émancipation. Nous pouvons trouver une issue à ce conflit indigne, pas une solution miracle, mais une sortie de crise pour permettre à une Ukraine blessée de guérir et de se reconstruire. Nous devons permettre à l’Ukraine de restaurer la légitimité de ses institutions, la valeur de son identité et l’intégrité de son territoire, dans la perspective de sa vocation confédérale. Nous devons aboutir à une issue digne pour l’Ukraine.

Une procédure de hausse des sanctions contre la Russie et une structuration d’une force internationale d’intervention

L’Union européenne doit entreprendre une politique étrangère et de sécurité vigoureuse et engagée. Les danses diplomatiques avec Poutine ne sont plus d’aucun secours. Poutine est un danger pour l’Europe. Fragilisé, il pratique la fuite en avant au moyen d’une propagande anti-occidentale, et anti-ukrainienne. François Hollande et Angela Merkel ont eu raison de demander que les accords de Minsk soient appliqués intégralement, mais c’est à l’Union européenne de prendre officiellement cette position. En outre, nous devons engager en parallèle, une procédure de hausse des sanctions économiques envers la Russie. Faire cesser les combats passe par la menace, voire l’instauration si nécessaire, de sanctions plus fortes.

Comme le Canada, nous devons rester inébranlables dans notre volonté de nous tenir aux côtés de la population ukrainienne, face à l’agression militaire persistante de la Russie. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé réfléchir à de nouvelles sanctions contre la Russie, cette voie des sanctions s’impose, avec l’élaboration d’une opération pour fournir des armes à l’armée ukrainienne. Une force internationale d’intervention doit être en outre préparée, afin de stabiliser le conflit ukrainien. L’ONU est encore une fois paralysée, comme elle l’a été dans le terrible dossier du Moyen-Orient, nous en avons vu les conséquences. L’Union européenne peut prendre l’initiative de rassembler des forces armées, sous sa tutelle. Des forces européennes comme américaines, afin d’opérer une intervention internationale de stabilisation, si la situation l’exige. Seul l’équilibre des forces permettra la neutralisation des velléités impérialistes.

Ainsi l’Union européenne doit retrouver l’initiative dans le dossier ukrainien. Affirmons un leadership européen et agissons avec efficacité pour défendre la liberté du peuple ukrainien. Il est temps d’affirmer dans le monde, une Union européenne forte et engagée, comme elle est attendue par de nombreux peuples. La liberté nécessite un combat permanent.

Voir en ligne : Photo : CC

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Vos commentaires

  • Le 24 février 2015 à 11:38, par Guillaume Bucherer En réponse à : L’Union européenne doit s’affirmer dans le conflit ukrainien

    Merci, voilà un article courageux. L’impérialisme russe est un impérialisme classique. Nous, nous le combattons avec un impérialisme inversé : notre modèle étant attirant et respectueux, ce sont les nations qui décident d’elles-mêmes de nous rejoindre. D’une pierre deux coups : nous respectons nos valeurs (liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes) et nous permettons notre extension territoriale en vue d’unifier le continent et obtenir la masse critique pour vivre dans le monde.

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