Législatives : citoyens européens, votez !

, par Eric Drevon-Mollard

Législatives : citoyens européens, votez !
CC Flickr / Terretta

Mercredi 7 mai au soir, Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle française avec 66,1% des voix. Désormais, il doit obtenir la majorité à l’Assemblée Nationale, s’il souhaite mettre en œuvre rapidement son programme présidentiel, notamment européen : une élection à hauts risques pour La république en marche !

La campagne présidentielle, exécrable par bien des aspects [1], a enfin permis - il était temps ! - de parler d’Europe. C’est sur ce point qu’Emmanuel Macron a marqué des points. Il a mis son opposante face à ses contradictions, et démontré le danger d’une sortie de l’Union.

Désormais, Emmanuel Macron doit obtenir la majorité à l’Assemblée Nationale, s’il souhaite mettre en œuvre rapidement son programme présidentiel, notamment européen : une élection à hauts risques pour La république en marche !

L’élection présidentielle du 7 mai, une victoire pour l’Europe

Nous pouvons nous réjouir : les français ont fait le choix de l’Europe, et de la raison. Emmanuel Macron est favorable à une plus grande intégration politique et économique entre les États membres.

Il veut un ministre des finances de la zone euro, protéger l’Union Européenne de certaines importations lorsqu’il y a dumping (vente à perte), l’espace Schengen doit être préservé, l’intégration à l’économie internationale renforcée. Selon lui, nous devons travailler main dans la main avec l’Allemagne pour construire une Europe plus forte et plus intégrée politiquement et économiquement. Les problèmes de la France sont internes, ils sont dus à notre absence de réformes économiques sérieuses. Notre déficit commercial chronique vient de notre manque de compétitivité. La lutte contre le terrorisme doit se faire en renforçant les frontières européennes et grâce à une meilleure coopération des services de renseignement. Nous avons un candidat, Emmanuel Macron, qui défend donc clairement les valeurs et les intérêts de l’UE et de la France, promettant d’améliorer ce qui fonctionne déjà, d’approfondir les réformes, et de donner un nouvel élan à l’intégration entre les États membres.

Législatives à risque pour Macron

Depuis une quarantaine d’années, les électeurs ont toujours donné à tous les présidents de la République une majorité pour gouverner. Il paraît donc vraisemblable qu’il en sera de même pour Emmanuel Macron. Mais deux facteurs pourraient remettre en cause cette tradition.

D’abord, on assiste à une quadripolarisation de l’électorat français (la République En Marche, FN, les Républicains, la France Insoumise). Pour les deux pôles exclus du second tour, et les trois exclus de la victoire, il en découle un sentiment d’illégitimité. En effet, au premier tour, François Fillon avait un score très proche de Marine Le Pen, et Jean-Luc Mélenchon était très proche du candidat des Républicains. Si les écarts avaient été plus importants, et le score de premier tour de Macron plus élevé, sa victoire aurait été mieux acceptée par les perdants. N’oublions pas non plus qu’au second tour, le président a été élu grâce à l’appoint d’une partie des voix des républicains et de la France Insoumise, par des électeurs qui voulaient faire barrage au Front National. Ils ont le sentiment d’avoir été pris en otage.

L’absence de véritable débat au premier tour, à cause de la mise en scène de procédures judiciaires concernant François Fillon, orchestrée par les médias télévisés, a laissé aux électeurs des Républicains le sentiment de s’être fait voler leur victoire, même si l’obstination et le manque de recentrage de leur candidat n’est pas non plus étranger à sa défaite.

La division de l’extrême-gauche entre les mélenchonistes et un candidat PS radicalisé a laissé le même sentiment à son électorat : il pense s’être fait voler sa place au second tour, accusant tantôt l’autre candidat, tantôt le « système ». Cette frange d’un quart de l’électorat radicalisé donnera du fil à retordre à Emmanuel Macron s’il gagne les législatives : peu soucieuse du respect de la démocratie, elle n’hésitera pas à descendre dans la rue pour empêcher la moindre réforme. En effet, rappelons-nous de l’élection de Jacques Chirac en 1995. Lui et son premier ministre Alain Juppé ont eu à faire face, seulement quelques mois après leur large victoire, à d’immenses manifestations parfois violentes, et à un blocage presque total des transports en commun et des raffineries de pétrole, dès qu’ils ont tenté de réformer l’économie française. Depuis plus de vingt ans, des militants politiques ou syndicalistes radicaux s’opposent ainsi constamment, et avec violence (notamment les black blocks, armés de cocktails Molotov et de barres de fer) à toute tentative de réforme du marché du travail ou des retraites, pourtant demandées par les institutions européennes. L’expérience de la France Insoumise, qui a suivi les Nuits Debout, a permis de fédérer un pôle de radicalité politique qui s’oppose aux grands principes de l’économie de marché et de la démocratie représentative, lui préférant une démocratie directe avec des mandats impératifs, conduisant à une dictature de la majorité et à un renversement des garde-fous juridiques de l’état de droit. Ensuite, le très bon score de second tour du président de la République ne doit pas nous faire oublier une triste réalité : les deux candidats pro-européens du premier tour, Macron et Fillon, n’ont pas dépassé 45% à eux deux le 22 avril.

La large victoire d’Emmanuel Macron à 65% au second tour cache les votes blancs et nuls, qui ont totalisé près de 12% des suffrages, ce qui n’était jamais arrivé sous la Ve République. Avec un taux d’abstention qui dépasse les 25%, ce sont 37% des électeurs qui ont refusé de désigner l’un des deux finalistes. Ainsi, moins de 50% des inscrits sur les listes électorales ont voté pour le candidat élu. Même parmi ceux qui ont glissé leur bulletin dans l’urne, une part non négligeable a donné son suffrage pour faire barrage au Front National, en témoigne une pétition qui a recueilli plus de 65 000 signatures, qui appelait à voter après 17h pour signifier au nouveau président qu’il ne s’agit pas d’un vote d’adhésion Aux législatives, les mécontents du second tour de la présidentielles pourraient donc bien créer la surprise, et ne pas donner une majorité au président de la République. Plus grave, il y a un risque non négligeable que les deux principaux partis pro-européens n’aient pas non plus de majorité absolue, étant donné qu’ils n’ont recueilli que 44,02% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle (24,01% pour Emmanuel Macron, 20,01% pour François Fillon).

Voter aux législatives : une nécessité

Macron pourrait ainsi se retrouver dans une cohabitation avec un premier ministre d’opposition qui aurait le pouvoir effectif, à cause d’une Assemblée Nationale où il n’est pas majoritaire. Il pourrait aussi devoir former une coalition de gouvernement, comme c’est le cas en Allemagne entre le parti de centre gauche et celui de centre droit. C’est ce qui se pas-serait si La République En Marche avait besoin de quelques députés Les Républicains pour gouverner. Le pire, qui n’est pas impossible, serait le cas où les partis anti-européens seraient majoritaires : une assemblée où les Insoumis formeraient une coalition avec l’aile gauche radicalisée du PS, ou bien une chambre basse aux mains du FN.

Rarement l’enjeu européen n’aura été aussi présent lors des élections législatives : d’un côté un projet qui mise sur l’approfondissement de l’Union pour régler nos problèmes, et de l’autre un retour en arrière par les populismes qui signifie la mort de toutes les institutions européennes actuelles.

Plus que jamais, nos valeurs de paix, de respect des droits de l’Homme, notre volonté de construction d’un État fédéral sont menacées. Notre devoir est donc de nous mobiliser dans les urnes en faveur des partis qui défendent le projet européen.

Pour l’Europe, les 11 et 18 juin, votons !

Notes

[1Le 3 mai, les deux finalistes de l’élection présidentielle s’étaient affrontés lors d’un débat de plus de deux heures. La brutalité verbale de la candidate du FN a choqué. Elle rappelait la stratégie de Donald Trump : fausses informations, simplifications et calomnies. Cela n’a pas payé : elle a perdu quelques points dans les sondages peu après. N’ayant pas dépassé les 35% au second tour, la tendance s’est confirmée. C’est assez logique : au lieu d’élargir vers le centre, elle a montré son visage radical.

Vos commentaires

  • Le 24 mai à 00:28, par Alexandre Marin En réponse à : Législatives : citoyens européens, votez !

    « ...il y a un risque non négligeable que les deux principaux partis pro-européens n’aient pas non plus de majorité absolue, étant donné qu’ils n’ont recueilli que 44,02% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle »

    Ce raisonnement serait valable si les élections législatives se déroulaient au scrutin proportionnel. Or, en France, l’Assemblée Nationale est élue au scrutin majoritaire.

    Donc, ce n’est pas parce que les pro-européens ont été « minoritaires » par rapport à l’ensemble des citoyens en âge de voter qu’ils seront minoritaires à l’Assemblée.

    Il faut davantage voir les législatives comme une présidentielle à l’échelle d’une circonscription. Ainsi, le plus probable, c’est qu’au deuxième tour des législatives, dans chaque circonscription, les éliminés s’abstiennent ou fassent barrage aux candidats qu’ils estiment les pires.

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