« La stratégie européenne ne va pas assez loin sur les microplastiques »

, par La Rédaction du Taurillon

« La stratégie européenne ne va pas assez loin sur les microplastiques »
CC - Tyler Ingram via Flickr

L’ONG Surfrider Foundation Europe est engagée dans la préservation des océans dans lesquels plusieurs millions de tonnes de plastiques se déversent chaque année. Elle a réalisé du lobbying auprès de la Commission européenne dans le cadre de sa stratégie plastique. Pour le Taurillon, elle dresse le bilan des annonces dévoilées le 16 janvier dernier.

Le Taurillon : La Commission européenne vient d’adopter sa stratégie sur les matières plastiques. [1] Quelles sont les avancées que vous retenez à Surfrider ?

Antidia Citores, porte-parole de Surfrider Foundation Europe : Précisons tout d’abord qu’il s’agit d’un document d’intention qui n’est pas contraignant. Mais nous sommes satisfaits qu’il ait vu le jour. Il y a plusieurs choses qui me paraissent importantes.

D’abord, il s’agit de prendre position contre les plastiques à usage unique (gobelets, couverts…). Les consultations sont en cours et se poursuivront jusqu’en février avec les citoyens et sans doute au-delà de mai avec les parties prenantes pour en concrétiser les interdictions.

Et puis, il pourrait y avoir un volet fiscal. C’est une première. Il s’agit, il est vrai aussi, pour la Commission de compenser la perte des revenus liée au départ du Royaume-Uni. Mais il n’empêche qu’il est audacieux de vouloir se doter d’une taxe au niveau européen sur un sujet environnemental. La stratégie fait enfin explicitement référence à la révision de la directive « eau potable » et donc par analogie, on peut estimer qu’il ne s’agirait plus à l’avenir de promouvoir l’eau en bouteille. C’est un signal pour des alternatives à cet emballage qui se retrouve massivement dans la nature et sur les plages.

Pensez-vous que la stratégie aille assez loin ?

AC : Elle ne va pas assez loin sur les microplastiques. Un point sera apporté par la Commission qui prévoit d’utiliser les procédures du règlement Reach sur les substances chimiques pour limiter les microplastiques ajoutés intentionnellement comme dans les cosmétiques et exfoliants. Mais la stratégie ne parle pas des microplastiques qui ne sont pas ajoutés intentionnellement. C’est le cas des particules créées par les pneus en se désagrégeant et qui se propagent dans la nature. C’est le cas aussi du revêtement des stades de foot en synthétique qui produit lui aussi du microplastique à l’usure. Tout comme les vêtements qui à force d’être lavés en machine libèrent des fibres qui vont se retrouver dans le circuit de l’eau et qui, étant trop petites pour être filtrées et traitées, vont poursuivre leur course dans le milieu naturel.

En quoi ces microplastiques sont-ils si dangereuses à vos yeux ?

AC : Tout simplement parce qu’ils finissent par entrer dans la chaîne alimentaire. Ils sont d’abord ingérés par le plancton et les espèces filtreuses comme les huîtres. Certaines d’entre elles les confondent avec leur nourriture. Ces microplastiques sont ensuite mangés par les poissons qui finissent sur nos tables. Ce sont aussi des moyens de transport longue distance pour les produits chimiques et les perturbateurs endocriniens qui viennent se déposer sur eux. Sans compter que ces microplastiques et microbilles sont eux-mêmes fabriqués avec des substances dont on s’interroge aujourd’hui fortement sur les conséquences de leur exposition à l’homme.

Comment la Surfrider Foundation a-t- elle mené son action de lobbying ?

AC : Depuis plusieurs années, nous faisons partie d’une coalition d’ONG pour proposer un plaidoyer commun. Dans ce cadre nous avons pu lister nos souhaits, recommandation et identifier des lignes rouges. Nous avons eu des échanges pendant plus d’un an avec la Commission européenne. Face à nous, il y avait aussi les entreprises ou les recycleurs qui ont apporté leurs idées et vues sur la stratégie.

Nous sommes venus avec une pétition de 600.000 signataires à travers l’Europe appelant à lutter contre le plastique. Cela représente un poids. En revanche, nous avons échoué face aux entreprises et certains responsables politiques sur un objectif chiffré de réduction des déchets aquatiques, car ils nous ont rétorqué qu’il n’y avait pas assez de données scientifiques pour avoir des chiffres de référence.

Ces derniers jours, en plus de la stratégie plastique, des entreprises comme Evian ou Coca Cola se sont engagées à atteindre 100% de plastiques recyclables dans la composition de leurs bouteilles. Est-ce une bonne nouvelle ou tout simplement un positionnement sur le marché ?

AC : Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un véritable effort des entreprises. Il ne faut pas y voir seulement du marketing, ce serait injuste. Une telle décision aurait été inconcevable il y a encore 5 ans. Et surtout, ces entreprises n’auraient pas communiqué sur le sujet, car il n’était pas vendeur auprès du public. Donc oui c’est une petite révolution qui je l’espère éveillera aussi les consommateurs.

En revanche, ces initiatives ne remettent toujours pas en cause le modèle actuel de production de déchets, car il faut toujours de l’énergie pour produire ces bouteilles dont seulement 1 sur 3 est aujourd’hui réellement recyclée. A Surfrider Europe, on dit que le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Et c’est pour cela que l’on promeut la gourde, car on peut réutiliser ce contenant plusieurs années durant. On milite aussi pour privilégier les fontaines à eau par exemple. Et nous souhaitons l’interdiction des bouteilles de moins de 50 centilitres. Donc vous voyez, le combat n’est pas terminé…

Mots-clés

Vos commentaires

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom