Le Parlement européen, nouveau lieu de villégiature des ministres en disgrâce. Après Rachida, voici donc Brice. Mais quid des deux sièges à pourvoir, issus du Traité de Lisbonne ? Eric Woerth, MAM ? Fleuron de la démocratie européenne, législateur aux côtés du Conseil, Le Parlement européen est le meilleur symbole de l’Union européenne. Un symbole trop souvent méprisé par les cadres politiques nationaux, en France notamment, par Brice Hortefeux aujourd’hui.

L’ancien ministre de l’Intérieur, en appel de jugement pour injure raciale, réclame cyniquement un mandat d’eurodéputé qu’il a rejeté voici deux ans. Il ne s’agit évidemment que d’argent. On peut difficilement parler de vocation européenne pour Brice Hortefeux.

Brice Hortefeux ne siégera pas à Strasbourg, titrait lemonde.fr le 8 juin 2009. Troisième de liste pour les élections européennes et sillonnant l’Auvergne avec les régionales de 2010 en tête, le ministre du travail ne songeait vraiment pas retourner à Strasbourg.

Il fut pourtant élu, bien malgré lui. « les candidats de la Majorité Présidentielle s’engagent à être présents au Parlement européen à Strasbourg et à Bruxelles » avait promis l’UMP. Ennuyé, Brice Hortefeux se décrivit alors « victime » de son succès.

Bref, une dérogation présidentielle plus tard, le ministre se débarrassait d’une promesse de campagne gênante et d’un mandat encombrant, en faveur de la quatrième de liste Catherine Soullie, aujourd’hui sur la sellette.

Brice Hortefeux a renoncé à son mandat en 2009 !

Brice Hortefeux a été élu démocratiquement. Le fait qu’il a été et qu’il sera de nouveau un mauvais député européen n’est pas un argument en soi. Qu’en 6 ans et deux mandats il n’ait jamais rédigé la moindre déclaration écrite, pas été rapporteur une seule fois, prouve son désintérêt complet pour une fonction chargée d’arrondir ses fins de mois – de 7000 euros, sans parler des frais de déplacement, de logement, des 21000 euros mensuels pour ses collaborateurs, etc. C’est odieux, mais c’est comme ça. « Allez poser votre question à Marine Le Pen, eurosceptique et pourtant eurodéputée ! », vous répondrait l’eurodéputée PPE Françoise Grossetête.

Mais contrairement à Marine et Jean-Marie, Brice Hortefeux a immédiatement renoncé à son mandat. Ce qui pose problème aujourd’hui : n’ayant jamais siégé, il ne peut pas réclamer de mandat. Mais pourquoi diable n’avoir pas endossé brièvement l’habit européen, ne serait-ce qu’une seule journée, comme cet eurodéputé belge avant lui ? Par respect pour ses électeurs, le ministre n’aurait-il pas dû siéger une fois, par principe ? Sa précipitation visant à se défaire de ce mandat européen s’explique simplement : il avait promis, avec tout son parti, de siéger s’il était élu. Sa défense : élu par erreur, « victime de son succès ».

L’imbroglio juridique actuel est donc entièrement justifié. Brice Hortefeux n’a jamais siégé et n’a donc pas été représentant du Parlement européen sous la présente législature. C’est à ce prix qu’il a pu rester au gouvernement, faisant mentir son parti, se rendant discrètement coupable d’un mensonge électoral.

Le Parlement européen n’est pas une garderie politique !

La prétention de Brice Hortefeux à un mandat européen est illégitime et illégale. Mais l’obstacle est surmontable. Comment aurait-il pu siéger le 14 juillet, jour de fête nationale ! Un mot d’excuses présidentiel suffira.

Disgrâce présidentielle, CV falsifié, lapsus grivois, eurodéputé malgré lui, a priori tout rapproche Brice Hortefeux de Rachida Dati. En fait non. Elle l’appelle « gros raciste », et lui… On préfère ne pas savoir. Si Hortefeux n’est plus au gouvernement, ni en passe de devenir conseiller de Nicolas Sarkozy, c’est en partie le résultat de ses dérapages racistes (1, 2, 3, 4, 5), et de ses deux condamnations, pour injure raciale, et pour atteinte à la présomption d’innocence, toutes deux en appel. Ecarté du gouvernement et de l’Elysée, l’auteur de la circulaire visant les Roms serait encore bon pour le Parlement européen. Beau symbole…

Eurodéputé six ans, Brice Hortefeux n’a pas fait grand-chose de son premier mandat, peu présent, se fendant d’une question parlementaire tous les trois mois, ne proposant rien, distingué en 2004 – avec de nombreux français – par les Amis de la Terre Europe pour ses prises de position contre des avancées en matière de santé et d’environnement. S’il récupère un mandat, ce n’est pas pour parler d’Europe : le revenu suffira. Son temps est déjà pris par l’UMP et la préparation des élections présidentielles. Dans un an à peine, lors des élections législatives françaises, il briguera un mandat national. Le mandat européen n’est qu’une transition, le temps que ses affaires judiciaires se tassent.

Le problème d’Hortefeux, c’est qu’il n’est pas le seul, à ne rien voir d’autre dans un mandat européen qu’une rente et un passe-droit, dans une ambition exclusivement nationale. Ils sont plusieurs, à droite comme à gauche, ayant pour seul horizon 2012 et les Présidentielles.

Ils utilisent leur mandat comme un pavillon de complaisance, s’octroyant légitimité, revenu, collaborateurs, décrédibilisant le travail difficile d’une majorité de leurs pairs. Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes…