La Suède, exemple pour une transition énergétique européenne ?

, par Aurélien Brouillet

La Suède, exemple pour une transition énergétique européenne ?

La Suède est une grande consommatrice d’énergie (42MWH/an/habitant en 2010). Et pourtant, avec un taux d’émission de 5,07 tonnes de CO2 par an par habitant, elle est un des pays développés les plus décarbonnés. Cela résulte d’une volonté politique. Il est en effet prévu depuis 2005 que la Suède devienne le premier Etat non dépendant du pétrole à l’horizon 2020. Loin d’être une chimère, ce projet semble aujourd’hui réalisable.

Une politique énergétique efficace :

Au-delà d’une taxe carbone dissuasive, la Suède a su développer une politique énergétique d’une redoutable efficacité. Tout d’abord, l’énergie hydraulique y est plus que nulle part ailleurs développée. 45% de la production électrique est ainsi créé grâce à l’eau. De plus, la Suède s’appuie à hauteur de 40% sur le nucléaire. Cette source d’énergie reste problématique par rapport aux déchets nucléaires et aux risques accidentels mais elle reste très « propre » en ce sens qu’il n’y a que peu de rejet de CO2 dans l’atmosphère. Malgré un référendum votant pour la sortie du nucléaire en 1980, le gouvernement a décidé de maintenir 10 réacteurs dans le pays. Une décision qui n’a pas été remise en cause après Fukushima.

Le reste de la production énergétique est obtenu par des énergies renouvelables et à 3 %seulement par les énergies fossiles. Il est intéressant d’observer la façon dont le développement de ces énergies est mis en œuvre. Dans un pays très froid, le chauffage coûte pour beaucoup sur la facture énergétique. C’est pourquoi de nombreuses communes se dotent d’un chauffage urbain fonctionnant notamment grâce à la bio masse. En collectant et incinérant les ordures des ménages afin de chauffer les villes, on obtient un cercle écologique vertueux. Cette démarche locale et complétement décentralisée est particulièrement pertinente. On voit ici une bonne application du principe de subsidiarité. L’électricité est difficilement transportable. L’échelon local est le plus compétent pour chauffer la ville et la production d’électricité doit donc être locale.

Enfin, il est intéressant de noter que cette politique, même avec une taxe carbone très forte, ne freine en aucun cas l’économie du pays. 6ème économie la plus compétitive du monde, la Suède a réussi à conjuguer décarbonisation et industrie. En s’appuyant sur les énergies renouvelables sans pour autant renier le nucléaire, elle se pose comme un exemple à l’heure ou le débat énergétique bat son plein en Europe.

La logique de la subsidiarité jusqu’au bout ?

Il a été évoqué la production, de bon sens, par les villes, d’une électricité destinée à la consommation locale. C’est une bonne application du principe de subsidiarité ; c’est à l’échelon le plus légitime de prendre des mesures adaptées. Mais ne faudrait-il pas dans ce cas étendre le principe jusqu’au bout ? Avec un marché international, l’énergie appelle plus que jamais des réponses qui dépassent le cadre national.

Alors que les Allemands ont décidé de sortir du nucléaire par peur des accidents, les réacteurs français situés à la frontière continuent à fonctionner. La catastrophe de Tchernobyl a bien montré que les radiations ne s’arrêtaient pas aux frontières. , l’Allemagne doit aujourd’hui acheter une part grandissante de son énergie, la rendant dépendante de ses fournisseurs et notamment de la Russie. On pourrait ainsi continuer à énumérer les exemples qui montrent que les pays sont interdépendants dans ce domaine. L’énergie est une question qui doit être européenne. Seule une politique européenne concertée permettra de réellement opérer une transition écologique. L’Union Européenne doit donner une ligne claire et tangible sur la transition énergétique. Décider de la part du nucléaire, de l’opportunité de l’aide aux solaires… C’est à elle que revient ces décisions d’orientation et aux Etats, régions et commune leur mise en application à leur échelle.

A l’image du gouvernement suédois qui, en donnant les grandes lignes de la politique énergétique, laisse les communes, en les aidant financièrement, mettre en œuvre leurs propres installations, l’Union Européenne doit élaborer des lignes directrices qui seront ensuite mise en œuvre à l’échelon le plus pertinent. Elle doit débloquer un budget pour cela et prendre des décisions politiques.

Le défi énergétique est le défi de notre siècle. Les conflits armés internationaux depuis les années 70 y sont toujours, de près ou de loin reliés. Et ce défi ne peut être réalisé seul par les États. Ils n’ont pas les moyens et il y a trop d’incompréhensions et pas assez de cohérence entre pays voisins. Il est important de faire passer la question énergétique au niveau européen afin de trouver une solution concertée et démocratique qui soit réellement efficace.

Cet article est réalisé dans le cadre de la préparation aux élections européennes.

Chaque semaine, découvrez un nouveau pays membre de l’Union européenne. Cette semaine, nous partons en Suède.

Vos commentaires

  • Le 8 décembre 2013 à 22:14, par Tommy ELEOUET En réponse à : La Suède, exemple pour une transition énergétique européenne ?

    Bonjour,

    En surfant sur le web à la recherche d’articles et de connaissances, je suis tombé sur ce site de personnes intéressées par un très bel idéal (la construction européenne), que je partage d’ailleurs. Je me propose de donner quelques pistes de réflexions suite à cet article.

    Il est possible que la Suède parvienne à décarbonner entièrement sa production d’électricité, mais je ne crois pas qu’elle pourrait s’affranchir entièrement du pétrole. Qu’en est-il du secteur des transports ? Les voitures électriques sont un beau projet, mais il est illusoire de penser qu’il soit possible d’équiper 100% des ménages avec des véhicules électriques d’ici 2020 ! L’objectif de la France dans le domaine est de 2 millions de VE en 2020 (pour 38 millions de véhicules estimés en 2013), et c’est un objectif très ambitieux.

    Pourquoi la Suède ne peut pas être un modèle ?
    - La production hydro-électrique est élevée mais cela vient de la géographie même du pays, ce n’est pas transposable à tous les pays européens ;
    - Les réseaux de chaleur sont très développés en Suède de par leur histoire. Les villes ont été conçues ainsi, c’est très difficile de créer un réseau de chaleur urbain pour une ville déjà existante ;
    - La Suède dispose de beaucoup de biomasse parce qu’elle a beaucoup de forêts et que son industrie du bois est l’une des plus importantes du monde (2ème derrière le Canada) ;
    - L’électricité se transporte bien mieux que la chaleur !

    Je crois que ce que devrait faire l’Union Européenne en termes de politique énergétique, c’est d’investir massivement dans la recherche et le développement de solutions innovantes. Je tiens d’ailleurs à ce propos à rappeler que la problématique de l’énergie ne doit pas se résumer à la production d’électricité (tropisme français sur le nucléaire, quand tu nous tiens !), l’énergie c’est la production, le transport, l’utilisation et le stockage. Développons au niveau européen des véhicules électriques de demain, cessons avec les objectifs rigides et même stupides sur les éoliennes et le solaire, encourageons une utilisation bien plus parcimonieuse de l’énergie (isolation des bâtiments, cogénération efficace)...

    L’énergie est un facteur important de l’économie d’un pays. L’électricité française est l’une des moins chères d’Europe, celle de l’Allemagne est plus chère pour les entreprises, énormément plus pour les particuliers. L’énergie représente aux alentours de 70/80% du déficit commercial français. S’affranchir du pétrole, ce serait déjà un grand pas en avant pour l’économie française.

    La politique énergétique de l’Union Européenne est un sujet passionnant, et nécessiterait des heures et des heures de réflexion ! Je trouve très bien que vous vous y intéressiez ! Si vous souhaitez en parler davantage, cela m’intéresserait !

    Bonne soirée !

  • Le 9 décembre 2013 à 11:03, par Aurélien Brouillet En réponse à : La Suède, exemple pour une transition énergétique européenne ?

    Bonjour,

    Vous évoquez avec justesse la complexité du problème énergétique et notamment l’absence de solution toute faite. Vous pouvez, si vous le souhaitez proposer un article sur ce sujet passionnant afin de faire vivre le débat.

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